Église orthodoxe Saint Serge de Radonège, Paris 19e

Nathalie Le Bras, le 7 mai 2026
Article faisant suite à la visite que nous avons réalisée mardi 5 mai dans le cadre de nos sorties culturelles Adhérents.

D’une Eglise luthérienne « sur la colline » à l’église orthodoxe Saint Serge

Nichée au fond d’une cour verdoyante, accessible par un discret portail du 14 rue Meynadier ou par le 93 rue de Crimée, l’Église orthodoxe Saint Serge est l’un des trésors cachés du 19e arrondissement. On y accède par un escalier en bois à double volée, peint et sculpté, qui ouvre déjà une parenthèse hors du temps.

A l’origine : une église luthérienne allemande – 1861

À l’origine, l’église Saint-Serge n’était pas orthodoxe mais une église luthérienne allemande.

Le terrain fut acheté en 1857 par le pasteur allemand Friedrich von Bodelschwingh (1831-1910) qui déclarait sur le lieu situé à La Villette :« Je sentis une grande paix m’envahir et j’eus l’impression d’entendre une voix qui me disait : Cette colline appartient au Seigneur ». Il y fit donc construire une église en 1861 pour les besoins de la communauté ouvrière allemande du quartier, l’agrandissant en 1863.

L’arrivée de ces travailleurs s’inscrit dans un mouvement migratoire plus ancien :

  • Dès les années 1820, des milliers d’allemands quittent la Rhénanie, la Hesse, le Palatinat ou le Bade, frappés par les crises agricoles, la pauvreté rurale et la fragmentation des terres. Ils sont alors 30 000 à résider en France.
  • Dans les années 1830–1840, les difficultés économiques s’aggravent, tandis que la censure et la répression politique s’intensifient dans les États allemands, en particulier après les révolutions manquées de 1848–1849. A cette époque, on estime leur nombre à 180 000 en France dont 60 000 pour la seule ville de Paris.

Plus globalement, un trait commun à beaucoup d’expatriés allemands est la relative “perméabilité” entre immigration économique et exil politique. Ainsi, les artisans et compagnons qui s’installent en France dans les années 1820-1830 deviennent à leur corps défendant des exilés politiques, condamnés à l’expatriation à vie lorsqu’en 1835 la Diète de Francfort interdit aux Allemands de séjourner dans un pays où sont tolérées les associations politiques.

Mais ces émigrants de la faim ne sont pas les seuls à venir en France. Car dans les années 1830-1840, la censure et l’autoritarisme de Metternich et de Frédéric-Guillaume de Prusse poussent les opposants politiques à l’exil : socialistes, libéraux et démocrates émigrent alors en grand nombre en France. Au-delà même des persécutions politiques, c’est toute l’activité culturelle et scientifique originale, bridée en Allemagne, qui prend le chemin de la France. Musiciens, architectes, philologues, médecins même, exercent de ce côté-ci du Rhin et contribuent à faire de Paris la Mecque intellectuelle de l’Occident. Ainsi le poète Heinrich Heine, juif converti au protestantisme, choisit la “patrie des droits de l’homme”, le pays qui a émancipé les juifs.


Heinrich Heine, par Moritz-Daniel Oppenheim – 1831 – Kunsthalle de Hambourg.

La population de langue allemande, de 1830 à 1848, est donc faite à la fois d’hommes qui, de leur plein gré, ont choisi la France, pensant que leur talent y serait reconnu à leur juste valeur ; de bannis, politiques ou religieux, qui n’ont eu d’autre solution que de s’expatrier pour continuer leur combat pour la liberté ; d’ouvriers, d’artisans et de paysans, chassés de leur pays par la misère.

Par son importance, cette colonie de travailleurs constitue la première immigration économique de masse de la France contemporaine.


Livret ouvrier fin XIXe siècle. © Archives municipales de Roubaix

Paris, alors capitale industrielle et culturelle, attire cette main-d’œuvre en quête de mieux vivre mais aussi de liberté. Vers 1840, on y compte plus de 80 000 Allemands, travailleuses et travailleurs non qualifiés, de compagnons, d’artisans et d’exilés politiques, écrivains et artistes, ce qui fait de Paris la troisième plus grande ville allemande après Berlin et Hambourg.

