Sanctuaire

2011  Sanctuaire, d’Alister Grierson

Les explorateurs Carl (Ioan Gruffudd), George (Dan Wyllie) et Vic (Alice Parkinson) examinent avec leurs lampes frontales un passage sous-terrain.

Revue du film par la Rose Noire:

«Quand vous descendrez là-bas, même Dieu ne saura plus où vous êtes.»

Film de fiction australo-américain présenté par James Cameron (L’Abysse), qui apporte son système de caméra Fusion utilisé pour Avatar, réalisé par Alister Grierson (Kokoda), filmé par Jules O’Loughlin (In Her Skin) avec l’assistance de Simon Christidis (The Fall) pour les prises de vue subaquatiques, avec une musique de David Hirschfelder (Australia) et des chansons des artistes papous-néo-guinéens Junior Kokoratts et Tusiti Roots.

Andrew Wight a produit le film pour Universal et l’a coécrit à partir de sa propre expédition périlleuse en Australie, qu’il a relatée dans son documentaire sur Nullarbor, évoqué dans le film. Cette expédition fut filmée par Wes Skiles, décédé dans un accident de plongée l’année précédant la sortie de Sanctuaire, qui lui est justement dédié. Tragiquement, Wight décédera lui-même l’année suivante dans un accident d’hélicoptère alors qu’il préparait son nouveau documentaire Deepsea Challenge.

Le jeune Josh (Rhys Wakefield, Broken Hill), grimpeur déjà aguerri, rencontre le sponsor Carl (Ioan Gruffudd, Titanic) accompagné de sa petite amie alpiniste Victoria (Alice Parkinson, X-Men – Les Origines de Wolverine) en Papouasie-Nouvelle-Guinée, « le dernier lieu de sauvagerie primordiale », pour rejoindre l’expédition de son père Frank (Richard Roxburgh, La Ligue des gentlemen extraordinaires), le plongeur spéléologue « le plus respecté et déterminé au monde ». Le projet de Frank est d’explorer l’immense grotte d’Esa’ala, « le plus grand réseau de cavernes inexploré au monde », « la mère de toutes les grottes », qui s’enfonce « à deux kilomètres de profondeur sous la croûte terrestre ».

Esa’ala est en réalité un simple petit village des îles d’Entrecasteaux, au sud-est de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, et le film a été en fait tourné, outre les décors construits dans le Queensland, dans les grottes de Mount Gambier et Naracoorte en Australie-Méridionale. Tragiquement, la cascadeuse plongeuse qui doublait les actrices, Agnes Milowka, devait ensuite trouver la mort dans ces mêmes grottes, le mois même de la sortie du film. L’entrée du gouffre avec son vertigineux effet 3D est, quant à elle, procurée par la grotte mexicaine des Hirondelles, non créditée. La magie d’Hollywood fait qu’Esa’ala a parfois depuis été présentée comme une grotte réelle, mais la seule caverne de Papouasie-Nouvelle-Guinée qui pourrait lui ressembler est la doline de Nare, dans les monts Nakanai sur l’île de Nouvelle-Bretagne, dont Grierson a justement avoué s’être inspiré dans son entretien pour la rubrique Speakeasy du Wall Street Journal.

Josh, Carl et Vic sont emmenés en hélicoptère jusqu’à la grotte par Eddie (Sean Dennehy, Girl Clock), puis accueillis à leur arrivée par Jim (le coordinateur de plongée et coscénariste John Garvin, Avatar La Voie de l’eau) et Luko (le Nauruan Cramer Cain, The Straits). Dex (Andrew Hansen, The Chaser’s War on Everything) leur explique le plan des grottes et leur redoutable Restriction du Diable, sous la présence inquiétante d’un chaman local (Nea Diap).

Luttant pour arriver le premier au fond du trou, ils retrouvent à l’entrée de la partie immergée Frank, George (Dan Wyllie, Le Chasseur), JD (Christopher James Baker, L’Île de Nim), Judes (Allison Cratchley, Water Rats / Brigade des mers) et Liz (Nicole Downes, Moi Frankenstein), ainsi que le robot Virgile, un véhicule aquatique téléopéré, qui leur servira de guide dans ce monde d’en bas.

Frank, pour qui la spéléologie est une religion et la grotte une cathédrale, se montre très dur et autoritaire, réprimandant constamment son fils. Frank se révélera-t-il un véritable chef ou simplement un aventurier égoïste? Son « grand rêve », celui d’allumer « comme Christophe Colomb et Neil Armstrong » une lumière dans « un monde inexploré depuis la nuit des temps », pourrait-il se transformer en cauchemar pour tout le monde? Le père et le fils quant à eux pourraient-ils se retrouver dans ces fins fonds au terme de leurs épreuves?

Commence la plongée dans l’inconnu, là où « même Dieu ignore où ils sont », tandis que, rythmée par le poème Kubla Khan de Samuel Coleridge, la tension monte « d’insondables cavernes vers une mer sans soleil ». Mais après tout « qu’est-ce qui pourrait mal tourner en plongeant dans des grottes »? Alors que les pluies torrentielles qui s’annoncent ne leur laissent plus que peu de temps, parviendront-ils à trouver le passage caché pour parvenir « au-delà » dans les eaux tropicales de la mer des Salomon?

Pris au piège d’éléments hostiles d’une nature cruelle, la vie « n’étant pas qu’une répétition générale », qui devra survivre sublimé ou qui devra connaître une mort atroce dans ces profondeurs? N’ont-ils pas tous profané le sanctuaire d’une nature inviolée, y semant la mort et la violence? L’acteur de couleur sera-t-il la trop habituelle « première victime », ou bien seront-ce plutôt les personnages féminins les sacrifiées comme dans le slasher de service? La solidarité l’emportera-t-elle, ou les instincts les plus bas prendront-ils le dessus? Comment pourraient-ils en sortir purifiés? Ce film catastrophe, parsemé d’enjeux psychologiques, notamment sur la question de l’aide à mourir, devrait tenir le spectateur captivé par son climat inquiétant jusqu’à sa fin.

 

Revue en anglais, cotation 7/10 de Sanctum

Les spéléologues Frank (Richard Roxburgh) et Luko (Cramer Cain) se retrouvent au cœur d'une grotte inexplorée en Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Vidéo de Sanctum.2011

 

Présentation faite par les Roses noires ;  texte © 2026 Association des roses noires.

Suite: La Guerre de Damien Parer