Archives Catégorie : Histoire

#7 – La petite minute d’Histoire : L’Eglise Saint-Serge de Radogène

Nathalie Le Bras, le 7 mai 2026
Rédaction, recherches approfondies et iconographie
Cet article fait suite à la visite que nous avons réalisée dans le cadre des sorties culturelles de l’association.

D’une Eglise luthérienne « sur la colline » à l’église orthodoxe Saint Serge

Nichée au fond d’une cour verdoyante, accessible par un discret portail du 14 rue Meynadier ou par le 93 rue de Crimée, l’Église orthodoxe Saint Serge est l’un des trésors cachés du 19e arrondissement. On y accède par un escalier en bois à double volée, peint et sculpté, qui ouvre déjà une parenthèse hors du temps.

A l’origine : une église luthérienne allemande – 1861

À l’origine, l’église Saint-Serge n’était pas orthodoxe mais une église luthérienne allemande.

Le terrain fut acheté en 1857 par le pasteur allemand Friedrich von Bodelschwingh (1831-1910) qui déclarait sur le lieu situé à La Villette :« Je sentis une grande paix m’envahir et j’eus l’impression d’entendre une voix qui me disait : Cette colline appartient au Seigneur ». Il y fit donc construire une église en 1861 pour les besoins de la communauté ouvrière allemande du quartier, l’agrandissant en 1863.

L’arrivée de ces travailleurs s’inscrit dans un mouvement migratoire plus ancien :

  • Dès les années 1820, des milliers d’allemands quittent la Rhénanie, la Hesse, le Palatinat ou le Bade, frappés par les crises agricoles, la pauvreté rurale et la fragmentation des terres. Ils sont alors 30 000 à résider en France.
  • Dans les années 1830–1840, les difficultés économiques s’aggravent, tandis que la censure et la répression politique s’intensifient dans les États allemands, en particulier après les révolutions manquées de 1848–1849. A cette époque, on estime leur nombre à 180 000 en France dont 60 000 pour la seule ville de Paris.

Plus globalement, un trait commun à beaucoup d’expatriés allemands est la relative “perméabilité” entre immigration économique et exil politique. Ainsi, les artisans et compagnons qui s’installent en France dans les années 1820-1830 deviennent à leur corps défendant des exilés politiques, condamnés à l’expatriation à vie lorsqu’en 1835 la Diète de Francfort interdit aux Allemands de séjourner dans un pays où sont tolérées les associations politiques.

Mais ces émigrants de la faim ne sont pas les seuls à venir en France. Car dans les années 1830-1840, la censure et l’autoritarisme de Metternich et de Frédéric-Guillaume de Prusse poussent les opposants politiques à l’exil : socialistes, libéraux et démocrates émigrent alors en grand nombre en France. Au-delà même des persécutions politiques, c’est toute l’activité culturelle et scientifique originale, bridée en Allemagne, qui prend le chemin de la France. Musiciens, architectes, philologues, médecins même, exercent de ce côté-ci du Rhin et contribuent à faire de Paris la Mecque intellectuelle de l’Occident. Ainsi le poète Heinrich Heine, juif converti au protestantisme, choisit la “patrie des droits de l’homme”, le pays qui a émancipé les juifs.


Heinrich Heine, par Moritz-Daniel Oppenheim – 1831 – Kunsthalle de Hambourg.

La population de langue allemande, de 1830 à 1848, est donc faite à la fois d’hommes qui, de leur plein gré, ont choisi la France, pensant que leur talent y serait reconnu à leur juste valeur ; de bannis, politiques ou religieux, qui n’ont eu d’autre solution que de s’expatrier pour continuer leur combat pour la liberté ; d’ouvriers, d’artisans et de paysans, chassés de leur pays par la misère.

Par son importance, cette colonie de travailleurs constitue la première immigration économique de masse de la France contemporaine.


Livret ouvrier fin XIXe siècle. © Archives municipales de Roubaix

Paris, alors capitale industrielle et culturelle, attire cette main-d’œuvre en quête de mieux vivre mais aussi de liberté. Vers 1840, on y compte plus de 80 000 Allemands, travailleuses et travailleurs non qualifiés, de compagnons, d’artisans et d’exilés politiques, écrivains et artistes, ce qui fait de Paris la troisième plus grande ville allemande après Berlin et Hambourg.

Selon le milieu social, le domicile et le destin des émigrés allemands différaient fortement. La plus grande partie d’entre eux était constituée par les chiffonniers, les balayeurs de rue, les travailleurs de l’industrie ou du bâtiment. Ils gagnaient à peine de quoi vivre et logeaient dans les quartiers pauvres, en priorité dans le 5e arrondissement.

À partir de la fin des années 1850, les travaux de rénovation de Paris confiés au baron Hausmann par Napoléon III repoussent les populations modestes en périphérie de Paris. Artisans, ouvriers, journaliers, domestiques allemands et leurs familles s’installent massivement à La Villette, annexée à Paris en 1860, qui abrite alors la plus grande concentration d’usines et d’entrepôts industriels de la ville avec les chantiers du canal de l’Ourcq et les abattoirs.

À la fin des années 1860, La Villette connue sous le nom de « Petite Allemagne », compte jusqu’à 30 000 migrants allemands. C’est pour cette communauté pauvre, déracinée et majoritairement luthérienne que le pasteur von Bodelschwingh fonde une église rue de Crimée. L’édifice, construit en bois dans un style évoquant les chalets d’Allemagne du Nord, sert à la fois de lieu de culte, d’école paroissiale et de centre d’entraide. Il constitue un point d’ancrage essentiel pour ces familles immigrées, jusqu’à la rupture de 1870, lorsque la guerre franco-prussienne entraîne l’expulsion des Allemands de Paris et la fermeture de leurs institutions.


Friedrich von Bodelschwingh en 1906.


1886_la Hügelkirche_Église de la colline

Autre perspectiveL’apparition des salons russes dans le Paris de la première moitié du XIXe siècle”, par Yuliya Mineeva, ancienne pensionnaire (2021-2022) de la bibliothèque Marmottan, diplômée de l’université Lomonossov de Moscou et de l’université Paris I Panthéon-Sorbonne

Rachat de la colline par les immigrés russes – 18 juillet 1924

Après la Première Guerre mondiale, l’ancienne église luthérienne allemande est placée sous séquestre par l’État français, comme toutes les propriétés appartenant à des institutions allemandes. Le bâtiment est laissé à l’abandon pendant plusieurs années.

À partir de 1917, la Révolution russe et la guerre civile provoquent l’exil de dizaines de milliers de Russes vers l’Europe occidentale. On les appelle les « Russes Blancs » par opposition aux « Russes Rouges ». «  Le nom de Russes blancs (péjorativement nommés par les bolcheviks, beliaki) ou de Mouvement blanc (Beloïe dvijeniïe) désigne la partie de la population russe n’ayant pas accepté la révolution russe, ou plus spécifiquement la prise de pouvoir par les bolcheviks, au début du XXe siècle. L’expression englobe ceux ayant lutté contre le nouveau régime lors de la guerre civile russe (révolution d’octobre ou révolution bolchévique) au sein des armées blanches mais ne désigne cependant pas de manière exclusive les personnalités militaires ; au-delà du contexte de la guerre civile, elle désigne l’ensemble des personnes ayant quitté la Russie après la révolution d’Octobre, voire après la révolution de Février (La révolution de Février marque le début de la révolution russe de 1917. Elle provoque en quelques jours l’abdication de l’empereur Nicolas II, la fin de l’Empire russe et de la dynastie des Romanov. Elle marque aussi l’émergence d’institutions révolutionnaires tels que les conseils ouvriers et les comités d’usines). Dans la plupart des cas, l’expression Russes blancs se réfère aux opposants monarchistes à la Russie soviétique, partisans du tsar et de la Russie impériale et qu’il convient de distinguer des « réfugiés russes » partisans d’une évolution démocratique non violente. Le terme peut également désigner par extension les descendants des premiers émigrés. » – Source Wikipedia.

« Le nom de Russes blancs est par la suite donné, de manière générique, à l’ensemble de l’« émigration blanche », soit la population des russes monarchistes exilés à la suite de la révolution, indépendamment du fait qu’ils aient ou non participé activement aux armées blanches ou à la guerre civile russe. Des intellectuels comme Ivan Iline, des membres de la famille impériale comme le grand-duc Nicolas ou de la noblesse comme le prince Ioussoupov étaient des figures des milieux émigrés russes « blancs ». La communauté « russe blanche » peut englober, par abus de langage, l’ensemble des exilés russes, des réfugiés et de leurs descendants, y compris quand ceux-ci sont nés après la révolution, même ceux qui étaient notoirement antimonarchistes. » – Source Wikipedia. En 1925, sur les 1 500 000 exilés estimés, environ 400 000 auraient « lu domicile en France. 

Paris devient l’un des principaux centres de cette diaspora.
Parmi eux se trouvent de nombreux prêtres, théologiens, intellectuels et étudiants qui cherchent un lieu de culte et un centre d’enseignement.

Pour en savoir plus :

En 1924, l’État met en vente la colline avec l’ancienne église luthérienne. Le métropolite Euloge (Guéorguievski), nommé en 1921 à la direction des paroisses orthodoxes russes en Europe occidentale par le patriarche Tikhon de Moscou (canonisé en 1989), décide de l’acquérir le 18 juillet 1924, jour de la fête d’été de Saint-Serge de Ragogène, pour y installer une paroisse orthodoxe et un centre de formation théologique. Ne disposant au départ que de cinq pour cent de la somme nécessaire, l’achat est finalement financé grâce à extraordinaire élan d’entraide et de généreux donateurs comme le Dr John Raleigh Mott (théologien méthodiste) (1865 – 1955).
Je ne rentrerai pas ici dans le détail des pressions qu’il a subies de Moscou vis à vis des « Russes Blancs » (veuillez cliquer sur son nom ci-dessus pour en savoir plus).


Euloge Guéorguievsky (1868 – 1946), inhumé à l’âge de 78 ans à la crypte de l’église Notre-Dame-de-la-Dormition de Sainte-Geneviève-des-Bois


John Raleigh Mott, dirigeant américain des Unions chrétiennes de jeunes gens. Il fonde la Fédération universelle des associations chrétiennes d’étudiants (FUACE), en anglais World Student Christian Federation (WSCF). Il reçoit le prix Nobel de la paix en 1946 avec Emily Greene Balch pour son travail dans la fondation et le développement d’organisations internationales étudiantes protestantes travaillant pour la promotion de la paix.

L’église devient alors Saint-Serge, en hommage à Saint-Serge de Radonège, figure majeure de la spiritualité russe.
Pour en savoir plus sur l’histoire de Saint-Serge de Radogène, lire l’article très intéressant d’Alexandra Gouzeva « Cinq faits sur Serge de Radonège, le plus célèbre saint russe » issu du site « Fenêtre sur la Russie » : Les Russes pensent que leur pays doit son existence à ce moine, qui a vécu au XIVe siècle. C’est grâce à lui que les terres russes se sont unies et relevées après la terrible invasion tataro-mongole…..

  Icône Vie de Serge de Radonège, XVe siècle

La transformation en église orthodoxe – 1925-1927

Le bâtiment, conçu comme une église luthérienne en bois, doit être adapté à la liturgie orthodoxe. L’église fut emménagée dans le style des églises orthodoxes russes, ornée de portes royales datant du XVI siècle de l’école de Novgorod.

 Photo « Sortir à Paris©« 
 Photo André Serikoff©  Cloché – Photo André Serikoff©

Ces travaux donnent à l’église son apparence actuelle, que l’on découvre en entrant dans la nef.

L’architecture de l’église Saint-Serge

La structure intérieure, entièrement en charpente apparente, donne à la nef unique une atmosphère chaleureuse et intime.

L’espace est organisé selon la tradition orthodoxe : une nef orientée vers l’est, un sanctuaire invisible depuis l’assemblée, et une iconostase qui marque la frontière entre le visible et l’invisible. La lumière tamisée, les couleurs profondes et les motifs végétaux peints sur les murs créent une ambiance recueillie, très éloignée de la sobriété protestante d’origine.

L’iconostase, avec ses portes royales finement sculptées, attire immédiatement le regard. Les icônes, disposées selon l’ordre liturgique, structurent l’espace et guident la prière. Les peintures murales, les frises décoratives et les couleurs minérales donnent à l’ensemble une unité visuelle rare en France, typique de l’art sacré russe.

Sous la nef, la crypte accueille les offices en semaine et les enseignements de l’Institut Saint-Serge. Malgré ses dimensions modestes, l’église forme un ensemble cohérent, où se mêlent architecture luthérienne du XIXe siècle et tradition liturgique orthodoxe.

Les artistes contributeurs

La décoration intérieure de l’église, réalisée entre 1925 et 1927, est l’œuvre de deux artistes majeurs de l’émigration russe : Dimitri Stelletsky (1875-1947) et la princesse Elena Sergueïevna Lvova (1894 . 1971).