Selon le milieu social, le domicile et le destin des émigrés allemands différaient fortement. La plus grande partie d’entre eux était constituée par les chiffonniers, les balayeurs de rue, les travailleurs de l’industrie ou du bâtiment. Ils gagnaient à peine de quoi vivre et logeaient dans les quartiers pauvres, en priorité dans le 5e arrondissement.

À partir de la fin des années 1850, les travaux de rénovation de Paris confiés au baron Hausmann par Napoléon III repoussent les populations modestes en périphérie de Paris. Artisans, ouvriers, journaliers, domestiques allemands et leurs familles s’installent massivement à La Villette, annexée à Paris en 1860, qui abrite alors la plus grande concentration d’usines et d’entrepôts industriels de la ville avec les chantiers du canal de l’Ourcq et les abattoirs.

À la fin des années 1860, La Villette connue sous le nom de « Petite Allemagne », compte jusqu’à 30 000 migrants allemands. C’est pour cette communauté pauvre, déracinée et majoritairement luthérienne que le pasteur von Bodelschwingh fonde une église rue de Crimée. L’édifice, construit en bois dans un style évoquant les chalets d’Allemagne du Nord, sert à la fois de lieu de culte, d’école paroissiale et de centre d’entraide. Il constitue un point d’ancrage essentiel pour ces familles immigrées, jusqu’à la rupture de 1870, lorsque la guerre franco-prussienne entraîne l’expulsion des Allemands de Paris et la fermeture de leurs institutions.


Friedrich von Bodelschwingh en 1906.


1886_la Hügelkirche_Église de la colline

Autre perspectiveL’apparition des salons russes dans le Paris de la première moitié du XIXe siècle”, par Yuliya Mineeva, ancienne pensionnaire (2021-2022) de la bibliothèque Marmottan, diplômée de l’université Lomonossov de Moscou et de l’université Paris I Panthéon-Sorbonne

Rachat de la colline par les immigrés russes – 18 juillet 1924

Après la Première Guerre mondiale, l’ancienne église luthérienne allemande est placée sous séquestre par l’État français, comme toutes les propriétés appartenant à des institutions allemandes. Le bâtiment est laissé à l’abandon pendant plusieurs années.

À partir de 1917, la Révolution russe et la guerre civile provoquent l’exil de dizaines de milliers de Russes vers l’Europe occidentale. On les appelle les « Russes Blancs » par opposition aux « Russes Rouges ». «  Le nom de Russes blancs (péjorativement nommés par les bolcheviks, beliaki) ou de Mouvement blanc (Beloïe dvijeniïe) désigne la partie de la population russe n’ayant pas accepté la révolution russe, ou plus spécifiquement la prise de pouvoir par les bolcheviks, au début du XXe siècle. L’expression englobe ceux ayant lutté contre le nouveau régime lors de la guerre civile russe (révolution d’octobre ou révolution bolchévique) au sein des armées blanches mais ne désigne cependant pas de manière exclusive les personnalités militaires ; au-delà du contexte de la guerre civile, elle désigne l’ensemble des personnes ayant quitté la Russie après la révolution d’Octobre, voire après la révolution de Février (La révolution de Février marque le début de la révolution russe de 1917. Elle provoque en quelques jours l’abdication de l’empereur Nicolas II, la fin de l’Empire russe et de la dynastie des Romanov. Elle marque aussi l’émergence d’institutions révolutionnaires tels que les conseils ouvriers et les comités d’usines). Dans la plupart des cas, l’expression Russes blancs se réfère aux opposants monarchistes à la Russie soviétique, partisans du tsar et de la Russie impériale et qu’il convient de distinguer des « réfugiés russes » partisans d’une évolution démocratique non violente. Le terme peut également désigner par extension les descendants des premiers émigrés. » – Source Wikipedia.

