2018 À la Errol Flynn, de Russell Mulcahy

Revue du film par la Rose Noire:
«Voler l’or de la Nouvelle-Guinée, c’est comme voler aux dieux leur sang.»
Film canado-australien réalisé par l’Australien Russell Mulcahy (Highlander), filmé par Peter Holland (Cardboard Boxer) et écrit par Marc Furmie (Terminus) d’après le livre d’Errol Flynn Beam Ends (À toute extrémité, un terme de marine; disponible gratuitement sur Archive.org), avec l’aide notamment de Luke Flynn, le propre petit-fils d’Errol (qui fut même au départ pressenti pour le rôle). La musique est composée et dirigée par David Hirschfelder, qui fit également celle du Sanctum de Grierson.
Le film est produit par le Canadien Corey Large et par l’Australien James Michael Vernon, qui a également coproduit la précédente biographie d’Errol Flynn My Forgotten Man, réalisée par l’Australien Frank Howson (voir notre critique). Ce qui intéresse particulièrement les Australiens, ce sont les premières années de l’Australien Errol Flynn, ledit « Diable de Tasmanie », avant qu’il ne devienne une star mondiale.
Le film s’ouvre en 1930 dans la dite « Papouasie-Nouvelle-Guinée » (en fait à l’époque le Territoire australien de Nouvelle-Guinée), en haut du fleuve Sépik. Le tournage eut en fait lieu sur la Gold Coast du Queensland, avec son mont Tamborine, emplacement habituel pour les productions australiennes se passant en Nouvelle-Guinée.
À 20 ans, Errol Flynn (Thomas Cocquerel, Kidnapping Mr. Heineken) conduit en repérage dans la jungle papoue le réalisateur d’Hollywood Joel (Dan Fogler, la franchise des Animaux fantastiques) et son caméraman Ronald (Lochlyn Munro, White Chicks / Fausses Blondes Infiltrées). Ils sont guidés par le Papou Tabura (Harry Paru MacKinnon, un Papou-Néo-Guinéen vivant en Australie), porteur du collier magique de rigueur. Cette scène est en fait librement tirée de l’autre livre ultérieur de Flynn My Wicked Wicked Ways (Ma voie si vicieuse, littéralement).
Pour respecter l’incontournable cliché néo-guinéen, ils se retrouvent confrontés à une tribu hostile menée par un chef féroce (Ian Taatu, également figurant dans Sanctum), comme déjà vu en 1951 dans Crosswinds ou encore en 1997 dans le Robinson Crusoé de Pierce Brosnan. Mais comment peut-on encore, au XXIe siècle, oser de telles scènes tarzanesques avec sauvages hurlants, où des indigènes noirs sont voués à mourir sous les yeux de héros blancs?
De retour à Sydney, Errol retrouve son ami le boxeur de rue Rex (en réalité Rex Long-Innes, joué par le coproducteur Corey Large, Kid Cannabis). Errol veut naviguer jusqu’en Nouvelle-Guinée pour « réaliser une fortune en or ». Ils se rendent dans le bordel chinois de la piratesse Miss Achun (Grace Huang, Infini; un personnage masculin dans le livre), espérant s’emparer de son bateau. La façon exacte dont ils y parviennent demeure un mystère. Quant au fait que Flynn écrivit s’être livré volontairement au trafic d’opium, cela n’est qu’évoqué en pointillé.
Ils sont rejoints à bord du cotre Sirocco par le jeune et élégant Dook (en réalité Trelawney Adams, interprété par William Moseley, Le Monde de Narnia), qui entend faire office de navigateur pour son tout premier voyage en mer. Mais Charlie (en réalité Charlie Burt, interprété par Clive Standen, Namasté Londres), un vieux loup de mer, veut récupérer son bateau, qui avait été en fait volé par les pirates. Parviendront-ils à conclure un accord pour partir ensemble à l’aventure?
Pour leur dernière escale en Australie, à Townsville, ils sont accueillis par le maire corrompu Travers (David Wenham, Van Helsing), qui officie aussi comme promoteur de boxe, accompagné de son cruel fils Rudolph (David Hennessey, Pimp). Errol doit combattre l’impressionnant La Montagne (Nathan Jones, Mad Max Fury Road / La Route du chaos) et le teigneux Kid Lozetti (Thomas Forbes-Johnson, La Cité perdue).
Errol retrouve également là le journaliste Johnson (Callan Mulvey, 300 La Naissance d’un Empire), qui l’avertit que « le seul parfum de l’or ne pousse l’homme qu’à la misère », ainsi que son ancienne petite amie Rose (Isabel Lucas, Transformers La Revanche), qui travaille désormais dans une maison close déguisée en thermes, en compagnie de Zaca (le nom d’un des futurs bateaux de Flynn; Nathalie Kelley, Urban Explorer – The Depraved / Le Sous-sol de l’horreur). Poursuivis de plus par Achun et son homme de main Vassilis (Costas Mandylor, la franchise Saw), parviendront-ils à réchapper aux multiples pièges tendus dans cette ville?
En naviguant sur la mer de Corail vers le promis Territoire australien de Papouasie, « traversant l’enfer vers le paradis » pour « inventer leur propre horizon » « jusqu’à la dernière extrémité » (« until beam’s end »), réussiront-ils à éviter le naufrage sur les redoutables « récifs acérés comme des rasoirs » qui protègent la Nouvelle-Guinée des aventuriers imprudents? Errol ne devra-t-il pas bientôt incarner un marin naufragé dans Capitaine Blood auprès d’Olivia de Havilland (Ashlee Lollback, Bloody Hell)? En réalité, c’est plutôt avec In the Wake of the Bounty (Dans le sillage du Bounty) que Flynn a inauguré en Australie sa carrière d’acteur de cinéma.
Le film est très librement inspiré du livre de Flynn, lui-même assez vaguement lié à sa vie réelle. Malheureusement, les relations entre les personnages demeurent insuffisamment approfondies, le film enchaînant les courtes scènes d’aventure sans véritable suspense ni continuité.
Dans cette aventure sans présence féminine effective, les seuls personnages féminins étant une sadique et des prostituées, l’histoire tourne au fantasme homosexuel entre hommes jeunes et musclés seuls à bord. Après tout pourquoi pas? Flynn faisait aussi l’objet d’une réputation d’homosexuel (voir à ce sujet l’article de Richard George Mann dans les archives de l’Encyclopédie GLBTQ sur GlbtqArchive.com), ce qui est également évoqué dans le film My Forgotten Man. Mulcahy est lui-même connu pour être homosexuel, mais sur ce point précis, son film échoue également, car le sujet reste à peine effleuré et sous-développé.
Donc, « film à moitié raté », « inconséquent » dans sa « vaine entreprise », pour paraphraser le script? N’ayant en effet guère réussi à exposer correctement l’histoire, très loin d’une « manière à la Flynn » (« in like Flynn » est une expression signifiant de façon très aisée), le film se retrouve réduit à redonner de pénibles explications au cours de son générique de fin.
Revue en anglais, cotation 5/10 d’In Like Flynn

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