Dimitri Stelletsky (1875-1947) 

 
Dimitri Stelletsky est né dans la famille d’un ingénieur militaire. Les membres de cette famille appartenaient à l’ancien clan légendaire des Eleozorov. En 1896, il entre à l’Académie des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg. Fortement intéressé par les racines byzantines de l’art russe, il recopie le « Dit du Prince Igor » et l’illustre avec des miniatures, œuvre achetée par la Galerie Tretiakov. Après avoir obtenu son diplôme universitaire (1904), il part pour Paris. Il fréquente l’académie de R. Julien, désirant obtenir un emploi à la manufacture de Sèvres, mais il n’y parvient pas et retourne en Russie. Entre 1908 et 1910 il travaille souventes pour des théâtres et opéras, en réalisant entre autres des esquisses de scénographie pour le drame historique de de A. Tolstoï « Tsar Fyodor Ioannovich », pour le Théâtre « Alexandrinsky » et l’opéra « Snégourotchka » de N. Rimsky-Korsakov, ainsi que pour le Théâtre « Mariinsky ». Il a participé à la mise en scène de l’opéra « La Pskovitaine » de N. Rimsky-Korsakov ainsi que pour « Saisons russes » de S. P. Diaghilev.
En 1914, D.S. Stelletsky fait un voyage en Italie et en France. La France, ou plutôt la petite ville de La Napoule près de Cannes, devient son refuge pour le reste de sa vie. Il écrit ce qui suit à propos de son émigration forcée : « Le climat du sud, la nature et mes activités dans un pays étranger sont loin de mon goût. Me voici coupé des racines de mon talent, de la Russie, mon âme chère et proche. Je n’ai pas assez d’air russe, de champs russes et, surtout, de peuple russe. J’ai toujours été inspiré uniquement par le travail pour la vie russe et les affaires russes ».


Iconostase, œuvre de Dimitri Stelletsky – Photo André Serikoff©

 
Iconostase, œuvre de Dimitri Stelletsky – partie gauche –  Photo André Serikoff©

Icône de Saint Séraphin de Sarov – détail de l’iconostase, œuvre de Dimitri Stelletsky – Photo André Serikoff©


Icône de la Résurrection – détail de l’iconostase, œuvre de Dimitri Stelletsky – Photo André Serikoff©


Peinture murale de la nef latérale – œuvre de Dimitri Stelletsky – Photo André Serikoff©

La Princesse Elena Sergueïevna Lvova (1894 – 1971)


La princesse Elena Sergueïevna Lvova, fille du prince Sergei Evguéniévitch Lvoff et de Zinaïda Petrovna, et nièce du Ministre du Gouvernement Provisoire G. E. Lvoff, naît le 12 novembre 1894 à Moscou. En 1917 à la Révolution, elle quitte la Russie avec sa sœur Catherine. Les deux sœurs se retrouvent d’abord en Crimée à Yalta, puis elles émigrent en France en 1918. Leurs parents, restés en Russie, sont arrêtés et exilés. Les quatre frères de la princesse Hélène quant à eux, seront fusillés entre 1937 et 1942. Hélène et Catherine s’installent dans la région parisienne dans la maison de leur oncle G. E. Lvoff. En 1926, Dimitri S. Stelletsky l’invite à participer à la réalisation de l’iconostase de l’église Saint-Serge-de-Radonège à Paris, en lui confiant les visages et la finition des détails de certaines icônes. La confiance de Stelletsky en la jeune peintre et la qualité de son travail témoignent déjà d’une expérience importante dans la peinture d’icônes. Elle devient membre de l’association « Icône » dès sa fondation. Par sa sobriété, son intelligence et sa modestie elle gagne le respect de ses collègues et pendant une certaine période elle prend la responsabilité de vice-présidente de l’Association. Parmi les plus importantes réalisations artistiques de la princesse Hélène Lvoff, il convient de citer l’iconostase de l’église de la Résurrection à Meudon, l’iconostase de l’église Saint-Alexandre-Nevsky-et-Saint-Seraphin à Liège, l’iconostase de l’église du Prophète Elie au cimetière orthodoxe d’Helsinki, une partie de l’iconostase (rangée de la Déesis) de l’église Saint-Job à Bruxelles, et l’iconostase de l’église de la Sainte Trinité à Montbéliard.


Le visage de Saint Nicolas par princesse Elena Sergueïevna Lvova – Photo Maciej Leszczynski©


Icone de la Mère de Dieu de Vladimir par princesse Elena Sergueïevna Lvova – Photo Maciej Leszczynski©

Icone Saint Serge de Radogène et ses disciples par princesse Elena Sergueïevna Lvova – Photo Maciej Leszczynski©

   
Table des Défunts
 
Icône de Saint Nicolas

Restauration des peintures de Dimitri Stelletsky par Géraldine Albers – Vidéo INA© 1996

Géraldine Albers est historienne de la restauration des œuvres d’art, experte auprès de la Cour d’Appel de Paris.
Elle est diplômée de l’école des Beaux-Arts de Paris. Elle a été pensionnaire de la Villa Médicis à Rome et de la Villa I Tatti, à l’Institut de Restauration de Florence (OPD).
Elle est diplômée de l’ICCROM pour les peintures murales (Rome) et les pierres (Venise) – Unesco.
Elle est également membre de l’ICOM, officier des Arts et des Lettres, et chevalier de l’Ordre National du Mérite.

Emission orthodoxie du 03/03/1996, INA MGCPB0046534

L’Institut Saint-Serge : un centre théologique majeur

Dès 1925, le métropolite Euloge installe dans les locaux de l’église un établissement d’enseignement supérieur : l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge. Très vite, ce lieu devient l’un des centres intellectuels les plus importants de l’orthodoxie au XXe siècle.

Parmi ses enseignants et chercheurs, plusieurs théologiens de renommée internationale ont marqué durablement la pensée orthodoxe :

  • Sergueï Boulgakov, philosophe et théologien, premier doyen de l’Institut.
  • Georges Florovsky, historien de l’Église.
  • Nicolas Afanassieff, spécialiste de l’ecclésiologie.
  • Paul Evdokimov, théologien laïc.
  • Olivier Clément, figure du dialogue entre orthodoxie et Occident.

Leur influence dépasse largement le cadre russe : l’Institut Saint-Serge devient un lieu de rencontre entre traditions orthodoxes, protestantes et catholiques.

Un rôle spirituel et culturel

L’Institut n’est pas seulement une école. Il :

  • forme des prêtres et des théologiens pour toute l’Europe,
  • organise des colloques et des sessions d’été,
  • conserve une bibliothèque exceptionnelle,
  • joue un rôle majeur dans le dialogue œcuménique.

Aujourd’hui encore, il demeure un centre de référence pour l’étude de la théologie orthodoxe.

La vie de la paroisse aujourd’hui

Entre 2018 et 2019, une décision du Patriarcat de Constantinople de dissoudre l’Exarchat des paroisses de tradition russe en Europe occidentale et de les rattacher aux métropolites grecs a provoqué une crise profonde.

À la différence de la cathédrale Saint-Alexandre-Nevsky (12 rue Daru, Parie 8e), qui est restée sous la juridiction du Patriarcat de Constantinople, la paroisse Saint-Serge a choisi en 2019 de se placer sous la protection canonique du Patriarcat de Moscou tout en conservant ses traditions liturgiques propres. Ce choix lui permet de préserver la plénitude de sa canonicité tout en conservant ses acquis liturgiques, spirituels et sociologiques.

Après une période difficile marquée par le départ d’une partie des fidèles, la paroisse connaît aujourd’hui un renouveau. La participation aux offices est revenue à son niveau antérieur, et les fidèles semblent encore plus conscients de la valeur spirituelle de leur communauté. Les offices, réputés pour leur beauté, sont suivis d’agapes conviviales dans le réfectoire du foyer des étudiants.

La chorale, elle aussi touchée par la crise, s’est reconstituée sur des bases solides. De jeunes chanteurs, fins connaisseurs du chant liturgique, perpétuent la tradition musicale de la colline Saint-Serge. La paroisse reçoit également le soutien attentif de son archevêque, le métropolite Jean, dont les visites pastorales sont très appréciées.

Source : https://www.centenaire-archeveche.org/fr/paroisse-saint-serge – 2021


Cathédrale saint-alexandre-nevsky 12, rue daru 75008 paris

Orthodoxie – Catholicisme – Protestantisme

Trois traditions issues d’une même racine chrétienne

Le christianisme s’est développé au fil des siècles en trois grandes familles :

  • l’Église orthodoxe,
  • l’Église catholique,
  • les Églises protestantes.

Elles partagent un socle commun : la Bible, la foi en Jésus-Christ, les sacrements, la prière, la charité.
Mais elles diffèrent par leur histoire, leur organisation, leur théologie et leur pratique liturgique.

1. L’ORTHODOXIE

L’orthodoxie, héritière de la tradition chrétienne d’Orient, s’est structurée après le schisme de 1054 qui a séparé les Églises d’Orient et d’Occident. Aujourd’hui encore, elle rassemble une famille d’Églises autocéphales — Russie, Grèce, Serbie, Roumanie… — unies par la même foi, la même liturgie et une conception profondément collégiale de l’autorité. Contrairement au catholicisme, l’orthodoxie ne connaît pas de figure centrale comparable au pape : chaque Église est conduite par un patriarche ou un métropolite, et les grandes décisions se prennent de manière synodale.

La spiritualité orthodoxe s’exprime avant tout dans la liturgie, qui occupe une place centrale dans la vie des fidèles. Chantée presque intégralement, rythmée par l’encens, les processions et les gestes symboliques, elle se veut une entrée dans le mystère plutôt qu’une simple commémoration. Rien n’y est laissé au hasard : les couleurs, les gestes, les chants, la lumière composent un langage théologique à part entière.

Les icônes y jouent un rôle essentiel. Elles ne sont pas des images décoratives, mais des « fenêtres vers le Royaume », selon une expression chère aux Pères de l’Église. Les icônes ne représentent pas le monde tel qu’il est, mais tel qu’il est transfiguré par la lumière de Dieu. On les salue en entrant dans l’église, on les vénère d’un baiser ou d’une inclinaison, on les encense pendant la liturgie ; elles accompagnent les sacrements, éclairent la prière et enseigne la foi. Héritières de l’art paléochrétien, de Byzance et des grands centres russes comme Novgorod ou Moscou, les icônes ont traversé les siècles sans rupture majeure, conservant un style et un langage spirituel presque inchangés depuis le Moyen Âge.

Au cœur de toute église orthodoxe se dresse l’iconostase, mur d’icônes qui sépare la nef du sanctuaire. Elle marque la frontière entre le visible et l’invisible, tout en racontant l’histoire du salut : le Christ et la Mère de Dieu, les apôtres, les prophètes, les grandes fêtes liturgiques, et, au centre, les portes royales ornées de l’Annonciation et des Évangélistes. À Saint-Serge, cette iconostase est particulièrement remarquable : elle associe des portes royales du XVIe siècle, venues de l’école de Novgorod, aux œuvres de Dimitri Stelletsky et de la princesse Elena Lvova, dans un ensemble d’une grande cohérence.

Comme l’Église catholique, l’orthodoxie reconnaît sept sacrements : le baptême, la chrismation (équivalent de la confirmation), l’Eucharistie, la confession, le mariage, l’ordination et l’onction des malades. Mais elle les aborde moins comme des actes juridiques que comme des moments de transformation intérieure, inscrits dans la continuité de la vie liturgique. Le calendrier, souvent régi par le comput julien, rythme l’année de fêtes, de jeûnes et de célébrations qui structurent la vie spirituelle des fidèles.

2. LE CATHOLICISME

Le catholicisme, enraciné dans la tradition occidentale du christianisme, se comprend comme l’héritier direct de l’Église fondée par les apôtres. Au fil des siècles, il a développé une structure fortement unifiée autour de l’évêque de Rome, le pape, considéré comme le successeur de saint Pierre. Cette centralité du siège romain donne à l’Église catholique une cohérence doctrinale et institutionnelle qui s’est affirmée particulièrement après la séparation d’avec l’Orient en 1054.

La vie catholique s’organise autour de la célébration de l’Eucharistie, cœur de la liturgie dominicale, et de l’enseignement du magistère, c’est-à-dire l’autorité doctrinale confiée aux évêques en communion avec le pape. La liturgie, plus ou moins solennelle selon les lieux, s’est diversifiée au cours de l’histoire, mais elle conserve une structure commune qui relie les communautés du monde entier. Les images religieuses — statues, tableaux, vitraux — y occupent une place importante, mais elles n’ont pas le statut théologique des icônes dans l’orthodoxie : elles sont des supports de prière, non des signes sacramentels.

Comme l’orthodoxie, le catholicisme reconnaît sept sacrements : le baptême, la confirmation, l’Eucharistie, la confession, le mariage, l’ordination et l’onction des malades. Ils jalonnent l’existence du croyant et expriment la présence de Dieu dans les moments essentiels de la vie. L’Église catholique accorde également une grande importance à la vie spirituelle personnelle — prière, méditation, engagement caritatif — et à la dimension universelle de la foi, qui se veut ouverte à toutes les cultures et à tous les peuples.

3. LE PROTESTANTISME

Le protestantisme naît au XVIe siècle, dans un contexte de profondes aspirations à la réforme de l’Église. Avec Martin Luther, Jean Calvin et d’autres réformateurs, il affirme la primauté de l’Écriture et la nécessité d’un retour aux sources du christianisme. Cette rupture avec Rome, d’abord théologique, devient rapidement institutionnelle et donne naissance à une grande diversité d’Églises, organisées selon des modèles variés : synodaux, presbytériens, congrégationalistes.

Au cœur de la foi protestante se trouve la conviction que la Parole de Dieu, lue et méditée, est le premier lieu de la rencontre avec le Christ. La prédication occupe donc une place centrale dans le culte, souvent plus sobre et moins ritualisé que dans les traditions catholique et orthodoxe. Les images religieuses y sont généralement absentes ou très discrètes, par fidélité au commandement biblique et pour éviter toute confusion entre vénération et adoration.

La plupart des Églises protestantes reconnaissent deux sacrements : le baptême et la cène. Ils sont compris comme des signes de la grâce, reçus dans la foi, et non comme des actes sacramentels au sens catholique ou orthodoxe. La vie communautaire, la lecture personnelle de la Bible, l’engagement social et la responsabilité individuelle jouent un rôle essentiel dans la spiritualité protestante, qui met l’accent sur la liberté de conscience et la relation directe du croyant à Dieu.