« Le nom de Russes blancs est par la suite donné, de manière générique, à l’ensemble de l’« émigration blanche », soit la population des russes monarchistes exilés à la suite de la révolution, indépendamment du fait qu’ils aient ou non participé activement aux armées blanches ou à la guerre civile russe. Des intellectuels comme Ivan Iline, des membres de la famille impériale comme le grand-duc Nicolas ou de la noblesse comme le prince Ioussoupov étaient des figures des milieux émigrés russes « blancs ». La communauté « russe blanche » peut englober, par abus de langage, l’ensemble des exilés russes, des réfugiés et de leurs descendants, y compris quand ceux-ci sont nés après la révolution, même ceux qui étaient notoirement antimonarchistes. » – Source Wikipedia. En 1925, sur les 1 500 000 exilés estimés, environ 400 000 auraient « lu domicile en France. 

Paris devient l’un des principaux centres de cette diaspora.
Parmi eux se trouvent de nombreux prêtres, théologiens, intellectuels et étudiants qui cherchent un lieu de culte et un centre d’enseignement.

Pour en savoir plus :

En 1924, l’État met en vente la colline avec l’ancienne église luthérienne. Le métropolite Euloge (Guéorguievski), nommé en 1921 à la direction des paroisses orthodoxes russes en Europe occidentale par le patriarche Tikhon de Moscou (canonisé en 1989), décide de l’acquérir le 18 juillet 1924, jour de la fête d’été de Saint-Serge de Ragogène, pour y installer une paroisse orthodoxe et un centre de formation théologique. Ne disposant au départ que de cinq pour cent de la somme nécessaire, l’achat est finalement financé grâce à extraordinaire élan d’entraide et de généreux donateurs comme le Dr John Raleigh Mott (théologien méthodiste) (1865 – 1955).
Je ne rentrerai pas ici dans le détail des pressions qu’il a subies de Moscou vis à vis des « Russes Blancs » (veuillez cliquer sur son nom ci-dessus pour en savoir plus).


Euloge Guéorguievsky (1868 – 1946), inhumé à l’âge de 78 ans à la crypte de l’église Notre-Dame-de-la-Dormition de Sainte-Geneviève-des-Bois


John Raleigh Mott, dirigeant américain des Unions chrétiennes de jeunes gens. Il fonde la Fédération universelle des associations chrétiennes d’étudiants (FUACE), en anglais World Student Christian Federation (WSCF). Il reçoit le prix Nobel de la paix en 1946 avec Emily Greene Balch pour son travail dans la fondation et le développement d’organisations internationales étudiantes protestantes travaillant pour la promotion de la paix.

L’église devient alors Saint-Serge, en hommage à Saint-Serge de Radonège, figure majeure de la spiritualité russe.
Pour en savoir plus sur l’histoire de Saint-Serge de Radogène, lire l’article très intéressant d’Alexandra Gouzeva « Cinq faits sur Serge de Radonège, le plus célèbre saint russe » issu du site « Fenêtre sur la Russie » : Les Russes pensent que leur pays doit son existence à ce moine, qui a vécu au XIVe siècle. C’est grâce à lui que les terres russes se sont unies et relevées après la terrible invasion tataro-mongole…..

  Icône Vie de Serge de Radonège, XVe siècle

La transformation en église orthodoxe – 1925-1927

Le bâtiment, conçu comme une église luthérienne en bois, doit être adapté à la liturgie orthodoxe. L’église fut emménagée dans le style des églises orthodoxes russes, ornée de portes royales datant du XVI siècle de l’école de Novgorod.

 Photo « Sortir à Paris©« 
 Photo André Serikoff©  Cloché – Photo André Serikoff©

Ces travaux donnent à l’église son apparence actuelle, que l’on découvre en entrant dans la nef.

L’architecture de l’église Saint-Serge

La structure intérieure, entièrement en charpente apparente, donne à la nef unique une atmosphère chaleureuse et intime.

L’espace est organisé selon la tradition orthodoxe : une nef orientée vers l’est, un sanctuaire invisible depuis l’assemblée, et une iconostase qui marque la frontière entre le visible et l’invisible. La lumière tamisée, les couleurs profondes et les motifs végétaux peints sur les murs créent une ambiance recueillie, très éloignée de la sobriété protestante d’origine.

