Grimper du Gabon au Guyana

Au Gabon, réveillé de votre maladie du sommeil, munissez-vous d’un réglementaire masque passeport pour échapper sur les ponts de la mort aux auteurs des crimes rituels. Contournez prudemment la grotte des chauves-souris maladives, et, sans finir au fond des fosses ou bourbiers, empruntez précautionneusement la piste de l’éléphant des forêts: si sa colère vous épargne, vous poursuivrez le vol du tropicrane ami des singes pour atteindre les 1070 m du mont Bengoué.
(Universalis, Britannica, Petit Futé, Ambassade du Gabon en France, Gilbertson Country Highpoints, Robert Gondek Szczyty Afryki, Gabon Review Libreville, Le Nouveau Gabon, GaboNews.com, Gabon Media Time, La Une Media Gabon, GabonActu.com, Actualité Gabon Gaël Ossougho, Métandou Mia Mékambo, Au Gabon le district du «bout du monde» par Louis Dermigny et Gérard Serre, AfrikaDeco: Masque passeport africain de l’Ogooué-Ivindo au Gabon, La Grotte de Ikeï Boca Boca par Jean-louis Albert, Le Monde: Au Gabon des scientifiques sur la piste des virus émergents arpentent la forêt vierge pour étudier les chauves-souris, Les oiseaux des régions forestières du Nord-Est du Gabon par André Brosset et Christian Erard)

Remontez le fleuve Gambie jusqu’aux méandres reculés du Wuli: sur la rive nord, au village de Nyakoi, construit autour du baobab, contournez la limite disputée des rizières, et, dans la savane, les génies vous égareront, passé la termitière, vous empêchant d’atteindre le repère métallique au sommet de 53 m qu’ils appellent Red Rock.
(The Alkamba Times: The Saga of Red Rock – Discovering the tallest hill in The Gambia, Nyakoi.org, All Gambia News: Taibatou alkalo Nyakoi youth threaten to kill us -et- Gov’t urged to avert bloodshed over Wuli rice fields, United Nations in The Gambia: UNDAC The Gambia Floods – Rapid Needs Assessment Report and Response Recommendations 2022)

Déposez votre bâton au bord du lac de l’ange en forme de Géorgie sans lui jeter la pierre, et d’un cœur intrépide empruntez le cheval de la reine Tamara pour franchir le torrent du glacier. Demandez aux chèvres nocturnes à toison d’or de pousser les rochers qu’oublièrent les neufs géants, et, reconnaissant, offrez-leur du sel de Svanétie. Suivez le chien errant qui vous évitera les brûlures de berce du Caucase et laissez-vous guider par le taureau vagant jusqu’à l’icône haut perchée de la sainte Lamaria, maîtresse en fécondité. Ainsi protégé de la dette du sang, montez dans une des trois cents maisons-tours d’Ouchgouli guetter la couleur des hirondelles annonciatrices des nuées, et si la voie est libre, comme le tigre des montagnes grimpez jusqu’aux 5193 m du mont Chkhara.
(Unesco: Haute-Svanétie, CIA, Promethea Voyage-Georgie.com, GeorgianTravelGuide.com, GeorgianJournal.ge, Mountain.ru: DGPS Survey of Shkhara par Peter Schön, Kaxa Svani: Légendes svanes, Karibche Ambebi: Ouchgouli par Tea Tsagurishvili, Kviris Palitra: Le Secret de l’or svane)

Au Ghana, fuyez à reculons les terres englouties du lac Volta pour vous aventurer dans les monts du Togoland confisqués aux Allemands. Parmi cette chaîne désormais frontalière, les Éwés évoquent les 885 m d’un mont Afadja, dont les arbres offrent la perle, la soie et l’encens. Conduit sur la montagne par le rythme de l’agbadza au-delà de la grande chute d’eau protectrice, paré du kenté cérémoniel, vous affronterez en vain l’armée des lianes irritantes de la brousse sous les lazzis moqueurs du cercopithèque au nez blanc.
(Universalis, Britannica, France Diplomatie, CIA, Ghana Statistical Services, Peakbook Trip article: Bryllupsreise par Lars Holme Snilen, ModernGhana.com, VisitGhana.com: Afadjato par Isaac Kofi Arthur – Ghana Tourism Authority, The Afadjato-Agumatsa Conservation and Eco-Tourism Initiative par Bernice Agyekwena, The Origins and brief History of the Ewe people par Kobla Dotse, Ghana Goods – Ewe Dances: Agbadza Dance, Afrique Archéologie & Arts: The making use and evaluation of Ghanaian textiles – Weaving kente and ethnicity in Ghana par Malika Kraamer, American Academy of Arts & Sciences: Ghana’s Akosombo Dam Volta Lake Fisheries & Climate Change par Stephan Miescher, West African Journal of Applied Ecology: Large Mammal Fauna of the Afadjato and Agumatsa Range in Ghana par Owusu – Ekpe – Asamoah)

