Les Guerriers blessés

2024  Les Guerriers blessés, de Richard Sergeant

Le jeune garçon Laka (Gideon Pala), attaché à un poteau, pleure car il s'est fait battre par son père.

Revue du film par la Rose Noire:

«L’un des meilleurs moyens de traiter nos émotions est d’en parler.»

Moyen métrage dramatique de 46 minutes réalisé, filmé, écrit et monté par le Papou-Néo-Guinéen Richard Sergeant (auteur du court métrage primé Daddy, également directeur du Festival du court métrage de l’océan Pacifique et vice-président de l’Association Papouasie-Nouvelle-Guinée – Australie du Victoria). Ce film est une initiative de l’Association des femmes papoues-néo-guinéennes de l’État australien de Victoria (qui présente sur sa chaîne YouTube un court documentaire de tournage du film), dans le cadre de sa campagne «It’s not our culture» (Ceci n’est pas notre culture), organisée par Micheline Erbes, productrice exécutive du film.

Produit par la société de Richard Sergeant Zolard Media, avec le soutien financier du gouvernement de l’État de Victoria, le film est en anglais avec des sous-titres, avec quelques séquences en tok pisin (créole véhiculaire de Papouasie-Nouvelle-Guinée) sous-titré. Il est disponible gratuitement sur la chaîne YouTube de It’s not our culture depuis la Journée internationale des femmes de 2025.

Le film s’ouvre à Melbourne, « terre des peuples Wurundjeri – Woi Wurrung et Bunurong – Boon Wurrung » (de la nation aborigène Kulin). John (Jeremiah Kila), un Papou-Néo-Guinéen, participe à une thérapie de groupe animée par une professionnelle (Rashmi Sachdeva). Après le témoignage de l’Australien Charlie (Sebastian Correa, Residence), John nous raconte son histoire.

Dans le village de Makerupu (remercié au générique, et d’où est originaire le réalisateur), sur la côte au sud de Port Moresby, capitale de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, le jeune Laka (Gideon Pala) rêvasse au collège pendant le cours de Mme Vavine (Lorna Karo, également maquilleuse et décoratrice du film).

Laka (Numa Junior, alias Jugu Mahn ou Jugu Gaitah, compositeur, chanteur et producteur de musique), devenu adulte, pratique la pêche. Il est marié à Serah (Grace Vanua, actrice dans la série It Takes a Village / Il faut bien tout un village, et employée à TV Wan), et le jeune John (Amos Karo) est leur fils. Parmi les villageois, il y a l’oncle Numa (Toby Kema, le propre oncle de Richard Sergeant, décédé à peine un mois après le tournage début 2024, et à la mémoire duquel le film est dédié) et son épouse tante Kala (Lulu Kema), le vieil oncle sage Maino (Renagi Kila) et Taina (Musa Apana), un jeune homosexuel (les rapports homosexuels demeurent interdits en Papouasie-Nouvelle-Guinée).

La campagne «It’s not our culture» ​​vise à « guérir par le pouvoir du récit ». Elle aborde la question des violences familiales et sociales et les moyens d’y remédier. Car Laka et son oncle Numa ont la mauvaise habitude de battre leurs femmes. Laka et Numa aiment à s’enivrer avec leurs camarades de pêche Polo (Lakani Ricky) et Ray (Steven Alu), et ils ont pris l’habitude de mépriser et de battre Taina, qu’ils considèrent comme un faible. Car les hommes doivent être « forts et dominants » pour faire face eux-mêmes à la violence sociale qu’incarnent Danny (Pala Kulu) et sa bande de racketteurs.

Cette violence est expliquée par les contextes familiaux et historiques. Laka était lui-même battu par son père, Tio (William Raka). Sa grand-mère (voix de Vali Tau) lui explique dans une lettre posthume que son grand-père était « un grand guerrier tribal ». «Et lorsque la guerre tribale prit fin, le traumatisme persista», et «à travers l’époque coloniale, la violence s’est muée sous une forme d’agression et de contrôle», « transmise de génération en génération » par ces anciens guerriers, blessés socialement.

Aujourd’hui, sous le poids des « ombres de l’histoire », tous pensent que « c’est juste normal », mais la vérité devrait plutôt être que «notre culture n’a jamais été de se faire du mal et d’être violent les uns envers les autres». Comment se libérer du poids du passé et tracer une autre voie pour mettre fin au cycle de la violence, qui n’a plus sa place au sein d’une famille?

Le meilleur moyen est d’aborder le problème en discutant. Une grande réunion villageoise est organisée, la guérison étant envisagée comme un « cheminement collectif » fondé sur « la compassion et la compréhension », afin de continuer à répandre « l’amour, la bienveillance et le courage ». Cette réunion permettra-t-elle de trouver les bonnes solutions pour la vie du village?

Le message demeure cependant assez traditionnel. Le film est soutenu par les communautés chrétiennes, la Community Rescue Mission (Mission de secours communautaire), l’église pentecôtiste d’Aruagauna et celle de Hope East. Lors de la réunion, les femmes sont ainsi exhortées à « se calmer ». Les progrès semblent plutôt très lents, et l’on remarque que les femmes doivent encore porter les lourds fardeaux, tandis que les hommes acceptent enfin seulement les charges les plus légères. Finalement, le dénouement devra passer par le sacrifice de Serah, qui devient une figure christique, l’amour étant un « rempart contre les ombres du passé ».

Le film promeut de manière très didactique, à la manière d’un manuel de prévention fictionnalisé, des solutions pour guérir de la masculinité toxique et éviter les violences familiales « entre personnes et surtout envers les femmes », qui, en fin de compte, « ne sont pas de notre culture ».

 

Revue en anglais, cotation 6/10 de Wounded Warriors

Le jeune John (Amos Karo) et son père Laka (Numa Junior) pleurent la mort de leur épouse et mère Serah (Grace Vanua), devant leur case en train de brûler.

Vidéo de Wounded Warriors | Papua New Guinea Film

 

Présentation faite par les Roses noires ;  texte © 2026 Association des roses noires