L’iconostase, avec ses portes royales finement sculptées, attire immédiatement le regard. Les icônes, disposées selon l’ordre liturgique, structurent l’espace et guident la prière. Les peintures murales, les frises décoratives et les couleurs minérales donnent à l’ensemble une unité visuelle rare en France, typique de l’art sacré russe.

Sous la nef, la crypte accueille les offices en semaine et les enseignements de l’Institut Saint-Serge. Malgré ses dimensions modestes, l’église forme un ensemble cohérent, où se mêlent architecture luthérienne du XIXe siècle et tradition liturgique orthodoxe.

Les artistes contributeurs

La décoration intérieure de l’église, réalisée entre 1925 et 1927, est l’œuvre de deux artistes majeurs de l’émigration russe : Dimitri Stelletsky (1875-1947) et la princesse Elena Sergueïevna Lvova (1894 . 1971).

Dimitri Stelletsky (1875-1947) 

 
Dimitri Stelletsky est né dans la famille d’un ingénieur militaire. Les membres de cette famille appartenaient à l’ancien clan légendaire des Eleozorov. En 1896, il entre à l’Académie des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg. Fortement intéressé par les racines byzantines de l’art russe, il recopie le « Dit du Prince Igor » et l’illustre avec des miniatures, œuvre achetée par la Galerie Tretiakov. Après avoir obtenu son diplôme universitaire (1904), il part pour Paris. Il fréquente l’académie de R. Julien, désirant obtenir un emploi à la manufacture de Sèvres, mais il n’y parvient pas et retourne en Russie. Entre 1908 et 1910 il travaille souventes pour des théâtres et opéras, en réalisant entre autres des esquisses de scénographie pour le drame historique de de A. Tolstoï « Tsar Fyodor Ioannovich », pour le Théâtre « Alexandrinsky » et l’opéra « Snégourotchka » de N. Rimsky-Korsakov, ainsi que pour le Théâtre « Mariinsky ». Il a participé à la mise en scène de l’opéra « La Pskovitaine » de N. Rimsky-Korsakov ainsi que pour « Saisons russes » de S. P. Diaghilev.
En 1914, D.S. Stelletsky fait un voyage en Italie et en France. La France, ou plutôt la petite ville de La Napoule près de Cannes, devient son refuge pour le reste de sa vie. Il écrit ce qui suit à propos de son émigration forcée : « Le climat du sud, la nature et mes activités dans un pays étranger sont loin de mon goût. Me voici coupé des racines de mon talent, de la Russie, mon âme chère et proche. Je n’ai pas assez d’air russe, de champs russes et, surtout, de peuple russe. J’ai toujours été inspiré uniquement par le travail pour la vie russe et les affaires russes ».


Iconostase, œuvre de Dimitri Stelletsky – Photo André Serikoff©

 
Iconostase, œuvre de Dimitri Stelletsky – partie gauche –  Photo André Serikoff©

Icône de Saint Séraphin de Sarov – détail de l’iconostase, œuvre de Dimitri Stelletsky – Photo André Serikoff©


Icône de la Résurrection – détail de l’iconostase, œuvre de Dimitri Stelletsky – Photo André Serikoff©


Peinture murale de la nef latérale – œuvre de Dimitri Stelletsky – Photo André Serikoff©

La Princesse Elena Sergueïevna Lvova (1894 – 1971)