Partez au nord de la Grande-Bretagne rencontrer Cailleach, géante revêche qui créa l’Écosse du temps calédonien. En hiver, couvrant de son voile d’argent les 1345 m du Ben Nevis, elle protège l’envol de la blanche perdrix et du bruant des neiges dans l’air des Highlands. Apprivoisez-la par une rosée de whisky pour délivrer le printemps à ceux de votre clan: uni au tarier pâtre vous guiderez vos moutons aux mines noires en parlant doucement aux oreilles de souris.
(VisitScotland National Tourist Organisation, FortWilliam.co.uk, Walkhighlands.co.uk, High Life Highland, Nevis Landscape Partnership, Ben-Nevis.com, Lochaber Geopark, Ordnance Survey Great Britain’s national mapping agency: Great Britain’s tallest mountain is taller, Wee White Hoose: Older Than Time – The Myth of the Cailleach the Great Mother, Internet Archive.org: Wonder Tales from Scottish myth & legend par Donald Mackenzie)

Aux limites magiques de la Thessalie, célébrez en Grèce la naissance et la mort d’Orphée chantées du rossignol messager de la muse: après vous être purifié dans l’eau cachée de l’Hélicon, muni de bottes d’aigle prenez du vin d’arbouse comme coup de l’étrier. Sur la pente de l’Olympe que couvre le pin noir, depuis qu’Élie prit le pas sur la foudre de Zeus, Dionysos assagi délaisse les bacchantes et s’est fait moine. Où s’empilent les dieux et languissent les déesses, artémise, apollon, silène, mnémosyne, centaurée, achillée, depuis longtemps réfugiés dans les plus humbles fleurs ou frêles papillons, jalonnent votre chemin. Requinqué par du thé de bergers, imbibé de nectar et gavé d’ambroisie, restez sourd aux cris des piérides et charmez de votre lyre l’air éthéré de la dodécade découpée des sommets, culminant à 2917 m au nez du Mytikas.
(Larousse, Discover Greece – Greek Tourism Confederation, Olympus National Park Management Agency, Archaeological Park of Leivithra, TopoGuide.gr: Anakalypste ton Olympo, Visit-Olympus.travel, TheMountOlympus.com, Thessaly.gov.gr: Montagnes de la préfecture de Larissa)

Demandez à la Grenade le volcan assoupi du temps qu’elle fut créée: il attend patiemment son jeune frère englouti. Pour aller aux 840 m du mont Saint Catherine, propice aux fugitifs, cueillez le fruit revigorant de la muscade et baignez-vous dans l’eau soufrée réjuvénatrice, avant d’affronter les taillis d’herbes coupantes comme des rasoirs. Là-haut, vous deviendrez géant parmi les elfes des forêts naines, où les plus grands arbres ne sont que des fougères: le boa jaune y guette l’opossum souris, tandis qu’un bec-en-croc s’envole poursuivre le perplexe escargot, sifflé par les grenouilles.
(Britannica, Government of Grenada – Organization of American States: Plan and Policy for a System of National Parks and Protected Areas, Mount St. Catherine Forest Reserve Environmental Baseline Assessment Grenada par Serge Aucoin, I Am Grenada.com, Grenada Explorer.com, Malcolm’s My Grenada.org, Caribbean Authority Travel Blog par Ralf Stefan, Brittonia: The American species of Scleria par Earl L. Core, Westindianboas.org: Corallus grenadensis, American Society of Mammalogists: Marmosa robinsoni par Margaret A. O’Connell, Journal of Caribbean Ornithology: Variability of the Grenada Hook-billed Kite diet, Billie Harrison: Habitat and Conservation of the Endemic Grenada Frog et An Endemic Species in Decline, University of the West Indies: Fédon’s Rebellion in Grenada par Curtis Jacobs)

