La Guerre de Damien Parer

2014  La Guerre de Damien Parer, d’Alister Grierson

Le caméraman Damien Parer (Matthew Le Nevez) et son éclaireur papou (Blayke Pinder) aménagent un observatoire dans un arbre.

Revue du film par la Rose Noire:

«M’incruster avec ma caméra en tant que trublion.»

Film australien réalisé par Alister Grierson, filmé par Mark Wareham (Felony) et écrit par Alison Nisselle (Healing) d’après le livre Kokoda Front Line (précédemment publié sous les titres War Cameraman – The Story of Damien Parer, puis Damien Parer’s War) de Neil McDonald, également conseiller historique pour le film. Le film remercie spécialement le fils de Damien Parer, Damien Junior (producteur de films, Dead End Drive-In), et présente une musique de Cezary Skubiszewski (Women He’s Undressed, également produit par Damien Parer Junior). Le film a été produit par Andrew Wiseman (Sisters of War, voir notre critique) pour être diffusé sur la chaîne de télévision australienne ABC la semaine de l’Anzac Day.

Huit ans après son film Kokoda (voir notre critique), Grierson remonte en piste pour réaliser la biographie du caméraman de guerre australien Damien Parer, dont des extraits des célèbres documentaires (le mythique Kokoda Front Line, voir notre critique, ainsi que Bismarck Convoy Smashed et Assault on Salamaua) sont projetés dans un cinéma au cours du film. Entre ses deux films de guerre, Grierson a réalisé le film d’aventure Sanctum (voir notre critique précédente), également situé en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Cependant, tous ces films ont en réalité été tournés en Australie, et en particulier sur la Gold Coast et son mont Tamborine. Le making-of du film est rendu disponible gracieusement sur Vimeo par son monteur Andrew Brinsmead ou son caméraman Jimmy Malecki.

Damien Parer (Matthew Le Nevez, Peaches) est un caméraman de guerre intégré à l’armée australienne pour filmer ses combats. En provenance du Proche-Orient, Damien se retrouve en 1942 avec le capitaine Norman Winning (Kevin MacIsaac, The Outlaw Michael Howe) à Mubo, près de la côte est du Territoire australien de Nouvelle-Guinée, en proie à l’invasion japonaise. Une patrouille japonaise, rôdant menaçante, réussira-t-elle à les repérer? Afin de réaliser des prises globales de la région, Damien installe un poste d’observation dans un arbre avec son éclaireur néo-guinéen (Blayke Pinder, également Sisters of War). Ses clichés se montreront-ils trop révélateurs pour les Japonais, pouvant mettre ainsi en péril les positions australiennes?

Au quartier général de Port Moresby, dans le Territoire australien de Papouasie, Damien rejoint le correspondant de guerre Chester Wilmot (Alexander England, Danger Close The Battle of Long Tan). Le général Sydney Rowell (Marco Chiappi, Deadline Gallipoli) décide de les envoyer sur la piste de Kokoda, afin de montrer aux « sacrés idiots » officiels « quel genre de guerre perturbante se déroule réellement là-bas ». Alors que Damien suit les troupes à Eora Creek, Myola et Efogi, ses images paraîtront-elles « trop sordides » comme le craint le docteur Bill (Christopher Sommers, Predestination)?

Aux Studios Cinesound de Sydney, Damien projette ses images au producteur Ken George Hall (Rob Carlton, Mabo). Toute cette séquence est très intéressante, car elle présente de façon détaillée la fabrication du documentaire Kokoda Front Line, en présence aussi de son monteur Terry Banks (Ian Meadows, A Moody Christmas). Damien aurait-il dû tant insister sur les « boongs » (frères), ces porteurs indigènes surnommés les « anges crépus » (fuzzy-wuzzy angels; voir notre critique sur le documentaire Angels of War)?

Lors d’une réception donnée par le photographe Max Dupain (Lindsay Farris, Primal) en présence du photojournaliste de guerre George Silk (Adrian Pudlyk, Drive Hard), Damien retrouve sa petite amie Marie Cotter (Adelaide Clemens, No One Lives / Personne ne survit; des images des vrais Damien et Marie sont diffusées à la fin du film). Mais Damien, engoncé dans son éducation catholique, apparaît timide, complexé et soupe-au-lait. Son ami Ronnie (Luke Ford, également dans le Kokoda de Grierson) réussira-t-il à convaincre Damien de demander Marie en mariage?

Kokoda Front Line est diffusé en salle pendant l’automne 1942 à Sydney. Ce court-métrage révèle la menace terrifiante apportée par l’avancée japonaise à une société australienne toujours inconsciente de l’extrême proximité du champ de bataille. Comment le public réagira-t-il à cette alarme fatidique? Alors que Kokoda Front Line reçoit de la part de l’Académie américaine des arts et sciences du cinéma le tout premier Oscar australien, pour la catégorie du meilleur documentaire, Damien est toujours confronté au Département de l’Information à son borné directeur Bob (Robert E.) Hawes (Nicholas Bell, Moi Frankenstein). Damien parviendra-t-il à continuer à mener à bien son travail de documentation de la guerre?

De retour en Nouvelle-Guinée australienne en 1943, Damien rejoint une compagnie de commandos pour la bataille de Salamaua, un terrain montagneux « pire que Kokoda ». Se trouvent là le commandant George Warfe (Nathaniel Dean, Alien Covenant), les lieutenants Jock (James Hoare, Sleep No More), Johnny (TJ Power, The Little Death), Judy (Toby Wallace, Boys in the Trees) et Hughie (Liam Burke), le caporal Scotty (Joshua Brennan, Bloody Hell), le docteur Fred (Khan Chittenden, Sisters of War) et le père aumônier James English (Alan David Lee, Sahara). Les acteurs reprennent les scènes du documentaire Assaut sur Salamaua. Parviendront-ils à échapper aux tirs de mortier et aux balles japonaises?

Alors que Damien doit achever son destin, la dernière partie est très bien menée. Insatisfait de ses conditions de travail, Damien décide de travailler plutôt pour les Américains, et il est envoyé en 1944 pour couvrir la sanglante bataille de Peleliu, dans les îles Palaos. Pouvait-il seulement échapper aux féroces combats menés par une armée japonaise des plus acharnée? Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ce qu’on aime.

Le film présente les défauts habituels des réalisations de Grierson: trop de personnages, demeurant insuffisamment présentés et approfondis. Par ailleurs, il peine aussi à maintenir une continuité narrative pertinente. Cependant, à travers l’équilibre subtil entre la profession de Damien Parer et ses sentiments plus intimes, maintenu au fil de ses aventures, le film reste captivant et permet de découvrir justement la personnalité de l’homme qui ne faisait plus qu’un avec sa caméra.

 

Revue en anglais et cotation 8/10 de Parer’s War

Dans un cinéma de Sydney, Marie Cotter (Adelaide Clemens) passe devant un écran sur lequel se projette le visage de son fiancé Damien Parer (Matthew Le Nevez) pendant la diffusion de son documentaire La Ligne de front de Kokoda. Damien Parer est en train d'expliquer à l'écran que les Japonais sont un ennemi dangereux et bien équipé.

Vidéo de Parer’s War_2014

 

Présentation faite par les Roses noires ;  texte © 2026 Association des roses noires.

Suite: Lukim Yu