La princesse Elena Sergueïevna Lvova, fille du prince Sergei Evguéniévitch Lvoff et de Zinaïda Petrovna, et nièce du Ministre du Gouvernement Provisoire G. E. Lvoff, naît le 12 novembre 1894 à Moscou. En 1917 à la Révolution, elle quitte la Russie avec sa sœur Catherine. Les deux sœurs se retrouvent d’abord en Crimée à Yalta, puis elles émigrent en France en 1918. Leurs parents, restés en Russie, sont arrêtés et exilés. Les quatre frères de la princesse Hélène quant à eux, seront fusillés entre 1937 et 1942. Hélène et Catherine s’installent dans la région parisienne dans la maison de leur oncle G. E. Lvoff. En 1926, Dimitri S. Stelletsky l’invite à participer à la réalisation de l’iconostase de l’église Saint-Serge-de-Radonège à Paris, en lui confiant les visages et la finition des détails de certaines icônes. La confiance de Stelletsky en la jeune peintre et la qualité de son travail témoignent déjà d’une expérience importante dans la peinture d’icônes. Elle devient membre de l’association « Icône » dès sa fondation. Par sa sobriété, son intelligence et sa modestie elle gagne le respect de ses collègues et pendant une certaine période elle prend la responsabilité de vice-présidente de l’Association. Parmi les plus importantes réalisations artistiques de la princesse Hélène Lvoff, il convient de citer l’iconostase de l’église de la Résurrection à Meudon, l’iconostase de l’église Saint-Alexandre-Nevsky-et-Saint-Seraphin à Liège, l’iconostase de l’église du Prophète Elie au cimetière orthodoxe d’Helsinki, une partie de l’iconostase (rangée de la Déesis) de l’église Saint-Job à Bruxelles, et l’iconostase de l’église de la Sainte Trinité à Montbéliard.


Le visage de Saint Nicolas par princesse Elena Sergueïevna Lvova – Photo Maciej Leszczynski©


Icone de la Mère de Dieu de Vladimir par princesse Elena Sergueïevna Lvova – Photo Maciej Leszczynski©

Icone Saint Serge de Radogène et ses disciples par princesse Elena Sergueïevna Lvova – Photo Maciej Leszczynski©

   
Table des Défunts
 
Icône de Saint Nicolas

Restauration des peintures de Dimitri Stelletsky par Géraldine Albers – Vidéo INA© 1996

Géraldine Albers est historienne de la restauration des œuvres d’art, experte auprès de la Cour d’Appel de Paris.
Elle est diplômée de l’école des Beaux-Arts de Paris. Elle a été pensionnaire de la Villa Médicis à Rome et de la Villa I Tatti, à l’Institut de Restauration de Florence (OPD).
Elle est diplômée de l’ICCROM pour les peintures murales (Rome) et les pierres (Venise) – Unesco.
Elle est également membre de l’ICOM, officier des Arts et des Lettres, et chevalier de l’Ordre National du Mérite.

Emission orthodoxie du 03/03/1996, INA MGCPB0046534

L’Institut Saint-Serge : un centre théologique majeur

Dès 1925, le métropolite Euloge installe dans les locaux de l’église un établissement d’enseignement supérieur : l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge. Très vite, ce lieu devient l’un des centres intellectuels les plus importants de l’orthodoxie au XXe siècle.

Parmi ses enseignants et chercheurs, plusieurs théologiens de renommée internationale ont marqué durablement la pensée orthodoxe :

  • Sergueï Boulgakov, philosophe et théologien, premier doyen de l’Institut.
  • Georges Florovsky, historien de l’Église.
  • Nicolas Afanassieff, spécialiste de l’ecclésiologie.
  • Paul Evdokimov, théologien laïc.
  • Olivier Clément, figure du dialogue entre orthodoxie et Occident.

Leur influence dépasse largement le cadre russe : l’Institut Saint-Serge devient un lieu de rencontre entre traditions orthodoxes, protestantes et catholiques.

Un rôle spirituel et culturel

L’Institut n’est pas seulement une école. Il :

  • forme des prêtres et des théologiens pour toute l’Europe,
  • organise des colloques et des sessions d’été,
  • conserve une bibliothèque exceptionnelle,
  • joue un rôle majeur dans le dialogue œcuménique.

Aujourd’hui encore, il demeure un centre de référence pour l’étude de la théologie orthodoxe.

La vie de la paroisse aujourd’hui

Entre 2018 et 2019, une décision du Patriarcat de Constantinople de dissoudre l’Exarchat des paroisses de tradition russe en Europe occidentale et de les rattacher aux métropolites grecs a provoqué une crise profonde.

À la différence de la cathédrale Saint-Alexandre-Nevsky (12 rue Daru, Parie 8e), qui est restée sous la juridiction du Patriarcat de Constantinople, la paroisse Saint-Serge a choisi en 2019 de se placer sous la protection canonique du Patriarcat de Moscou tout en conservant ses traditions liturgiques propres. Ce choix lui permet de préserver la plénitude de sa canonicité tout en conservant ses acquis liturgiques, spirituels et sociologiques.