Saint-Serge et le dialogue entre les Églises en France

L’Institut Saint-Serge poursuit aujourd’hui une activité académique soutenue, comme en témoignent les actes de colloques publiés ces dernières années. Plusieurs d’entre eux sont organisés en partenariat avec les facultés de théologie catholique et protestante de Paris, confirmant la place de l’Institut dans le dialogue intellectuel entre Églises. D’autres colloques, consacrés à des figures majeures de la tradition orthodoxe ou à l’histoire de l’orthodoxie en France, illustrent la continuité de sa mission propre. Cette production régulière d’actes, publiés notamment aux éditions du Cerf ou dans la revue Contacts, atteste du rayonnement toujours vivant de la colline Saint-Serge.

Plus d’informations sur le site de l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge : https://www.saint-serge.net

Théologie de la résurrection – Les Chemins de la Foi – France Télévisions

 

Lettre ouverte à Yvonne Hagnauer

La Société d’Archéologie et d’Histoire de Sèvres a le plaisir de vous présenter la « Lettre ouverte à Yvonne Hagnauer ».
Une lettre réalisée et portée par trois voix, membres de la Société d’Archéologie et d’Histoire de Sèvres : Yves De Coninck, également Conseiller Municipal à la Mairie de Sèvres, Daniel Prodon, Président de l’association, et Mireille Martinet.

Un grand merci à Clothilde Lebas, anthropologue et conteuse, pour son aide précieuse dans l’écriture de cet hommage et pour son soutien depuis le début de ce projet, ainsi qu’aux Archives municipales de Sèvres pour leur accueil, et particulièrement à Monsieur Stéphane Billonneau, son Directeur, ainsi que Monsieur Louis GATTEAU, archiviste.
Et surtout un grand merci au public présent en ce lundi 13 avril 2026 !

Pour retrouver l’ensemble du projet, cliquez ici

Lettre ouverte à Yvonne Hagnauer

IL ETAIT UNE FOIS…

Voix : Daniel Prodon

Sèvres, le 13 avril 2026

Madame,

Nous tenons à vous remercier pour le travail que vous avez fait, pour tous ces jeunes que vous avez accueillis à la Maison d’enfants de Sèvres, tout au long de ces années.
Nous sommes un petit groupe de Sévriens. Nous trouvons un intérêt à raconter votre histoire, parce que celle-ci est presque oubliée.
L’une de nous est née en 1944, et pourtant elle n’a pris connaissance des détails de votre parcours que récemment. Son oncle, comme vous, a reçu la médaille des Justes, pour avoir caché des enfants de confession juive pendant la seconde guerre mondiale. Elle a donc entendu parler de vous lors de discussions familiales.
Ensuite, elle a rencontré une ancienne élève de la Maison d’Enfants de Sèvres, qui lui a appris votre combat.
Elle a pour vous une grande admiration, à la fois pour vos engagements féministes et pour les principes éducatifs que vous avez transmis à toute une génération d’enfants passés entre vos mains.
Et, nous, nous pensons que vous êtes un exemple à donner aux générations futures.

Voix : Yves De Coninck

C’est pourquoi nous prenons la plume pour vous écrire.

Nous connaissons les dates importantes de votre vie et de votre œuvre. Nous voulons vous les exposer ici, afin que vous puissiez nous dire si nous n’avons rien oublié.

1898, à la fin du 19e siècle.

Vous naissez dans une famille bretonne.
Vous passez une enfance calme et paisible, dans cette partie Ouest de la France.
1918, fin de la première guerre mondiale. Vous avez 20 ans.
Vous devenez institutrice. Quelques années plus tard, vous deviendrez professeur d’anglais.
1925, votre mariage. Vous avez 27 ans.
Vous épousez Roger Hagnauer, qui n’était pas breton. Il était de l’Est de la France.
C’est sous ce nom marital qu’on vous connaît : Madame Yvonne Hagnauer.
Votre mariage est suivi d’une douzaine d’années de combat, douze années de militantisme féministe et syndical, y compris avec vos camarades institutrices :
A 29 ans, vous organisez une manifestation féminine contre les atteintes portées à l’égalité de traitement.
A 38 ans, vous participez à une assemblée, à la Bourse du travail. Vous y dénoncez « l’exploitation de la main-d’oeuvre féminine dans le monde » et vous réclamez « le salaire égal pour tout travail égal ».
A 40 ans, deux ans plus tard, avec d’autres camarades, vous fondez la Ligue des femmes pour la paix.
En 1939 :
Vous voyez le piège de la guerre se refermer. Vous décidez de vous exprimer.
Trop c’est trop, avec Roger Hagnauer, votre époux, et vos camarades instituteurs, vous décidez de signer un manifeste pour la paix. Vous refusez la seconde guerre mondiale qui s’annonce.
Vous êtes exclue, radiée de l’éducation nationale. Vous ne serez réhabilitée qu’en 1947.

Ce n’est pas pour autant que vous lâchez vos engagements.
Mais comment s’engager dans un tel contexte ?
1939
1940
1941

Pendant deux longues années (entre septembre 1939 et octobre 1941), vous allez quitter la région parisienne, pour diriger diverses colonies de vacances, orchestrées par le Secours national, une institution sous l’égide du maréchal Pétain, à la tête du Gouvernement de Vichy, ce Gouvernement de collaboration avec l’ennemi allemand.

Voix : Mireille Martinet

En Octobre 1941 :
Vous êtes repérée comme une excellente pédagogue.
Le Secours national vous confie la direction de la Maison d’Enfants de Sèvres.
Vous prenez alors en main le refuge du 14 rue Croix-Bosset, dans un ancien couvent d’Oblates.

C’était il y a presque 85 ans. Vous aviez 43 ans.

Les enfants qui vous sont confiés sont amenés par des parents obligés de fuir la guerre, ou par des associations. On vous amène des enfants juifs.
C’est un contexte difficile. Les élèves en danger doivent s’effacer pour renaître. Un nouveau nom leur est donné, un nom francisé qui sert à les protéger.
Vous accueillez également des adultes que vous cachez : des réfractaires au STO et des résistants.
Les adultes ont des totems, comme des noms d’animaux : Musaraigne, Kangourou, Colibri..

Vous prenez le totem de Goéland ; votre mari, celui de Pingouin, références à ces oiseaux, à cette nature que vous aimez tant.
Encore aujourd’hui, les anciens élèves de la Maison parlent de vous en disant Goéland, et non Yvonne Hagnauer.

1944
A Sèvres, comme à Paris, c’est la Libération. La guerre est finie.
Vous avez 46 ans. Vous allez rencontrer de nouvelles difficultés : on vous reproche d’avoir collaboré avec le régime de Vichy.
Vous allez passer devant la commission d’épuration administrative. Vous êtes radiée, à nouveau, de vos fonctions éducatives.

1947
Vous êtes enfin réhabilitée, blanchie de tout soupçon.
Vous continuez à enseigner, rue Croix-Bosset.
L’école devient trop petite. Vous quittez la ville de Sèvres, pour la ville de Meudon.

1958

Vous déménagez donc au Château de Buissière, tout en gardant le nom de la Maison des Enfants de Sèvres.
Les enfants sont là parce que leurs familles ne peuvent plus s’occuper d’eux. Ce sont soit des mamans seules, soit des parents séparés, soit des parents désargentés…
Dans cette nouvelle école, vous voyez passer plus de 500 enfants jusqu’à votre retraite.
Vous tenez absolument à ce qu’il y ait la mixité, ce qui n’est pas encore en vigueur dans les autres écoles.
Vous poursuivez l’éducation mise en place rue Croix-Bosset, très moderne pour l’époque. Vous vous inspirez des méthodes du docteur Decroly : l’ouverture au monde, l’ouverture aux langues, à l’histoire, au travail manuel.
Vous faites participer les enfants à des tas d’activités : imprimerie, couture, jardinage, musique, cuisine, céramique, théâtre…
Les élèves ne sont pas plus de quinze par classe.
Il y a un jardin. Les enfants cultivent des légumes, des fleurs.
Cette école leur sert également de maison.
Que la maison soit à Sèvres ou à Meudon, c’est le même projet qui perdure : avec votre équipe, vous donnez à des enfants en difficultés les possibilités de se construire.

Voix : Daniel Prodon

1971
Enfin, vous prenez votre retraite. Vous passez le flambeau à Orchidée, la nouvelle directrice. Vous avez 73 ans.
Votre histoire est presque oubliée.
On n’en parle pas beaucoup, mais c’est une histoire qui est restée gravée dans la mémoire des enfants de la Maison de Sèvres. Les adultes que nous avons rencontrés, qui ont vécu dans cette Maison, en gardent un très bon souvenir.
Des décennies après, ils sont ravis de cette éducation.
Vous-même, vous n’avez pas eu d’enfant, mais vous vous êtes occupée de centaines d’enfants. Vous leur avez permis d’échapper aux destins qui auraient dû être les leurs.
Nous vous prions de recevoir, Madame Hagnauer, nos salutations les plus distinguées.
Suivent les signatures.

Voix : Mireille Martinet

Yvonne Hagnauer a eu une vie complète et vraiment extraordinaire. Ce n’était pas quelqu’un de personnel. Envers et contre tout, elle a tenu ses engagements.
C’était une militante. Elle était vraiment tournée vers les enfants, vers les autres. C’est ça qui m’a touchée.
C’était une belle personne, une féministe avant l’heure. Elle avait du charisme.
C’était une femme courageuse, elle est allée au bout de ce qu’elle voulait faire et ça, c’est quelque chose d’extraordinaire.
C’est un exemple à notre époque où le courage, nécessaire pour s’engager, nous manque un peu.

Voix : Yves De Coninck

Au nom de mes deux amis et en mon nom personnel, moi qui suis devenu le nouveau conseiller municipal délégué aux archives, je tiens à vous remercier pour votre présence.
Cette histoire est toujours actuelle car, quand vous passerez, esplanade Charles de Gaulle à Sèvres, devant la fresque des droits de l’homme (entre le collège et la galerie du théâtre), vous verrez le nom et le portait d’Yvonne Hagnauer.
Quand vous passerez, un peu plus haut, au 14 rue Croix-Bosset, vous apercevrez le résumé de l’histoire que nous venons de vous raconter. Grâce aux anciens élèves, cette histoire est inscrite sur un panneau commémoratif depuis 2005.
Cette histoire est également toujours vivante, puisqu’il suffit d’être présent à la sortie des écoles, élémentaire et maternelle, de la rue Croix-Bosset, pour vous rendre compte que le totem d’Yvonne et celui de son époux Roger figurent au fronton de l’école publique maternelle de la Croix-Bosset : Goéland et Pingouin.

FIN

Daniel, Mireille, Bravo !!! Merci Nathalie Le Bras pour la communication. Merci à la Société d’Archéologie et d’Histoire de Sèvres pour sa présence.
Clotilde Lebas, conteuse et anthropologue professionnelle, merci de nous avoir aidés. Merci aux archivistes de Sèvres pour leur bon accueil.
Merci aux archives départementales et notamment à Estelle Henriet pour ce beau projet sans oublier les remerciements en direction des anciens de la Maison d’enfants de Sèvres.
Merci aux membres du cercle généalogique. Merci à toutes et à tous, notamment à celles et à ceux que j’ai oubliés. Dans ce cas-là, toutes mes excuses. BRAVO !!!

Yves De Coninck, lundi 13 avril 2026

Rédactrice : Nathalie Le Bras – mise à jour le 1er mai 2026

Article paru dans Le Sévrien de mai 2026

Jean-Baptiste Joseph Lemoyne de Sérigny – maire de Sèvres : 1800-1811

Article du 25 février 2026

Jean-Baptiste Joseph Lemoyne de Sérigny – 1er maire de Sèvres

Mandat 1800-1811
Profil : Marin

1er Maire de Sèvres nommé dans le cadre de la nouvelle organisation municipale du Consulat (loi du 17 février 1800)

Un homme « nouveau », pris entre quelques initiatives et de nombreuses inactions, il ne parvient pas à faire face à l’état de dégradation générale dans lequel se trouve Sèvres.

Le 29 mai 1800, Jean-Baptiste Joseph Lemoyne de Sérigny devient le premier maire de Sèvres, nommé par le Préfet Garnier dans le cadre de la nouvelle organisation municipale instaurée par la loi du 17 février 1800.

Le bourg sort alors difficilement de la Révolution. Les années ont laissé des traces, les querelles anciennes demeurent, et l’arrivée d’un homme nouveau, issu d’une famille de marins célèbre, ancien lieutenant de vaisseau dont on ignorait sans doute les états de service dans l’armée des Princes, pouvait laisser espérer un apaisement. Les conseillers municipaux, qui connaissaient parfaitement la situation locale, auraient pu lui apporter beaucoup. Reste la question posée par les sources : sut-il instaurer un climat de confiance et convaincre que l’on pouvait travailler ensemble pour le bien de Sèvres ?

Les procès-verbaux de cette période ne permettent pas de connaître précisément la teneur des débats. On constate seulement que le maire et les conseillers s’accordent sur les questions liées à la pauvreté d’une partie importante de la population et sur la nécessité de ne pas augmenter les impôts. Le budget communal est très faible et couvre à peine les dépenses obligatoires. Il ne permet ni l’entretien ni la réparation des biens communaux, tous en mauvais état : église, presbytère, vicariat, horloge, lavoirs, fontaines, abreuvoir, escaliers, cimetières, chemins, ru de Marivel et port.