Au Guatémala, chez les Mayas mams, percez la forêt de nuages sous les ailes du plaintif quetzal au pectoral en sang, et vous contemplerez la fleur de soleil blanc. Avec la dinde cornue dans la sente aux pin et chêne énamourés, saluez le sapin tropical porteur du signe de croix qui redoute Noël. Sept fois faites l’ascension des 4220 m du Tajumulco, toit de l’Amérique centrale, pour gagner des fourmis les treize trésors de la montagne berceau du maïs, que vous offrirez sur l’autel du monde. Sous sa couronne de sablines et de gentianes naines, le volcan brûle d’amour pour sa compagne exilée sur la frontière mexicaine, migrante figée dans son éternel printemps.
(INGUAT Instituto Guatemalteco de Turismo: Guía de volcanes de Guatemala, Municipalidad Tajumulco gob.gt, Guatemala.com, GuateValley.com, DeGuate.com, SinRumbo.gt, San Marcos Guatemala El Tesoro de Nuestra Gente, Consejo Nacional de Áreas Protegidas: Estrategia de Conservación del Quetzal y su Hábitat en Guatemala, Check List the Journal of Biodiversity Data: Filling distribution gaps of a little-known endemic species Rojasianthe superba in northern Central America, Distribución Actual y Selección de Sitios para el Estudio y Conservación del Pavo de Cacho en los Departamentos de San Marcos y Huehuetenango par Ana José Cóbar Carranza, Mongabay: La Navidad guatemalteca no es buena para el pinabete, Instituto Nacional de Bosques: Paquete Tecnológico Forestal para Pinabete Abies guatemalensis, Alpine plant communities of Guatemala par Gerald Islebe et Antoine Cleef, Universidad de San Carlos de Guatemala: Lengua Conocimiento y Poder – Una lectura biopolítica desde la sociedad Mam en Comitancillo San Marcos par Mario Roberto Aguilón Crisóstomo, Organización social y cosmovisión Mam de las comunidades del volcán Tacaná par Elias Rodriguez Vázquez)

En Guinée, initiez-vous dans la forêt avant d’attaquer le versant nord-ouest du mont Nimba qui perdit ses deux dents. Nourrissez les silures de la mare sacrée, puis choisissez votre animal fétiche parmi la chèvre, la panthère et l’escargot. Déguisé en fils de potentat, dribblez braconniers, bandits et incendiaires, puis arbitrez par un lot de fourrage apprécié le conflit du bouvier et du planteur d’anacardes et de cacaoyers. En cas de coup dur, abritez-vous dans la grotte blindée pour ne pas devoir déguerpir. Prenez le pont naturel de granite pour éviter la piqûre des fourmis rouges venimeuses, et, tout en prospectant le pactole de fer changé en or, en haut des 1752 m vous pourrez danser avec les feuilles rondes et les capes oranges des chauves-souris sorties des tunnels de mines abandonnées.
(Office National du Tourisme.gov.gn, SMFG Société des Mines de Fer de Guinée, GuineeNews.org, LolaPlus.org, WebGuinee.net: Peuples de la forêt de Guinée par Jacques Germain, Acta Chiropterologica: Diversity of Hipposideridae in the Mount Nimba massif West Africa and the Taxonomic Status of Hipposideros lamottei, American Museum of Natural History: A new dichromatic species Myotis nimbaensis from the Nimba Mountains Guinea)

Passé le Féfiné pour la Guinée de Bissau, celle qui parle portugais, entre le gros manguier et le grand acajou, dans ces collines de Boé de l’indépendance proclamée, se trouvent les 262 m du Dongol Rondè. Se rêvant en rivale de sa grande voisine, elle prospecte sur les flancs de la rouge colline pour trouver le trésor regorgeant d’alumine. Les derniers chimpanzés d’Occident, quittant les nids des pourpres mimosas et des caïlcédrats, tambourinent sur l’arbre à palabres, prévenant les Peuls leurs amis de toute intrusion sur cette terre convoitée.
(Universalis, France Diplomatie, Universidade de Lisboa: A geologia sedimentar da Guiné-Bissau – da análise geral e evolução do conhecimento ao estudo do Cenozóico par Paulo Hagendorn Alves, MonumentalTrees.com: Arbres monumentaux à Boé, Chimbo.org: Bauxite Mining and Chimpanzees Population Distribution – a case study in the Boé sector Guinea-Bissau par José Wenceslau et The conservation of the Savannah Chimpanzees of Guinea Bissau – Report of a workshop in Béli Boé sector et Relative abundance of Pan troglodytes verus in the forested habitats of the Boé region par Anna Nunes van den Hoven, Daridibo.org: Démarrage des activités d’exploitation de bauxite dans la Boé par l’entreprise «Bauxite Angola» par Piet Wit, American Journal of Primatology: Density and distribution of western chimpanzees around a bauxite deposit in the Boé Sector, Blogue Fora Nada e vão três – Luís Graça & Camaradas da Guiné)