Après une période difficile marquée par le départ d’une partie des fidèles, la paroisse connaît aujourd’hui un renouveau. La participation aux offices est revenue à son niveau antérieur, et les fidèles semblent encore plus conscients de la valeur spirituelle de leur communauté. Les offices, réputés pour leur beauté, sont suivis d’agapes conviviales dans le réfectoire du foyer des étudiants.

La chorale, elle aussi touchée par la crise, s’est reconstituée sur des bases solides. De jeunes chanteurs, fins connaisseurs du chant liturgique, perpétuent la tradition musicale de la colline Saint-Serge. La paroisse reçoit également le soutien attentif de son archevêque, le métropolite Jean, dont les visites pastorales sont très appréciées.

Source : https://www.centenaire-archeveche.org/fr/paroisse-saint-serge – 2021


Cathédrale saint-alexandre-nevsky 12, rue daru 75008 paris

Orthodoxie – Catholicisme – Protestantisme

Trois traditions issues d’une même racine chrétienne

Le christianisme s’est développé au fil des siècles en trois grandes familles :

  • l’Église orthodoxe,
  • l’Église catholique,
  • les Églises protestantes.

Elles partagent un socle commun : la Bible, la foi en Jésus-Christ, les sacrements, la prière, la charité.
Mais elles diffèrent par leur histoire, leur organisation, leur théologie et leur pratique liturgique.

1. L’ORTHODOXIE

L’orthodoxie, héritière de la tradition chrétienne d’Orient, s’est structurée après le schisme de 1054 qui a séparé les Églises d’Orient et d’Occident. Aujourd’hui encore, elle rassemble une famille d’Églises autocéphales — Russie, Grèce, Serbie, Roumanie… — unies par la même foi, la même liturgie et une conception profondément collégiale de l’autorité. Contrairement au catholicisme, l’orthodoxie ne connaît pas de figure centrale comparable au pape : chaque Église est conduite par un patriarche ou un métropolite, et les grandes décisions se prennent de manière synodale.

La spiritualité orthodoxe s’exprime avant tout dans la liturgie, qui occupe une place centrale dans la vie des fidèles. Chantée presque intégralement, rythmée par l’encens, les processions et les gestes symboliques, elle se veut une entrée dans le mystère plutôt qu’une simple commémoration. Rien n’y est laissé au hasard : les couleurs, les gestes, les chants, la lumière composent un langage théologique à part entière.

Les icônes y jouent un rôle essentiel. Elles ne sont pas des images décoratives, mais des « fenêtres vers le Royaume », selon une expression chère aux Pères de l’Église. Les icônes ne représentent pas le monde tel qu’il est, mais tel qu’il est transfiguré par la lumière de Dieu. On les salue en entrant dans l’église, on les vénère d’un baiser ou d’une inclinaison, on les encense pendant la liturgie ; elles accompagnent les sacrements, éclairent la prière et enseigne la foi. Héritières de l’art paléochrétien, de Byzance et des grands centres russes comme Novgorod ou Moscou, les icônes ont traversé les siècles sans rupture majeure, conservant un style et un langage spirituel presque inchangés depuis le Moyen Âge.

Au cœur de toute église orthodoxe se dresse l’iconostase, mur d’icônes qui sépare la nef du sanctuaire. Elle marque la frontière entre le visible et l’invisible, tout en racontant l’histoire du salut : le Christ et la Mère de Dieu, les apôtres, les prophètes, les grandes fêtes liturgiques, et, au centre, les portes royales ornées de l’Annonciation et des Évangélistes. À Saint-Serge, cette iconostase est particulièrement remarquable : elle associe des portes royales du XVIe siècle, venues de l’école de Novgorod, aux œuvres de Dimitri Stelletsky et de la princesse Elena Lvova, dans un ensemble d’une grande cohérence.

Comme l’Église catholique, l’orthodoxie reconnaît sept sacrements : le baptême, la chrismation (équivalent de la confirmation), l’Eucharistie, la confession, le mariage, l’ordination et l’onction des malades. Mais elle les aborde moins comme des actes juridiques que comme des moments de transformation intérieure, inscrits dans la continuité de la vie liturgique. Le calendrier, souvent régi par le comput julien, rythme l’année de fêtes, de jeûnes et de célébrations qui structurent la vie spirituelle des fidèles.