La pauvreté reste très présente en ce début de XIXe siècle. Le bureau de charité a disparu, l’hospice tombe en ruines. Sensible à cette situation, Lemoyne de Sérigny tente de remettre l’hospice en état, mais faute de moyens, il doit être détruit. Grâce à sa volonté, au dynamisme des époux Brongniard et à l’engagement de plusieurs habitants, un bureau de bienfaisance est créé pour venir en aide aux plus démunis.

Le maire a des idées et de l’imagination, mais il ne semble pas disposer de la patience nécessaire pour affronter les lourdeurs administratives, alors que les municipalités ne peuvent rien entreprendre sans l’accord du préfet. Pendant ce temps, les sévriens — chefs d’entreprise, ouvriers, cultivateurs, employés de la Manufacture et autres — subissent un coût de la vie élevé : le pain est plus cher qu’à Paris, la fiscalité pèse lourd, les guerres se succèdent et l’État recherche sans cesse de nouvelles ressources. Les habitants voient passer les fastes de la Cour à Saint-Cloud, spectacle qui ne change rien à leurs difficultés quotidiennes. Les animations locales semblent rares. Lorsqu’une célébration a lieu, comme pour le premier anniversaire du 18 brumaire, elle répond à une obligation nationale et impose encore des contraintes aux habitants : interdiction de travailler, balayage des rues, enlèvement des ordures et illumination des façades, avant un bal gratuit organisé dans le vestibule de la Manufacture. En 1811, Sèvres participe également, comme toutes les communes de France, aux réjouissances ordonnées pour le baptême du fils de Napoléon, principalement par l’illumination des maisons.

Les animations locales semblent rares. Le 18 brumaire ouvrit à Bonaparte les marches du trône. Le premier anniversaire devait être salué dans toutes les communes de France. Seul un arrêté du maire nous apprend ce qu’il en fut à Sèvres.
« Il est interdit à quiconque de travailler ce jour sous peine d’amende de cinquante francs de de trois jours de prison. Il est exigé le balayage des rues, l’enlèvement des ordures ménagères avant heures du matin et l’illumination des façades des maisons à partir de six heures. Il est aussi décidé de l’organisation d’un bal gratuit dans le vestibule de la Manufacture ».

Négligent, attentiste, J.B.J de Sérigny dont le mandat fut renouvelé en 1808 quitta Sèvres après 11 ans de magistrature, destitué par Bonaparte pour prévarication en 1812. Fréquemment absent depuis quelques années, il se désintéressait du bourg qu’il laissait plus pauvre qu’à son arrivée, sans aucune réalisation, aucune perspective d’avenir.

Il retourne à Rochefort, berceau de sa famille où vivaient nombre de ses parents et alliés et où il pouvait disposer d’un crédit favorable. Par décret impérial du 10 avril 1813, le Comte de Montalivet qui fut Préfet de Seine-et-Oise, maintenant ministre de l’Intérieur, nomme J.B.J Lemoyne de Sérigny maire de Rochefort.  Maintenu à la tête de la municipalité lors de la Première Restauration, fait Chevalier de l’ordre de Saint-Louis en 1814, il obtiendra le 31 décembre de cette même année, sa retraite avec le grade de capitaine de fégrate honoraire. Sa pension sera fixée à 400 F le 31 janvier 1816.
Destitué par L’empereur en 1815, alors que ce dernier se rendait à l’île d’Aix pour se livrer aux Anglais, il se voit reprendre ses fonctions le 24 juillet de la même année pour se retirer définitivement de la vie publique en 1830. Un mandat qui fut un peu plus honorifique que celui de Sèvres. Rochefort qui témoignait d’une situation tout aussi difficile que Sèvres. Durant toute la période de la Restauration les opérations de la marine dans le port de Rochefort furent limitées à des expéditions chargées  de ravitailler les colonies que les alliés avaient bien voulu laisser à la France : Martinique, Guadeloupe, Guyane, Réunion et comptoirs des Indes. L’administration municipale, démunie de toutes ressources, ne pouvait que très peu faire pour améliorer la situation matérielle des habitants. Elle pensa néanmoins à travailler à leur bien-être moral et à leur devenir ou ouvrant en 1817 une école gratuite qui rencontra le plus vif succès. Nombre d’élèves se distinguèrent plus tard dans les carrières qu’ils embrasèrent. L’école fut complétée par la création d’une bibliothèque municipale. L’administration de J.B.J Lemoyne de Sérigny à Rochefort fut également remarquable par les résultats obtenus dans l’assainissement de la ville.

Si des éloges assez flatteurs ont été écrits tant sur le comportement de J.B.J Lemoyne de Sérigny avec ses administrés que sur les réalisation qu’il entreprit à Rochefort, rien de notable ne nous est parvenu sur Sèvres qui n’a bénéficié d’aucun dynamisme pour solutionner ses difficultés.

Nathalie Le Bras, rédactrice
Sources : livre de Lucile Hubschmann – Histoire de Sèvres et de ses Maires 1800 – 1830,
Edition des Archives de Sèvres – ISBN 2-905524-03-0

Pour revenir à l’ensemble de la Séquence sur les Maires de Sèvres, cliquez ICI


?  Vous êtes adhérent et vous souhaitez contribuer à cette newsletter ?

Vous pouvez participer à la mise en lumière d’un lieu, d’un personnage, d’un objet lié à Sèvres ou à ses environs. Pour ce faire, il suffit d’envoyer photos, illustrations et/ou documents, accompagnés de quelques lignes basées sur des sources fiables (dont SAVARA si cela vous est possible). Nathalie, rédactrice, sera heureuse de valoriser vos découvertes dans une prochaine “minute d’Histoire”. Pour ce faire, écrivez à : archeo.caveduroi@gmail.com. Objet : »La petite minute d’Histoire » + le sujet 

#5 – La petite minute d’Histoire : Les Maires de Sèvres – visages et héritages, de la Révolution à nos jours

De Françoise Lancelot et Nathalie Le Bras, le 24 février 2026

Après avoir suivi, dans les deux premières séquences, la naissance de la mairie moderne et les transformations profondes du XIXe siècle, il est temps de s’arrêter sur celles et ceux qui ont incarné cette histoire. Car derrière chaque rue éclairée, chaque école ouverte, chaque service public créé, il y a un maire, une vision, une époque.

L’histoire municipale de Sèvres est étonnamment vivante : elle traverse les révolutions, les guerres, les mutations industrielles, les crises sociales, les élans de modernisation. Et elle se lit à travers des personnalités parfois discrètes, parfois flamboyantes, toujours révélatrices de leur temps.

3e séquence : Les Maires de Sèvres – visages et héritages, de la Révolution à nos jours

I. De la Paroisse au Conseil Municipal

Au XVIIe siècle, sous les règnes de Louis XIII et de Louis XIV, l’autonomie des villes disparaît presque entièrement. Les intendants, représentants tout-puissants du roi dans les provinces, contrôlent désormais la vie municipale. Soucieux de conserver leurs faveurs, les officiers municipaux s’en remettent à eux pour la moindre décision.

En 1692, la démocratie communale s’éteint définitivement. Pour renflouer les caisses de l’État, Louis XIV transforme la fonction de maire — un ancien terme médiéval issu du latin major, « plus grand » — en office vénal. Tout bourgeois peut désormais acheter cette charge en échange de privilèges et d’exemptions. Les municipalités deviennent alors de simples instruments du pouvoir royal. Au siècle suivant, le roi alterne à plusieurs reprises entre élection et vénalité, chaque retour à la vénalité permettant de faire entrer de nouvelles recettes dans le trésor royal.

Les paroisses rurales suivent une évolution comparable. Avec la montée en puissance de l’administration royale, représentée par le bailli au nord et le sénéchal au sud, les paysans se détournent progressivement des affaires publiques. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, la gestion courante n’est plus assurée que par un syndic (a), souvent désigné par le subdélégué de l’intendant.

La paroisse (b) constitue alors la division administrative la plus répandue et la plus essentielle. À l’origine, elle n’est qu’un territoire confié aux soins spirituels d’un prêtre. Mais, face à un pouvoir civil encore faible, seule l’Église dispose des moyens nécessaires pour structurer la vie locale. Peu à peu, l’État adopte ce cadre paroissial pour percevoir l’impôt et tenir l’état civil. Autour de son église, la paroisse devient une véritable entité géographique dotée de ses propres institutions.

Par l’intermédiaire de la fabrique (c), elle gère ses biens et ses revenus : entretien de l’église, organisation du culte, rémunération du bedeau qui peut aussi exercer les fonctions de maître d’école. La communauté participe directement à cette gestion. Les chefs de famille propriétaires se réunissent pour accepter une donation, décider de travaux ou statuer sur le devenir d’un bien. Chaque année, ils élisent les marguilliers (d), leur syndic, et désignent le collecteur de taille. Marguilliers et syndic tiennent les comptes de la fabrique, représentent la paroisse et défendent ses intérêts en justice. Les réunions de cette assemblée jalonnent l’histoire de Sèvres.

Mais les temps évoluaient. Le pouvoir civil souhaitait s’émanciper du joug de l’église et uniformiser l’organisation municipale entre villages et villes où existaient des officiers municipaux titulaires de charges, dont la gestion n’était pas toujours exemplaire.

En 1775, Anne-Robert-Jacques Turgot (1) (1727–1781), ministre réformateur de Louis XVI, fit rédiger par Pierre Samuel du Pont de Nemours (1739 – 1817) son secrétaire du contrôleur général des finances, un Mémoire sur les municipalités dans l’intention de le présenter plus tard au roi. Il y introduit un mot nouveau : municipalité, dérivé du latin municipium (cité de droit romain) et préconise d’étendre aux propriétaires terriens le droit de vote. Chaque paroisse devait avoir une assemblée élective, à laquelle seraient électeurs et éligibles tous les propriétaires fonciers ayant 600 livres de revenu (avec un nombre de voix proportionnel au revenu). Les délégués des paroisses devaient former une municipalité de district, puis des municipalités provinciales, enfin une municipalité générale. Ces diverses assemblées seraient chargées de répartir l’impôt entre les propriétaires, paroisses, districts et provinces, d’entretenir les chemins et œuvres d’intérêt paroissial, commun, provincial ou national. Les assemblées paroissiales seraient alors remplacées par de véritables municipalités fondées sur la gestion par une assemblée municipale des affaires communes, élue par les propriétaires. Œuvres de Turgot, Mémoire au roi sur les municipalités, sur la hiérarchie qu’on pourrait établir entre elles, et sur les services que le gouvernement en pourrait tirer ICI
Turgot incarne alors le renouveau dans une France lassée par la fin de règne difficile de Louis XV. Son ambition est d’assurer le financement de l’État en remplaçant privilèges et impôts par la liberté économique, source de création de richesse au profit de tous.


Anne Robert Jacques Turgot (école française, château de Versailles)

 Pierre Samuel du Pont de Nemours

Sous l’impulsion de Étienne-Charles de Loménie de Brienne (1727 – 1794) – homme d’Église et homme politique français, cardinal, ministre et ami de Turgot, parait l‘édit du 26 juin 1787. Le principe de vote censitaire, proposé par Turgot quelques années plus tôt, est repris et uniformise toutes les communautés, villes et villages, en prescrivant partout l’élection du « corps de ville » par les hommes de plus de vingt-cinq ans qui paient au moins dix livres d’impôt. Dans toutes les paroisses de France, une assemblée municipale est créée, composée de deux membres de droit (le seigneur et le curé), d’un syndic et de membres élus par l’assemblée générale des habitants de la paroisse, parmi les propriétaires fonciers.
À Sèvres, qui comptait alors plus de deux cents feux (soit plus de deux cents foyers, environ un millier d’habitants), l’assemblée devait comprendre neuf membres.


Le Cardinal de Loménie de Brienne, huile sur toile, École française (vers 1770)

Le 12 août 1787, quarante-huit propriétaires élurent la première assemblée municipale : marchands, vignerons, artisans, un chirurgien, un maître d’écriture… (dont Claude Coupin marchand de fer, Jean Desailly marchand de vin, Louis Feuché vigneron, Roland Gautier marchand pâtissier, Philippe Landry marchand boucher, Simaon Rabilly agrégé du Bureau académique d’écriture, Jean Jérôme Buard vigneron, Jean Rabilly marchand de vin, Guillaume Bouron chirurgien) ainsi que Jacques-François Legry comme syndic et Nicolas Catrice comme greffier. S’intitulant elle-même Assemblée municipale « de la susdite paroisse de Sèvres » elle prouvait ainsi que les fonctions demeuraient identiques.

Réunis le 5 mai 1789 les Etats généraux se transformaient rapidement en Assemblée nationale constituante le 17 juin 1789, instituée par les députés du tiers état, qui, après le serment du jeu de paume et avec le soutien de quelques députés de la noblesse et du clergé, s’érigent d’abord en « Assemblée nationale », puis en « Assemblée nationale constituante » le 9 juillet 1789 qui proclamait le 26 août 1789, la Déclaration des Droits de L’Homme sous la présidence d’un comité de cinq députés : DémeunierLa LuzerneTronchetMirabeau et Redon.
« L’Assemblée nationale décrète qu’elle borne quant à présent la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen aux dix-sept articles qu’elle a arrêtés, et qu’elle va procéder sans délai à fixer la Constitution de la France pour assurer la prospérité publique, sauf à ajouter après le travail de la Constitution les articles qu’elle croirait nécessaires pour compléter la Déclaration des droits. »


Ouverture des Etats Généraux – 
Helman, Isidore-Stanislas (Lille, 1743 – Paris, 1806)

 
Le Serment du Jeu de paume par Jacques-Louis David


Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789Le Barbier, vers 1789, huile sur toile

En fin d’année 1789 des lettres patentes du roi ordonnaient la mise en application de décisions prises par l’Assemblée, dont celles relatives aux municipalités.
Les Assemblées municipales abolies seraient remplacées par un « Conseil général de la commune » élu au suffrage censitaire et à la tête duquel serait placé un maire.
A sèvres, six membres y compris le maire et 12 notables devaient constituer le corps municipal.