Traversant le golfe de Guinée vers celle Équatoriale et qui fut à l’Espagne, arrêtons-nous sur l’île de Bioko naguère Fernando Poo. Sur cette mer de pétrole, cette écume de gaz, le volcan Basilé, pic jaloux des Bubis, trône à 3008 m au sud de Malabo, ville de sainte Isabelle. Posez votre pirogue taillée d’un tronc de fromager, ainsi que votre radeau fait de parasolier, et traversez la forêt de l’écureuil géant, du nain ou du volant, même de celui privé d’ailes ou de ceux au teint vert. Levez la conque de mer ou la crosse de fougère, apportez une offrande faite de bois de rempart ou bien d’arbre à pagaies, et vous irez goûter l’huile de palme des esprits versée par la vierge noire Bisila, vénérée des joyeux drills et des colobes satan.
(France Diplomatie, Britannica, CIA, GuineaLia: Parque nacional del Pico de Basile, El Pueblo Bubi.com, Bioko.org Biodiversity Protection Program, Observatorio Medioambiental: Bioko a través de la naturaleza y la cultura par José León Sánchez Vega, Ikuska.com: Parques Nacionales y Zonas Protegidas de Guinea Ecuatorial – Pico Basile, Mammal Watching: Bioko Island, Botakö Cultura Bubi: Bisila Patrona de la Isla de Bioko et Leyenda Mitológica de la Madre Bisila, Social Dynamics: Between cosmopolitanism and ethnic dissolution – Politics, religion and iconic reappropriation in the cult of the Mother of God of Bisila in Equatorial Guinea par Celeste Muñoz & Roger Canals, Universitat Autònoma de Barcelona: Los ritos de paso entre los bubi par José Francisco Eteo Soriso)

Au Guyana, sur les traces de Raleigh qui fut décapité, remonte les marécages du Mazaruni jusqu’au niveau de l’île du Quartz. Cherche au cœur des forêts la souche du monde entier et tu verras la proue du navire des dieux fendre la mer des nuages, source des grandes eaux de tout l’Essequibo. Prends le bouclier guyanien contre le fer-de-lance et baptise-toi dans la cascade aux diamants verts que pleure notre céleste mère, de peur que tu ne t’épuises. Protégé par la grenouille noire de l’esprit du jaguar meurtrier, grimpe le mur du scorpion jusqu’aux terrasses aux tarentules, et tu contempleras le lac où Gladys s’est perdue. Là-haut, les sauriens géants des légendes se sont mués en inoffensifs lézards à lunettes, bien utiles pour te guider dans le labyrinthe des roches de sable jusqu’aux 2772 m du bord nord-ouest de la table du mont Roraima.
(Larousse, Britannica, Peakbook Trip article: Point on Mount Roraima plateau par Lars Holme Snilen, Mark Synnott .com: Mt. Roraima Guyana, Berghaus.com: Leo Houlding’s Roraima Quest 2019, The Hakluyt Society: The Discovery of the large rich and beautiful Empire of Guiana par Sir Walter Raleigh, Brazilian Journal of Geology: Stratigraphy of the Roraima Supergroup along the Brazil‑Guyana border in the Guiana shield Northern Amazonian Craton, Karstologia: Pseudo-karst dans des roches gréso-quartzitiques de la formation Roraima par Michel Pouyllau et Maggy Seurin, Herpetological Review: Oreophrynella quelchii Roraima Black Frog Arboreal Night Shelter et Herpetofauna of Mount Roraima Guiana Shield Region, The Herpetofauna of the Guayana Highlands: Amphibians and Reptiles of the Lost World par Roy McDiarmid et Maureen Donnelly, Native-Languages of the Americas .org: Akawaio et Pemon, Internet Archive.org: Legends and myths of the aboriginal Indians of British Guiana par William Henry Brett et An inquiry into the animism and folk-lore of the Guiana Indians par Walter Edmund Roth)

Suite: Hauteurs d’Haïti à la Hongrie

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