Sœurs de Guerre

2010  Sœurs de Guerre, de Brendan Maher

Les sœurs Marie (Paulini Curuenavuli) et Bérénice (Claire van der Boom) cousent à la mission de Vunapope en Nouvelle-Bretagne. Des ouvriers néo-guinéens peignent une croix blanche sur le toit du bâtiment.

Revue du film par la Rose Noire:

«Ne critique pas les médecins militaires, ce serait comme dire au pape que ses sermons sont ennuyeux.»

Film australien réalisé par Brendan Maher (The Road from Coorain), filmé par Ben Nott (Tomorrow When the War Began), écrit par John Misto (The Dirtwater Dynasty) d’après le livre The Lost Women of Rabaul de Rod Miller (qui a été publié depuis), avec une musique de David Bridie (In a Savage Land), et produit par Andrew Wiseman (Parer’s War) pour la chaîne de télévision australienne ABC. Tourné dans le Queensland, le film relate l’histoire vraie de personnages historiques durant la Seconde Guerre mondiale dans le Territoire australien de Nouvelle-Guinée.

Lorna Whyte (Sarah Snook ici dans son premier grand rôle, Succession) est une jeune infirmière protestante libre-penseuse qui soigne les troupes australiennes de la Lark Force envoyées en 1941 à Rabaul pour défendre l’île de Nouvelle-Bretagne contre une possible attaque japonaise, alors encore perçue comme lointaine. Dans une ambiance insouciante, ponctuée par des danses jitterbug, elle file le parfait amour avec le jeune soldat australien Len (Khan Chittenden, Clubland).

Lorsque les Japonais envahissent subitement l’île au début de 1942, les Australiens, rapidement submergés, évacuent vers Vunapope, où ils trouvent refuge auprès de la mission des sœurs catholiques dirigée par l’évêque polono-allemand Leo Scharmach (Gerald Lepkowski, Beneath Hill 60; le livre de Scharmach, This Crowd Beats Us All, est disponible gracieusement sur le site web de l’Institut liturgique et catéchétique de Goroka).

Dans cet hôpital de guerre improvisé, au milieu de scènes sanglantes, Lorna se lie d’amitié avec sœur Bérénice Twohill, une Fille de Notre-Dame du Sacré-Cœur (Claire van der Boom, The Square; un long entretien avec sœur Bérénice est disponible sur le site web des Archives cinématographiques des Australiens en guerre). Leurs échanges, ironiques et percutants, nous font devenir complices de leur intimité, tandis que la peur d’être tuées ou violées lors d’atrocités japonaises accentue la tension. Comment l’évêque pourrait-il les sauver de l’implacable Capitaine japonais (Kuni Hashimoto, Japanese Story)? Ou bien ne serait-il lui-même qu’un perfide collaborateur?

La mission est transformée en camp de prisonniers de guerre. Là se trouvent également l’infirmière en chef Kay Parker (Susie Porter, Paradise Road), les infirmières militaires Eileen Callaghan (Helen Christinson, Rapid Fear) et Daisy « Tootie » Keast (Helen Cassidy, Australia Day), la sœur âgée Cordula (Anna Volska, All Saints) et la sœur papoue Marie (la chanteuse fidjienne Paulini Curuenavuli, Australian Idol), qui interprète le Requiem de Fauré. Nous avions déjà vu des femmes prisonnières d’un effroyable camp japonais situé en Papouasie dans le film Sept Femmes en Enfer de 1961. Lorna et Bérénice parviendront-elles à sauver Len et les autres soldats cachés dans la jungle?

Les soldats australiens blessés sont finalement évacués du camp par les Japonais. Mais serait-ce pour être sauvagement exécutés lors du tristement célèbre massacre de la plantation de Tol? Ou bien embarqueraient-ils à bord du fatidique Montevideo Maru, qui devait finir torpillé par un sous-marin américain? La guerre allait-elle séparer nos deux jeunes héroïnes, ou parviendront-elles à préserver leur solidarité face à l’adversité?

Après la défaite de la flotte japonaise à Midway en juin 1942, les infirmières sont en représailles transférées au Japon. Serait-ce pour participer enfin à un échange de prisonniers, ou plutôt pour affronter de nouvelles horreurs? En raison de l’intensification des bombardements américains, les religieuses sont évacuées le 6 juin 1944, «une date dont personne d’autre que nous ne se souviendra», vers la mission de la vallée de Ramale, en pleine jungle. Alors que les escadrons de la mort japonais rôdent alentour, les troupes alliées parviendront-elles à temps?

Alors que la guerre finit de les transformer en spectres, sombre pour l’une, pâle pour l’autre, confrontées à «plus qu’elles ne peuvent supporter», la mort reste «cela même qui les maintient en vie». Nos héroïnes ne peuvent plus qu’espérer que leurs tribulations finiront par cesser. Après le Kokoda de Grierson de 2006, ce film, qui offre à la fin un caméo des véritables Lorna et Bérénice, dépeint un autre chapitre poignant de la mémoire australienne de la guerre en Nouvelle-Guinée.

 

Revue en anglais, cotation 8/10 de Sisters of War

Bérénice (Claire van der Boom) à droite de deux consœurs dans les fumées de la guerre en Nouvelle-Guinée.

Vidéo de Sisters of War (2010) (720p)🌻 Tv Movie

 

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