De 1791 à 1798, les municipalités se succédèrent. Le 22 septembre 1798, l’administration cantonale remplaça les municipalités. La Révolution, commencée le 15 juin 1789, s’acheva le 19 brumaire an VIII (10 novembre 1799) à l’orangerie de Saint-Cloud. Le Consulat, nouveau régime issu des journées de brumaire, dotait rapidement la France d’une Constitution, la 5e depuis 1791 celle de l’an VIII, rapidement complétée par des lois organiques. La loi du 17 février 1800, rédigée par Chaptal, établit une centralisation totale. Dans les communes de moins de 5 000 habitants, maire, adjoint et conseillers étaient désormais nommés par le préfet.

Comme tous les fonctionnaires, maire et adjoints seront dotés d’un costume officiel : bas de culotte blanche, habit bleu avec ceinture à franges tricolores pour les premiers, avec ceinture blanche pour les seconds. Un triple liseré uni broché en argent posé au collet, aux poches et parements pour les maires ne sera que de deux rangs pour les adjoints. Tous deux porteront le chapeau à la française, bicorne gansé et décoré d’un bouton d’argent.

L’arrêté du 16 mai 1801 qui établit l’obligation du port du costume pour les fonctionnaires des villes de plus de 5000 habitants sera étendu à toutes les municipalités, ce qui était le cas pour Sèvres qui comptait alors environ 2700 habitants.

Premier mariage civil à Sens en 1792, salle synodale, célébré par M. Scherrer

II. Les maires de Sèvres au XIXe siècle : bâtir, organiser, moderniser

Le XIXe siècle est sans doute l’un des plus mouvementés de l’histoire municipale de Sèvres. Entre le Consulat (1799-1804), le 1er Empire (1804-1814), la Restauration (1814-1830), la Monarchie de Juillet (1830-1848), la IIe République (1848-1852), le Second Empire (1852-1870) et les débuts de la IIIe République (à partir de 1870 -> 1940), pas moins d’une vingtaine de maires se succèdent à la tête de la commune. Certains ne restent que quelques mois, d’autres traversent les régimes, quelques-uns marquent profondément la ville.

Dans cette mosaïque de mandats, quelques figures se distinguent par l’ampleur de leur action ou inaction, leur vision ou leur capacité à transformer durablement Sèvres. Ce sont ces maires-là que nous avons choisi de mettre en lumière.

1. Jean-Baptiste Joseph Lemoyne de Sérigny (mandat 1800-1811) – Marin
1er Maire de Sèvres nommé dans le cadre de la nouvelle organisation municipale du Consulat (loi du 17 février 1800)

Un homme « nouveau », pris entre quelques initiatives et de nombreuses inactions, il ne parvient pas à faire face à l’état de dégradation générale dans lequel se trouve Sèvres.

Le 29 mai 1800, Jean-Baptiste Joseph Lemoyne de Sérigny devient le premier maire de Sèvres, nommé par le Préfet Garnier dans le cadre de la nouvelle organisation municipale instaurée par la loi du 17 février 1800.

Le bourg sort alors difficilement de la Révolution. Les années ont laissé des traces, les querelles anciennes demeurent, et l’arrivée d’un homme nouveau, issu d’une famille de marins célèbre, ancien lieutenant de vaisseau dont on ignorait sans doute les états de service dans l’armée des Princes, pouvait laisser espérer un apaisement. Les conseillers municipaux, qui connaissaient parfaitement la situation locale, auraient pu lui apporter beaucoup. Reste la question posée par les sources : sut-il instaurer un climat de confiance et convaincre que l’on pouvait travailler ensemble pour le bien de Sèvres ?

Les procès-verbaux de cette période ne permettent pas de connaître précisément la teneur des débats. On constate seulement que le maire et les conseillers s’accordent sur les questions liées à la pauvreté d’une partie importante de la population et sur la nécessité de ne pas augmenter les impôts. Le budget communal est très faible et couvre à peine les dépenses obligatoires. Il ne permet ni l’entretien ni la réparation des biens communaux, tous en mauvais état : église, presbytère, vicariat, horloge, lavoirs, fontaines, abreuvoir, escaliers, cimetières, chemins, ru de Marivel et port.

La pauvreté reste très présente en ce début de XIXe siècle. Le bureau de charité a disparu, l’hospice tombe en ruines. Sensible à cette situation, Lemoyne de Sérigny tente de remettre l’hospice en état, mais faute de moyens, il doit être détruit. Grâce à sa volonté, au dynamisme des époux Brongniard et à l’engagement de plusieurs habitants, un bureau de bienfaisance est créé pour venir en aide aux plus démunis.

Le maire a des idées et de l’imagination, mais il ne semble pas disposer de la patience nécessaire pour affronter les lourdeurs administratives, alors que les municipalités ne peuvent rien entreprendre sans l’accord du préfet. Pendant ce temps, les sévriens — chefs d’entreprise, ouvriers, cultivateurs, employés de la Manufacture et autres — subissent un coût de la vie élevé : le pain est plus cher qu’à Paris, la fiscalité pèse lourd, les guerres se succèdent et l’État recherche sans cesse de nouvelles ressources. Les habitants voient passer les fastes de la Cour à Saint-Cloud, spectacle qui ne change rien à leurs difficultés quotidiennes. Les animations locales semblent rares. Lorsqu’une célébration a lieu, comme pour le premier anniversaire du 18 brumaire, elle répond à une obligation nationale et impose encore des contraintes aux habitants : interdiction de travailler, balayage des rues, enlèvement des ordures et illumination des façades, avant un bal gratuit organisé dans le vestibule de la Manufacture. En 1811, Sèvres participe également, comme toutes les communes de France, aux réjouissances ordonnées pour le baptême du fils de Napoléon, principalement par l’illumination des maisons.

Les animations locales semblent rares. Le 18 brumaire ouvrit à Bonaparte les marches du trône. Le premier anniversaire devait être salué dans toutes les communes de France. Seul un arrêté du maire nous apprend ce qu’il en fut à Sèvres.
« Il est interdit à quiconque de travailler ce jour sous peine d’amende de cinquante francs de de trois jours de prison. Il est exigé le balayage des rues, l’enlèvement des ordures ménagères avant heures du matin et l’illumination des façades des maisons à partir de six heures. Il est aussi décidé de l’organisation d’un bal gratuit dans le vestibule de la Manufacture ».

Négligent, attentiste, J.B.J de Sérigny dont le mandat fut renouvelé en 1808 quitta Sèvres après 11 ans de magistrature, destitué par Bonaparte pour prévarication en 1812. Fréquemment absent depuis quelques années, il se désintéressait du bourg qu’il laissait plus pauvre qu’à son arrivée, sans aucune réalisation, aucune perspective d’avenir.

Il retourne à Rochefort, berceau de sa famille où vivaient nombre de ses parents et alliés et où il pouvait disposer d’un crédit favorable. Par décret impérial du 10 avril 1813, le Comte de Montalivet qui fut Préfet de Seine-et-Oise, maintenant ministre de l’Intérieur, nomme J.B.J Lemoyne de Sérigny maire de Rochefort.  Maintenu à la tête de la municipalité lors de la Première Restauration, fait Chevalier de l’ordre de Saint-Louis en 1814, il obtiendra le 31 décembre de cette même année, sa retraite avec le grade de capitaine de fégrate honoraire. Sa pension sera fixée à 400 F le 31 janvier 1816.
Destitué par L’empereur en 1815, alors que ce dernier se rendait à l’île d’Aix pour se livrer aux Anglais, il se voit reprendre ses fonctions le 24 juillet de la même année pour se retirer définitivement de la vie publique en 1830. Un mandat qui fut un peu plus honorifique que celui de Sèvres. Rochefort qui témoignait d’une situation tout aussi difficile que Sèvres. Durant toute la période de la Restauration les opérations de la marine dans le port de Rochefort furent limitées à des expéditions chargées  de ravitailler les colonies que les alliés avaient bien voulu laisser à la France : Martinique, Guadeloupe, Guyane, Réunion et comptoirs des Indes. L’administration municipale, démunie de toutes ressources, ne pouvait que très peu faire pour améliorer la situation matérielle des habitants. Elle pensa néanmoins à travailler à leur bien-être moral et à leur devenir ou ouvrant en 1817 une école gratuite qui rencontra le plus vif succès. Nombre d’élèves se distinguèrent plus tard dans les carrières qu’ils embrasèrent. L’école fut complétée par la création d’une bibliothèque municipale. L’administration de J.B.J Lemoyne de Sérigny à Rochefort fut également remarquable par les résultats obtenus dans l’assainissement de la ville.

Si des éloges assez flatteurs ont été écrits tant sur le comportement de J.B.J Lemoyne de Sérigny avec ses administrés que sur les réalisation qu’il entreprit à Rochefort, rien de notable ne nous est parvenu sur Sèvres qui n’a bénéficié d’aucun dynamisme pour solutionner ses difficultés.

2. Abraham Justin Silly (mandat 1812-1815), Juriste

Abraham Justin Silly devient maire de Sèvres le 6 janvier 1812. Au marin succède un juriste, un ancien notaire de Paris issu tant du côté paternel que maternel de familles d’hommes de loi fortunés. Dès sa nomination, il prend en charge la gestion de la commune par un travail approfondi sur le passé ancien et proche de Sèvres. Le jour même de sa prestation de serment, il procède à un recensement de la population dont les résultats confirment l’augmentation du nombre d’habitants. Non compris les domestiques et diverses catégories de personnel présents depuis moins d’un an, il est dénombré 3 060 « individus ».

La salubrité publique est une préoccupation du nouveau maire. Aucune canalisation n’existe à Sèvres qui reçoit les boues par les eaux de ruissellement en provenance des coteaux, mais aussi celles qui arrivent depuis Versailles. Entre boues et immondices qui se déposent dans les rues sans trottoir, on imagine le mal-être des habitants ! Ainsi, le balayage devant sa maison, boutique ou jardin est obligatoire deux fois par semaine. Un contrat de trois ans est signé avec le « boueur ».

En ce début d’année 1812, la situation générale est difficile. L’industrie qui s’était considérablement développée depuis le Consulat connaît une crise qui s’aggrave. La rente baisse, des faillites et banqueroutes se déclarent dans les industries de luxe, la soie, le coton. Du chômage s’ensuit. Le pain, base de l’alimentation, est cher. A sèvres, un tableau de secours aux indigents du 5 février au 4 mars 1812 recense 329 bouches à nourrir. Elles ont reçu pour la période 2138 kg de pain, 4200 de pommes de terre, 2550 de haricots. Un décret impérial du 24 mars crée la distribution de soupes de « RUMFORD » du physicien américain Benjamin Thomson Conte de Rumford qui avait effectué des recherches sur la chaleur et la lumière. 2 000 000 de soupes seront journellement distribuées sur le plan national pour la période du 1er au 1er septembre. Celles-ci seront réparties entre les départements, puis à l’intérieur entre les cantons proportionnellement à la population. Pour le canton de Sèvres, qui dénombrait le plus d’habitants (Saint-Cloud 2000, Meudon 2500, Garches 600, Vaucresson 400, Marne 150, Ville d’Avray 400, Chaville 600), les soupes attribuées seraient au nombre de 230.
Chaque soupe est évaluée à 1 sou 6 deniers et les communes sont autorisées à compléter par un emprunt ou en puisant dans leurs réserves l’insuffisance de l’allocation gouvernementale. Le nouveau maire, parfaitement à son aise dans cette nouvelle fonction, ordonne, agit et de préoccupe du bien et du bonheur de ses administrés. Les bals sont autorisés au quinconce de la Manufacture de Pâques au 1er octobre. Tous les autres bals seront autorisés, mais uniquement le dimanche. Les processions de la Fête Dieu sont rétablies. Sèvres aura son feu de la Saint-Jean, mais uniquement au point milieu de la rue de la Belle Hache, en face de la rue Sainte-Sophie, un endroit sans risque d’incendie du fait des maisons bâties en bois et toits de chaume.

Le 15 septembre 1807, Napoléon décidait de l’institution d’un cadastre en France. Cette opération qui sera longue dans toutes les communes de France, se terminera à Sèvres en novembre 1816. En effet, c’est une mission dans laquelle Abraham Justin Silly excelle. Il a pu retrouver les titres de l’ancien domaine de Sèvres et devant son conseil il évoque toute l’histoire du village, de ses Seigneuries, des achats effectués par le Roi au XVIIIe siècle, tant du domaine des Célestins que de celui des successeurs aux de Longueil.

En 1ere session de la sessions du conseil de 1812, après avoir retracé l’histoire de Sèvres, il présente le tableau des propriétés de la commune, avec des observations sur chacune d’elle. La 3e partie de son exposé comportera le tableau des dettes de la commune et celui des besoins pour la restauration ou l’amélioration des propriétés.

Il était maire depuis 5 mois, il connaissait parfaitement sa commune.


Archive : plan cadastral 1816_A1 – Nord et Parc


Archive : plan cadastral 1816_B1 – Centre et Rive Droite de Sèvres (entre la Route de Versailles – Paris et Ville d’Avray)


Archive : plan cadastral 1816_C1 – Rive gauche de Sèvres (Garlardon, Bas et Hauts Pommerets….)