2. LE CATHOLICISME

Le catholicisme, enraciné dans la tradition occidentale du christianisme, se comprend comme l’héritier direct de l’Église fondée par les apôtres. Au fil des siècles, il a développé une structure fortement unifiée autour de l’évêque de Rome, le pape, considéré comme le successeur de saint Pierre. Cette centralité du siège romain donne à l’Église catholique une cohérence doctrinale et institutionnelle qui s’est affirmée particulièrement après la séparation d’avec l’Orient en 1054.

La vie catholique s’organise autour de la célébration de l’Eucharistie, cœur de la liturgie dominicale, et de l’enseignement du magistère, c’est-à-dire l’autorité doctrinale confiée aux évêques en communion avec le pape. La liturgie, plus ou moins solennelle selon les lieux, s’est diversifiée au cours de l’histoire, mais elle conserve une structure commune qui relie les communautés du monde entier. Les images religieuses — statues, tableaux, vitraux — y occupent une place importante, mais elles n’ont pas le statut théologique des icônes dans l’orthodoxie : elles sont des supports de prière, non des signes sacramentels.

Comme l’orthodoxie, le catholicisme reconnaît sept sacrements : le baptême, la confirmation, l’Eucharistie, la confession, le mariage, l’ordination et l’onction des malades. Ils jalonnent l’existence du croyant et expriment la présence de Dieu dans les moments essentiels de la vie. L’Église catholique accorde également une grande importance à la vie spirituelle personnelle — prière, méditation, engagement caritatif — et à la dimension universelle de la foi, qui se veut ouverte à toutes les cultures et à tous les peuples.

3. LE PROTESTANTISME

Le protestantisme naît au XVIe siècle, dans un contexte de profondes aspirations à la réforme de l’Église. Avec Martin Luther, Jean Calvin et d’autres réformateurs, il affirme la primauté de l’Écriture et la nécessité d’un retour aux sources du christianisme. Cette rupture avec Rome, d’abord théologique, devient rapidement institutionnelle et donne naissance à une grande diversité d’Églises, organisées selon des modèles variés : synodaux, presbytériens, congrégationalistes.

Au cœur de la foi protestante se trouve la conviction que la Parole de Dieu, lue et méditée, est le premier lieu de la rencontre avec le Christ. La prédication occupe donc une place centrale dans le culte, souvent plus sobre et moins ritualisé que dans les traditions catholique et orthodoxe. Les images religieuses y sont généralement absentes ou très discrètes, par fidélité au commandement biblique et pour éviter toute confusion entre vénération et adoration.

La plupart des Églises protestantes reconnaissent deux sacrements : le baptême et la cène. Ils sont compris comme des signes de la grâce, reçus dans la foi, et non comme des actes sacramentels au sens catholique ou orthodoxe. La vie communautaire, la lecture personnelle de la Bible, l’engagement social et la responsabilité individuelle jouent un rôle essentiel dans la spiritualité protestante, qui met l’accent sur la liberté de conscience et la relation directe du croyant à Dieu.

Saint-Serge et le dialogue entre les Églises en France

L’Institut Saint-Serge poursuit aujourd’hui une activité académique soutenue, comme en témoignent les actes de colloques publiés ces dernières années. Plusieurs d’entre eux sont organisés en partenariat avec les facultés de théologie catholique et protestante de Paris, confirmant la place de l’Institut dans le dialogue intellectuel entre Églises. D’autres colloques, consacrés à des figures majeures de la tradition orthodoxe ou à l’histoire de l’orthodoxie en France, illustrent la continuité de sa mission propre. Cette production régulière d’actes, publiés notamment aux éditions du Cerf ou dans la revue Contacts, atteste du rayonnement toujours vivant de la colline Saint-Serge.

Plus d’informations sur le site de l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge : https://www.saint-serge.net

Théologie de la résurrection – Les Chemins de la Foi – France Télévisions

 

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