Archive : plan cadastral 1816_C2 – Jardin de la Pompadour, La Manufacture de Porcelaine, Derrière le Château,  Les Binelles, Les Porchères, La Bourgogne, Les Fillouttes, La Jolie, Les Charons…


Archive : plan cadastral 1816_D1 – Brimborion, Pujot


Archive : plan cadastral 1816_E1 – Les Bruyères

Mais il n’est pas qu’historien. Juriste, il aimera régulariser certaines situations, celle du lavoir Gallardon bien communal, situé sur une place de la propriété réclamée par M. Cheviron. Il obtint gain de cause. Quelle que soit la situation, il avait à cœur de régulariser toutes les erreurs de son prédécesseur, que ce soit dans le sens de la commune que des habitants. Fin gestionnaire, il sait retarder les échéances de paiement pour restaurer les biens communaux (église, presbytère, ancien cimetière, Fontaine d’Amour, Fontaine Saint-Germain, Lavoir de Gallardon, pierrier des Binelles, chemins vicinaux….). Mais Napoléon a besoin d’argent ! En vertu d’un décret impérial du 20 mars 1813, les biens ruraux, maisons et usines possédés par les communes, sont cédés à la Caisse d’amortissement qui en percevra les revenus à partie du 1er janvier. Sont exceptés les biens dont les habitants jouissent en commun, ceux qui sont utiles pour la salubrité et l’agrément et ceux qui sont affectés au service public. Le Trésor impérial recouvrera ainsi 232 500 00 F pour le service des exercices 1811-1812-1813. Sur le surplus, la Caisse emploiera en achat de 5% de la somme nécessaire pour remplir ses obligations vis-à-vis des communes. 

Abraham Justin Silly déplorera cette situation, mais ne peut cesser en public de louer la bonté du couple impérial qui honore Sèvres de ses bienfaits : secours de 70 000F en juillet 1812 aux indigents du canton… Il mena le projet de l’installation d’un marché à l’emplacement de l’ancien corps de garde, qui aurait apporté de nouvelles recettes. Il n’existait alors qu’un seul carreau  à Saint-Cloud où  se vendait fruits et légumes. A sèvres, il aurait proposé deux fois par semaine, mercredi et vendredi, pain, viande, volailles vives ou mortes, légumes verts ou secs, fruits de toute nature. Malheureusement, ce projet avorta en 1814, la Préfecture refusant le plan en raison de l’exiguïté du passage laissé aux voitures se rendant aux Caves du Roi et du prix trop élevé des places.

Plus sérieusement que sous la municipalité précédente, l’on recherche des revenus extraordinaires pour entreprendre des travaux aux biens communaux. Le 15 février 1813, le préfet est inquiet de leur état. Au conseiller d’Etat, directeur de la Comptabilité des communes et des hospices, il écrit : « Parmi les autres communes de mon Département, il n’est que celle de Sèvres où l’établissement d’un octroi est urgent : dans cette commune, tous les édifices publics tombent en ruine, l’Eglise, le presbytère, le vicariat ont besoin de réparations ; le port, objet particulier d’industrie et singulièrement utile pour la commune, est dans le dernier état de dégradation. Indépendamment des dépenses que cette commune doit faire en réparations, elle doit acquitter une dette exigible asses considérable » (AN-F1b II S-et-0 22).

1813 sera la dernière année de l’Empire et pour la commune celle des premiers accords de délimitation des territoires de Sèvres et de Chaville avec la suppression de l’enclave des Châtres-Sacs ou du petit Viroflay. Malgré tous ses efforts A.J Silly ne parvient pas à améliorer l’état de la commune. Le pays souffre tout entier, tant du marasme économique que des guerres de Russie et d’Allemagne. L’industrie qui avait connu un essor au début du siècle stagne et de nombreuses faillites sont déclarées.

Fin décembre 1813, les armées alliées (Russe, Prussiens, Autrichiens) ont envahi la France et sont aux portes de la Champagne. Napoléon gagnera des batailles (Champaubert, Montmirail, Monterau), en perdra d’autres, mais sera dans l’obligation de faire retraite. Le 27 février 1814, le maire est informé par le chef d’Etat-Major que près de 7000 prisonniers de guerre doivent se rendre à Versailles. Ils passeront à Sèvres. Le 8 mars, le maire doit donner du pain à ces prisonniers qui se reposeront aux Bruyères. En parallèle, chaque jour apporte à Sèvres son lot de militaires français qu’il faut nourrir, loger, héberger, ainsi que les chevaux qui cantonneront à la Manufacture et dans les maisons du Bourg. On installe à l’Hôtel de Brancas un hospice provisoire. La bataille d’Arcis-sur-Aube les 20-21 mars signe la défaite de la campagne de Napoléon. Rapidement, cavaliers autrichiens et dragons russes remplaceront les troupes françaises, puis traverseront le pont le 31 mars occupant Paris le jour même.

 Plan général du siège de Paris (1814-1815).

Bivouac des troupes russes aux Champs Elysées à Paris au 31 mars 1814

 L’entrée des troupes russes à Paris – 31 mars 1814.

Le 1er avril 1814, le Sénat conservateur élit Talleyrand à la tête d’un « gouvernement provisoire ». Le 2 avril, le Sénat vote la déchéance de L’empereur. L’article 1 dispose que « Napoléon Bonaparte est déchu du trône, et le droit d’hérédité établi dans sa famille, est aboli. » Un long réquisitoire publié dans le Moniteur du lendemain l’accuse pêle-mêle d’avoir « déchiré le pacte qui l’unissait au peuple français », « inconstitutionnellement rendu plusieurs décrets portant peine de mort », « anéanti la responsabilité des ministres, confondu tous les pouvoirs et détruit l’indépendance des corps judiciaires ».


Procès-verbal de la déchéance de NAPOLÉON, sur lequel on voit les différents ajouts et réécritures effectués au cours des délibérations.

Le 4 avril 1814, les événements se précipitent à Fontainebleau : la journée s’achève par l’abdication conditionnelle de Napoléon et l’envoi auprès du tsar d’une délégation devant en négocier les contreparties.  Le 11 avril 1814, Napoléon signe le traité de Fontainebleau, conclu le 6 à Paris, entre les maréchaux Ney, Macdonald, le général Caulaincourt, ses plénipotentiaires, et les ministres d’Autriche, de Russie et de Prusse : une abdication inconditionnelle marquant ainsi la fin du Premier Empire et permettant ainsi la mise en place de la première Restauration de la monarchie française. Napoléon garde toutefois le titre d’Empereur et devient le souverain de l’île d’Elbe.

Peinture de François Bouchot (1843)

Le 12 avril, le conte d’Artois, futur Charles X, prend le titre de Lieutenant général du Royaume. Toutes les autorités de la ville de Paris se réunissent aux Tuileries avant de le rejoindre alors qu’il s’apprête à franchir la barrière de Bondy. Talleyrand, lorsqu’il s’avance vers lui, lui présente quelques vœux au nom du gouvernement :« Le bonheur que nous éprouvons en ce jour de régénération est au-delà de toute expression, si Monsieur reçoit avec toute la bonté céleste qui caractérise son auguste maison, l’hommage de notre religieux attendrissement et de notre dévouement respectueux. »
Plus qu’une véritable entrée triomphale, le retour à Paris du comte d’Artois représente l’espoir populaire d’un retour à la paix. Il y a fort à parier que tout autre individu, de la même importance familiale que le frère de Louis XVIII, aurait reçu un tel accueil, lequel fut peut-être accentué toutefois par l’allure chevaleresque et l’affabilité du prince. L’événement fut largement commenté, figure dans nombre de mémoires d’époque et participa à la notoriété du comte d’Artois – d’autant plus que l’entrée de Louis XVIII, quelques jours plus tard, fut beaucoup plus froide. Pour autant qu’il soit artificiel, le mot historique qu’on lui prêta en réponse à Talleyrand fut un temps très populaire. En 1830, il fut toutefois réemployé dans une caricature à charge avec pour titre : « 1814 : un français de plus. 1830 : quatre mille français de moins ».


Arrivée de Monsieur, comte d’Artois, à Notre-Dame (estampe de Martinet, 1815, Bnf)

Le 13 avril 1814, Le Moniteur, organe officiel du Gouvernement, publie l’acte d’abdication de l’Empereur.

 Le 13 avril 1814 – Extrait du Moniteur

Le traité est ratifié le 14 avril. En application de cet accord, Napoléon abdique sans condition. Il « renonce pour lui, ses successeurs et descendants, à tout droit de souveraineté et de domination en France comme en Europe. Il accepte de résider sur l’île d’Elbe, érigée en principauté, qui sera possédée par lui en toute souveraineté et propriété ».

Dans ce climat difficile, A.J Silly qui souhaite le retour des Bourbons sur le trône, suit les événements de près. Le 15 avril, sur son initiative, le Conseil est convoqué. S’en suivent les délibérations : » … Les membres du conseil jurent individuellement et pour tous les habitants de Sèvres fidélité inviolable, amour sans bornes, obéissance sans réserve, à la noble et antique Dynastie des BOURBONS, aux illustres descendants de Saint-Louis, de Henry quatre et nominativement à la personne sacrée du Roy Louis 18″. (ACSèv – 1 D 8). Suivent sur le registre les signatures suivantes : Silly maire, Donard, Troyon, Buard, Longuet, Drouet, Grellot, Rose, Claud, Legry, Gérard, Rabilly, Feuché, Renard notaire, Chartier et deux signatures non identifiées.

Le 20 avril, l’empereur fait ses adieux à sa garde dans la cour du Cheval-Blanc au château de Fontainebleau, pour  rejoindre l’ile d’Elbe.


Huile sur toile d’Antoine Alphonse Montfort – 20 avril 1814, Musée national du château de Versailles

Le 23 avril, une convention signée par le comte d’Artois, marquant ainsi l’armistice, livre cinquante-trois forteresses encore tenues par les armées françaises en Allemagne, en Italie et en Belgique, ramenant la France à ses limites d’avant janvier 1792. Elle sera suivie du traité de Paris du 30 mai 1814 qui règle le sort de la France et prévoit un congrès qui devra se réunir à Vienne en septembre pour régler le sort des territoires repris à Napoléon.

La première Restauration est accomplie quand le 3 mai, après un Te Deum à Notre-Dame, Louis XVIII s’installe aux Tuileries. 

Si le maire de Sèvres se félicite du retour des Bourbons, ses administrés furent sans doute moins heureux quand un arrêté préfectoral du 7 mai leur imposa une contribution extraordinaire dite du 1/5e destinée au paiement des vivres et fournitures aux troupes alliées en stationnement dans le département et dont l’entretien était à la charge de celui-ci. En juin, les troupes des Alliés quittent la France ; le bourg de Sèvres panse ses plaies, verse ce que Préfet et maire lui réclament tout en tentant de reprendre une vie normale.
Le 6 octobre 1814, pour la première fois sous le nouveau régime, se réunit de Conseil en sa session d’automne. Le maire rappelle l’œuvre réalisée depuis 1812 : réparation de la clôture des cimetières et du mur de soutènement du chemin du Petit Moulin, reconstruction de l’escalier de pierre de la fontaine Saint-Germain, pavage d’une partie très endommagée de la rue des Caves, aménagement de la place de Gallardon… ». A.J Silly espère alors beaucoup du retour des Bourbons.

Malheureusement,  Napoléon a quitté l’ile d’Elbe et débarqué le 1er mars 1815. Le 20 avril 1815, il s’installe aux Tuileries. A la mairie, les membres du Conseil municipal, du Comité de bienfaisance, le personnel municipal et Monsieur le Curé sont réunis. Ils prêterons tous serment « Je jure obéissance aux Constitutions de l’Empire et fidélité à l’Empereur ».

Cette allégeance tantôt du côté Royaliste, tantôt du côté Bonapartiste fera que Napoléon révoquera A.J Silly quelques jours avant Waterloo. Florentin Bernard, notaire, est proclamé maire le 11 juin 1815 par arrêté du Préfet Girardin. Mais A.J Silly n’accepte pas sa révocation et de d’autant, que s’accomplit rapidement la Seconde Restauration. Le 15 avril 1816, il est nommé maire de Saint-Cloud, mandat renouvelé par un arrêté du 20 août 1821….

 

A SUIVRE 

III. Les maires du XXe siècle : reconstruire, équiper, moderniser

A SUIVRE

 

 


Annexes – vocabulaire (en cours)

(a) Syndic : En France sous l’Ancien Régime, le syndic est un notable chargé de représenter, d’administrer et de défendre les intérêts d’une paroisse ou d’une communauté rurale[1]. Dans le cas d’une paroisse, il est généralement élu par une assemblée de communiers, constitués de chefs de famille de la paroisse.

(b) Paroisse dérive du mot grec ancien paroikía, « résidence en pays étranger », par l’intermédiaire du latin ecclésiastique parochia, transcription latine du mot grec. Le mot latin parochia a été utilisé initialement par les premières communautés chrétiennes pour désigner le territoire d’une cité épiscopale.
Depuis le Moyen Âge, la paroisse désigne un village, un hameau ou un quartier formant le territoire que dessert un curé. La paroisse correspond à une notion de voisinage et de proximité car la communauté chrétienne repose sur les relations sociales entre les personnes. De plus, la définition d’un territoire est nécessaire au curé pour qu’il puisse identifier la communauté dont il a la charge d’âmes. Les limites géographiques de la paroisse sont liées à ces réalités locales.

(c) Fabrique : Le terme « Fabrique d’Église » désigne à l’origine une assemblée de clercs auxquels se sont ajoutés, depuis le Concile de Trente (1545-1563), des laïcs, chargés de l’administration des biens de la communauté paroissiale. Les membres du conseil de fabrique (ou « général », puis « corps politique ») sont des administrateurs désignés plus spécifiquement par les termes de marguilliers ou de fabriciens.
Au XIXe siècle, la fabrique paroissiale est une institution complexe, puisqu’elle relève à la fois de l’administration civile et de l’autorité ecclésiastique. La renaissance des fabriques participe non seulement de la logique concordataire de contrôle des cultes par l’État, mais aussi de l’entreprise de maillage administratif du territoire. Jusqu’en 1870-1880, la fabrique est liée à l’administration municipale, qui finance largement l’entretien de ce monument de la fierté villageoise qu’est le clocher de l’église. Sous la Troisième République les fabriques sont progressivement considérées avec méfiance par des municipalités désireuses de se dégager de l’emprise de l’Église. Le durcissement de la réglementation révèle la fragilité d’une institution dominée par le curé. La loi de séparation des Églises et de l’État consacre la disparition des fabriques paroissiales, elles sont remplacées par des institutions largement dominées par l’autorité ecclésiastique.

(d) Marguilliers : Sous l’Ancien Régime, les marguilliers étaient des administrateurs laïcs, élus chaque année par les chefs de famille propriétaires. Ils formaient, avec le syndic, le cœur de la fabrique, chargée de gérer les biens et revenus de la paroisse, l’entretien de l’église, le mobilier liturgique, la rémunération du bedeau et, plus largement, la vie matérielle de la communauté. Ils tenaient les comptes, représentaient la paroisse en justice et prenaient part aux décisions importantes. Ils constituent l’ancêtre direct du conseil municipal.

(e) Prévarication : suite d’actes consistant, pour le détenteur d’une charge ou d’un mandat, à ne pas satisfaire aux obligations résultant de cette charge ou de ce mandat. En droit : grave manquement d’un fonctionnaire, d’un homme, d’une femme d’État, aux devoirs de sa charge (abus d’autorité, détournement de fonds publics, concussion).

(f)Le traité de Paris du 30 mai 1814 fixe les frontières de la France après la première abdication de Napoléon Ier, exilé à l’île d’Elbe. Cet accord est remis en question par l’épisode des Cent-Jours et un nouveau traité est signé en 1815.


Figures historiques (en cours)

(1) Anne Robert Jacques Turgot (1727–1781), baron de l’Aulne, souvent appelé Turgot, né le 10 mai 1727 à Paris et mort le 18 mars 1781 dans la même ville, est un homme politique et économiste français. Destiné à l’état ecclésiastique, il soutient une thèse Sur les progrès de l’esprit humain (1749). Ayant renoncé au sacerdoce, il se tourne vers la magistrature, fréquente les salons littéraires, les philosophes et les physiocrates, collabore à l’Encyclopédie, combat le fanatisme religieux (Lettres sur la tolérance, 1753-1754), et réclame la liberté du travail et du commerce. Intendant de la généralité de Limoges (1761-1774), il fait progresser la région par ses mesures fiscales et son appui à l’industrie, à l’agriculture et les améliorations apportées à la voirie. Il expose ses idées, très nouvelles, dans ses Réflexions sur la formation et la distribution des richesses (1766).
Louis XVI l’appelle au secrétariat d’État à la Marine, puis au contrôle général des Finances (1774). Il parvient à atténuer le déficit par une remise en ordre financière et de strictes économies. Il cherche à relancer l’agriculture et l’industrie par des mesures libérales, veut alourdir la participation fiscale des privilégiés et créer un équitable impôt foncier unique. Il est d’abord vainqueur de l’opposition suscitée par son édit sur la liberté du commerce des grains (1774), que les monopolistes rendaient responsable d’une disette, due en fait à une mauvaise récolte (soulèvement populaire dit guerre des Farines, 1775). En 1776, il supprime les corvées et les maîtrises et jurandes (les corporations) et crée une contribution unique sur tous les biens. Devant l’opposition du parlement, auquel se joignent tous ceux qui sont lésés par sa politique, Louis XVI disgracie Turgot, et tous ses édits sont alors abrogés (mai-octobre 1776).

Il fut néanmoins, avec Dupont de Nemours, l’un des grands réformateurs de la fin de l’Ancien Régime. Économiste, intendant du Limousin puis ministre de Louis XVI, il chercha à moderniser la France :

  • réforme de la fiscalité,
  • libéralisation du commerce,
  • suppression des corporations,
  • et surtout réorganisation des structures locales, en proposant la création de municipalités laïques et uniformes. Son mémoire de 1775 est l’un des textes fondateurs de l’administration communale moderne.

https://www.chateauversailles.fr/decouvrir/histoire/grands-personnages/turgot
https://www.herodote.net/Homme_des_Lumieres_et_visionnaire-synthese-1754-494.php
https://opendata.hauts-de-seine.fr/explore/dataset/fr-229200506-cadastre-napoleonien-feuilles-de-sections/images/?refine.commune=S%C3%A8vres&refine.date=1816&sort=cote

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour retrouver la séquence n°1 – L’Hôtel de Ville de Sèvres de 1630 à la Révolution ?  ICI
Pour retrouver la séquence n°2 – L’Hôtel de Ville de Sèvres de la Révolution à la Mairie (1794–1909) ?  ICI

#3 – La petite minute d’Histoire : L’Hôtel de Ville de Sèvres de 1630 à la Révolution

Le 2 février 2026

Rédaction, recherches approfondies et iconographie : Nathalie Le-Bras
Recherche initiale : Françoise Lancelot
Participation : Patrice Olech

L’Hôtel de Ville de Sèvres : quatre siècles d’histoire

Une histoire qui a débuté au XVIIe siècle, traversant les siècles au gré de ses propriétaires successifs, et qui abrite la mairie depuis 1837.
Le sujet étant assez vaste, il fera l’objet de deux séquences dont la première, aujourd’hui, couvre la période de 1630 à 1794.
Nous remercions particulièrement les membres de l’association :
– Monsieur Hubert Charron (voir son article consacré à l’Hôtel de Ville dans Le Sévrier n°81 – avril 2005), conférencier à la retraite et vice-président de l’association jusqu’en 2023. Erudit, précis et doté d’un humour qui rendait chacune de ses interventions aussi vivante que passionnante, il demeure une figure essentielle de la SAHS, toujours fidèle et bienveillant.
– Monsieur et Madame Boisson (Savara n°15 – publication 2018) pour la qualité de leurs travaux et leurs contributions.
– Ainsi que Patrice Olech, professeur d’Histoire et de Géographie, pour son apport en compléments historiques notamment sur Pierre Monnerot.

 1900   2026


1ere Séquence : l’Hôtel de Courchamp, puis de Brancas, de 1630 à 1794

1630 : Un domaine se forme à Sèvres  

Sous le règne de Louis XIII(1)(1601–1643), dit « le Juste », fils de Henri IV et de Marie de Médicis, alors que Versailles n’est encore qu’un simple pavillon de chasse, René Peyrat tonnelier, noble et secrétaire de Louis II de Bourbon-Condé, dit le Grand Condé (2) (1621-1686), fait construire l’Hôtel de « Courchamp » à l’emplacement de l’Hôtel de ville actuel, 54 Grande Rue.

1647 :  Pierre Monnerot agrandit le domaine  
Les conséquences de la Fronde (1648-1653) contraignent Peyrat à vendre la propriété en 1647. Elle est acquise pour 40 000 livres par Pierre Monnerot (1613-1682), conseiller du Roi Louis XIV(3), receveur général des finances de la Généralité (b) d’Orléans, courtier de Nicolas Fouquet (4)(1615-1680), fermier général des grandes gabelles de France demeurant à Paris, rue de Richelieu, paroisse Saint-Roch, se trouvant à actuellement à Sèvres.
Il entreprend alors d’importants agrandissements :
  • 1656 – premières extensions : il achète des terrains voisins appartenant à Nicolas de Longueil, seigneur de Sèvres et grand propriétaire terrien.
    Ces acquisitions lui permettent d’aménager des jardins et des pièces d’eau sur les coteaux dominant la Grande Rue (anciennement Rue Royale).
    Son jardin fait bientôt l’admiration des contemporains. Selon Mariette Portet, référence incontournable de l’histoire locale, dont les ouvrages sur Sèvres et ses environs font autorité : « Les jardins de l’Hôtel de Maître Monnerot s’étageaient, derrière les bâtiments et au long du revers du coteau, en terrasses à espaliers agrémentés de figures, de bassins, de réservoirs. Au milieu, une grotte appelée le fer à cheval, comportait plusieurs statues et d’autres bassins avec cascades. C’était la propriété d’un homme de son temps qui aimait paraître », ce qui fit dire à l’historien Sauval, en 1724, dans les « Antiquités de la ville de Paris » que « Monnerot à Sèvres s’est joué de l’eau avec plus d’artifices que les Romains à Tivoli et Frascati« . 


« Les Petites Cascades de St Clou du Côté de Sève »

On imagine très bien comment Sèvres pouvait constituer alors un lieu de villégiature très apprécié des parisiens désireux de respirer l’air de la campagne ! Les coteaux étaient couverts de vignes, les pentes aménagées en jardins, et les jeux d’eau créés par Monnerot animaient le paysage… 

  • 1657 – consolidation du domaine : il achète le domaine de la Planchette à Guillaume dubourg et la ferme « La Belle Polle » située du l’autre côté du ru de Marivel, à l’emplacement de l’actuel angle ouest de la Grande Rue  et de l’avenue de la division Leclerc (anciennement avenue de Bellevue) afin d’y aménager des jardins et pièces d’eau qui font rapidement l’admiration des Sévriens.
1661 : La chute de Fouquet et ses conséquences  
En 1661, Monnerot est entraîné dans la chute de Fouquet, arrêté sur ordre du Roi Louis XIV (1638–1715), suite au complot mené par Colbert, et emprisonné dans la forteresse de Pignerol où il meurt en 1680. Les biens de Monnerot sont saisis par décret de la Cour des Aides (c) et vendus aux enchères en 1675. Il termine sa vie emprisonné à la Bastille.

L’agencement de l’Hôtel de ville actuel reste semblable à l’Hôtel de Courchamps de Maitre Monnerot, seul l’aile droite est de construction récente (poste en 1904).

1678 : Courchamp devient royal
Le 20 janvier 1678, Louis XIV s’adjuge toutes les propriétés de Sèvres et cède l’Hôtel et les terrains à son frère, le Duc Philippe d’Orléans (5),  dit “Monsieur” (1640–1701). Les terres sont alors rattachées au domaine de Saint-Cloud.
1678-1794 : Un usufruit à la famille De Brancas
Pendant plus d’un siècle, la propriété reste dans la maison d’Orléans qui en confie la jouissance à différents titulaires dont la princesse Françoise-Adélaïde de Noailles Armagnac (1704-1776 https://francearchives.gouv.fr/fr/agent/18462472) puis, sous le règne de Louis XV (1710 – 1774) (6), au Duc Louis II de Brancas (7) (1714-1794), 5e duc de Villars, pair de France, et 1er duc de Lauraguais, qui n’y vécut véritablement que de 1792 à octobre 1793 (règne de Louis XVI – 1754-1792)(8). De Brancas mourut à Paris le 10 janvier 1794 pendant la Terreur (septembre 1793 – juillet 1794), une phase de la Révolution caractérisée par des arrestations et des exécutions massives de personnes soupçonnées de contre-révolution, parmi lesquelles de nombreux nobles.

Nathalie Le Bras, rédactrice

SUITE -> Séquence n°2L’Hôtel de Ville de Sèvres de la Révolution à la Mairie (1794–1909)


?  Vous êtes adhérent et vous souhaitez contribuer à cette newsletter ?

Vous pouvez participer à la mise en lumière d’un lieu, d’un personnage, d’un objet lié à Sèvres ou à ses environs. Pour ce faire, il suffit d’envoyer photos, illustrations et/ou documents, accompagnés de quelques lignes basées sur des sources fiables (dont SAVARA si cela vous est possible). Nathalie, rédactrice, sera heureuse de valoriser vos découvertes dans une prochaine “minute d’Histoire”. Pour ce faire, écrivez à : archeo.caveduroi@gmail.com. Objet : »La petite minute d’Histoire » + le sujet 

Annexes – vocabulaire

(a) Hôtel : Le terme d’hôtel provient du latin hospitale [cubiculum] (« [chambre] hospitalière (pour recevoir les hôtes) » puis le lieu où l’on habite enfin à la fin du XIIIe siècle un lieu officiel ou prestigieux. C’est au Moyen Âge que le terme d’hôtel s’impose progressivement pour désigner une résidence princière, par opposition au palais royal et à la maison bourgeoise. L’emploi du mot reste cependant rare et ne désigne alors que les résidences de très grands seigneurs comme l’hôtel de Nesle ou l’hôtel des Tournelles. Il se généralise au XVIIe siècle avec l’émergence d’hôtels propriétés de financiers et de grands bourgeois. Ainsi, à la fin de l’Ancien Régime apparait le terme d’hôtel particulier, devenu nécessaire à la clarté du propos[8]. Pour résoudre cette ambiguïté sémantique, est créée l’expression « hôtel particulier » qui apparait dans la première moitié du XXe siècle[9].
Au niveau Architecture, le XVIIe siècle est marqué par un doublement des logis en hauteur et en profondeur pour certains hôtels, dans un souci d’agrandissement des appartements et de commodité plus grande. La formule du corps de logis « simple en profondeur » (avec des fenêtres pouvant créer un effet de « lanterne et de transparence » si elles sont placées dans l’axe les unes des autres) est remplacée par celle du « double en profondeur » (deux logis en parallèle, séparés par un mur de refend). Cette dernière favorise le développement du comble à la Mansart qui évite de construire d’immenses combles droits coûteux en bois et de perdre beaucoup d’espace, et facilite la distribution[note 5], en multipliant le nombre de pièces[note 6], variant leur taille et leur forme (pièces ovales ou octogonales à la place des traditionnelles pièces carrées ou rectangulaires)[5].

(b) Au sens strict, le mot « généralité » désignait une des premières circonscriptions administratives, créée dans un souci de contrôle fiscal. L’édit de 1542 établissait, pour les impôts directs, des recettes générales dirigées par des receveurs généraux. Mais, dès le XVIe siècle, les intendants allaient devenir les maîtres de ces circonscriptions, pour avoir au XVIIe siècle jusqu’à la Révolution des attributions très vastes en matière de finances, police, agriculture, industrie, ponts et chaussées, commerce, marchés, mines, état sanitaire, ordre public, assistance, logement et approvisionnement des gens de guerre. La généralité était elle-même divisée en élections. En Île-de-France, la généralité de Paris ne comprenait au XVIIIe siècle pas moins de 22 élections. Une élection se composait de « paroisses » au sens fiscal du terme, c’est-à-dire de communautés d’habitants ayant leur autonomie fiscale, marquée par un rôle particulier de la taille. Source : https://francearchives.gouv.fr/fr/facomponent/7d266a5f3a5b3f6dff14ff03d7d4a82865c92fc4

(c) Les cours des aides sont en France, sous l’Ancien Régime, des cours souveraines d’appel créées au XIVe siècle pour traiter les contentieux fiscaux, ayant existé, en discontinu, de 1355 à 1791 à Paris et en province.


Annexes – XVIIe et XVIII siècles – figures et repères historiques de l’Ancien Régime caractérisée par une monarchie absolue « de droit divin »

Règne des Bourbons : du Classicisme aux Lumières jusqu’à la Révolution

(1) Louis XIII (1601–1643), dit « le Juste », fils de Henri IV et de Marie de Médicis. Son règne, dominé par la personnalité du cardinal de Richelieu, principal ministre d’État, est marqué par l’affaiblissement des grands et des protestants, la lutte contre la maison d’Autriche et l’affirmation de la domination militaire française en Europe pendant la guerre de Trente Ans (1618-1648). Comme pour bien d’autres maisons royales, le choix d’élever un château à Versailles a certainement été déterminé par la chasse. Venant de Saint-Germain-en-Laye, qui était alors une des principales résidences de la Couronne, Louis XIII avait coutume de s’adonner à cette passion aux environs de Versailles. Les contraintes d’un retour en fin de journée, voire de nuit, incitèrent certainement le souverain à désirer avoir un « pied à terre » sur place plutôt que de loger dans la seule auberge des alentours, L’Ecu, dans laquelle il avait coutume de s’arrêter si le temps ne lui permettait pas de rentrer. C’est ainsi qu’en 1623, il demanda à l’entrepreneur Nicolas Huau, un maître-maçon actif dans la première moitié du XVIIe siècle, de lui élever un relais de chasse sur la colline dominant l’ancienne ville de Versailles. Très modeste et prévu pour loger le souverain et les personnes l’accompagnant à la chasse, le bâtiment ne devait pas répondre totalement à ce qu’on attendait de lui car Louis XIII le remplaça peu après par un nouveau château. Les travaux de ce dernier furent confiés à l’architecte Philibert Le Royarchitecte et ingénieur militaire français qui s’illustra durant le règne de Louis XIII, qui, entre 1631 et 1633, éleva un château consistant en trois corps de bâtiment en U dotés de pavillons aux angles. Construit en brique et en pierre avec toiture d’ardoise, le château de Louis XIII avait été prévu pour accueillir le Roi et sa suite pour des séjours qu’il appréciait de plus en plus. L’importance que prenait Versailles à ses yeux peut aussi se mesurer par l’achat, au même moment, de la seigneurie de Versailles et la construction d’un jeu de paume pour la pratique de cette activité encore prisée par la Cour à cette époque.
Jusqu’à sa mort, en 1642, le Premier Ministre travaille de concert avec le roi de manière à affermir l’autorité royale. Il développe la marine et le commerce et crée un corps d’intendants pour faire appliquer les décisions du roi dans les provinces. La rationalisation du système administratif s’accompagne d’une augmentation de la pression fiscale sur le tiers état, nécessaire pour financer les guerres incessantes. Le règne de Louis XIII est marqué par des révoltes paysannes anti-fiscales, notamment celles des Croquants et des Nu-Pieds.

 Louis XIII

 Armand Jean du Plessis, Cardinal de Richelieu (1585-1642), principal ministre de Louis XIII

(2) Louis II de Bourbon-Condé, dit le Grand Condé (1621-1686). Sa famille descend d’Antoine de Bourbon, frère du roi Henri IV (1553-1610) et appartient donc à la famille royale. Son père lui fait donner une excellente éducation et arrange son mariage avec Claire-Clémence de Maillé-Brézé, nièce du cardinal Richelieu. Le pouvoir détenu par le Grand Condé et sa capacité de nuisance sont tels qu’il est emprisonné un an sur ordre de Mazarin et de la régente. A sa libération, il lève une armée dans le sud-ouest du pays et affronte les troupes royales à Paris. Il finit par fuir aux Pays-Bas espagnols en 1652. Il est alors déchu de son titre de prince du sang et condamné à mort. Le Grand Condé passe alors au service du roi d’Espagne qui détient alors également les Pays-Bas méridionaux (actuelle Belgique). Le traité des Pyrénées signé en 1659 entre la France et l’Espagne lui permet de réintégrer son rang et de retrouver ses biens en échange d’une soumission totale au roi de France. La réconciliation du roi et de son cousin fait l’objet d’une mise en scène étudiée qui met le souverain en valeur. Le Grand Condé installe alors sa cour à Chantilly, récupéré grâce à sa mère, dernière héritière des Montmorency, dont il fait dessiner les jardins agrémentés de fontaines par Le Nôtre et fait restaurer le château sur les conseils de Jules Hardouin Mansart.

(3) Louis XIV (1638–1715), dit le Roi Soleil, fils de Louis XIII et d’Anne d’Autriche, 64e Roi de France et 44e roi de Navarre (plus jeune rois de France – juste avant son 5e anniversaire).
S’il n’aime guère que son principal ministre d’État, Colbert, fasse référence à Richelieu, ministre de Louis XIII et partisan intransigeant de l’autorité royale, il s’inscrit néanmoins dans son projet de construction séculaire d’un absolutisme de droit divin. Usuellement, son règne est divisé en trois parties : la période de sa minorité, troublée par la Fronde, de 1648 à 1653, durant laquelle sa mère et le cardinal Mazarin gouvernent ; la période allant de la mort de Mazarin, en 1661, au début des années 1680, pendant laquelle le roi gouverne en arbitrant entre les grands ministres ; et enfin la période allant du début des années 1680 à sa mort, où le roi gouverne de plus en plus seul, notamment après la mort de Colbert (ministre clé de 1661 à 1683), puis de Louvois, en 1691. Cette période est aussi marquée par le retour du roi à la religion, notamment sous l’influence de sa maîtresse puis seconde épouse, Madame de Maintenon. Son règne voit la fin des grandes révoltes nobiliaires, parlementaires, protestantes et paysannes qui avaient marqué les décennies précédentes. Le monarque impose l’obéissance à tous les ordres et il contrôle les courants d’opinion (y compris littéraires ou religieux, tels que Port-Royal et les Jansénistes) de façon plus prudente que Richelieu.

Françoise d’Aubigné (1635-1719) fut l’épouse de l’écrivain Paul Scarron puis du roi Louis XIV. Celui-ci lui donne le titre de marquise de Maintenon, d’où le surnom Madame de Maintenon. Elle est la fondatrice de la Maison royale de Saint-Louis.

Jules Mazarin (1602-1661), connu sous son titre de cardinal Mazarin, Ministre des Finances de Luis XIII et Louis XIV. Il succède à Richelieu.

Jean-Baptiste Colbert, baron de Seignelay et de Sceaux, dit le Grand Colbert (1619-1683), principal ministre de Louis XIV, en tant que contrôleur général des finances (1665-1683), secrétaire d’État de la Maison du roi et secrétaire d’État de la Marine (1669-1683).

(4) Nicolas Fouquet (1615-1680), procureur général au Parlement de Paris et surintendant des Finances en 1653, il devient, en puisant dans les comptes publics, l’un des hommes les plus riches et les plus puissants du royaume de France.

(5) Philippe d’Orléans, dit “Monsieur” (1640–1701) – fils de Louis XIII et d’Anne d’Autriche, et frère cadet de Louis XIV. Il réside dans deux principaux palais qu’il aménage :
– le Palais-Royal, qu’il reçoit en apanage en 1692 et qu’il aménage à grands frais, y organisant des fêtes et des jeux ; son favori y a des appartements ;
– il aménage aussi le château de Saint-Cloud, offert par son frère en 1658, notamment en y faisant établir de grands jardins à la française et un Trianon.

(6) Louis XV, dit « le Bien-Aimé (1710 – 1774). Il est le seul roi de France à naître et mourir au château de Versailles. Fils du duc de Bourgogne et de Marie-Adélaïde de Savoie; arrière-petit-fils de Louis XIV, Louis XV est dauphin à la mort de son père en 1712, puis roi à cinq ans en 1715, à la mort de Louis XIV. A partir de 1722, il réinstalle le gouvernement et la Cour au château de Versailles, abandonné depuis la mort de Louis XIV. En 1725, il épouse Marie Leszczynska et assure la descendance du trône. Passionné par les sciences et la botanique, il enrichit les jardins du Château et commande pour sa favorite, Madame de Pompadour, le Petit Trianon qui deviendra la future résidence de la reine Marie-Antoinette.

Jeanne-Antoinette Poisson, marquise de Pompadour et duchesse de Menars, dite Madame de Pompadour, fut la maîtresse en titre de Louis XV, née le 29 décembre 1721 à Paris et morte le 15 avril 1764 au château de Versailles. Louis XV lui fait construire le Petit Trianon ainsi que le château de Bellevue, comme résidence, et lui offre le domaine de Pompadour, ce qui lui permet de devenir marquise et d’acquérir la noblesse. Ses origines bourgeoises lui attirent des critiques de la part de l’aristocratie. À partir des années 1750, la marquise n’est plus la maîtresse du roi, mais conserve un ascendant en tant que confidente et amie. En ce sens, elle encourage l’aménagement de la place Louis XV — actuelle place de la Concorde — ou la création de la manufacture de porcelaine de Sèvres, proche de sa résidence de BellevueMme de Pompadour apprécie particulièrement l’architecture et les arts décoratifs. Elle acquiert d’ailleurs en 1753 l’hôtel d’Évreux à Paris, aujourd’hui nommé palais de l’Élysée. La marquise s’intéresse aussi à la littérature et encourage la publication des deux premiers tomes de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert.

(7) Duc Louis II de Brancas (1714-1794) est le fils aîné de Louis Antoine de Brancas, 4e duc de Villars (1682-1760), et de Marie Angélique Frémyn de Moras. Il succéda à son père, qui avait abdiqué, et devint le 5e duc de Villars, pair de France, et le 1er duc de Lauraguais (titre créé pour lui en 1731). Né à Paris le 5 mai 1714, il incarne la continuité de la lignée noble des Brancas, qui s’était intégrée à l’aristocratie française grâce à son service militaire et à ses fonctions à la cour sous la monarchie des Bourbons.
Sa carrière fut axée sur les commissions militaires, reflétant l’importance accordée à la noblesse au service de l’État dans le contexte des réformes administratives et militaires des Lumières. Nommé colonel du régiment d’infanterie d’Artois en 1734, il fut promu brigadier des armées du roi en 1743, colonel d’un régiment portant son nom la même année, puis lieutenant-général en 1748 ; il gouverna également la forteresse de Guise à partir de 1758. En tant que pair du royaume, il assista aux séances du Parlement et aux réceptions de la cour de Versailles, s’acquittant des devoirs aristocratiques traditionnels sans s’impliquer de manière notable dans les cercles intellectuels ou réformateurs de l’époque. Anobli dans la branche espagnole de l’Ordre de la Toison d’or en 1746, ces distinctions soulignèrent le prestige durable de sa famille.
De Brancas mourut à Paris le 10 janvier 1794, pendant la Terreur (septembre 1793 – juillet 1794), une phase de la Révolution caractérisée par des arrestations et des exécutions massives de personnes soupçonnées de contre-révolution, parmi lesquelles de nombreux nobles. Sa mort dans la capitale, contrairement à l’émigration à l’étranger de nombreux pairs, coïncida avec l’héritage de ses titres par son fils Louis-Léon de Brancas à cette même date, marquant ainsi la transition délicate de la famille dans le contexte des bouleversements révolutionnaires.
https://man8rove.com/fr/profile/m1ehyf7x-louis-de-brancas

 

 

 

#1 – La petite minute d’Histoire : Pierre Midrin (1846-1898)

Le 29 janvier 2026,
Rédaction, recherches approfondies et iconographie : Nathalie Le-Bras
Éléments biographiques initiaux : Françoise Lancelot

Pour cette première « Petite minute d’Histoire », nous vous proposons de découvrir Pierre Midrin, figure sévrienne emblématique du XIXe siècle. Un portrait rédigé à partir du SAVARA n°15 grâce au travail de Sylvaine et Jean-Marie Boisson.

?Numéro disponible au local de l’association : 10€


Pierre Midrin (1846-1898), médecin, directeur de l’hôpital et maire de Sèvres
 1
Il naît à Sainte-Sabine, en Côte-d’Or, le 17 octobre 1846, fils d’un menuisier devenu instituteur.
Après des études brillantes de médecine, il devient docteur en médecine.
Il épouse Marie-Gabrielle Chanteloup le 21 septembre 1878, puis s’installe à Sèvres la même année.

Le 14 novembre 1878, il achète au comte Dulong de Rosnay la maison du 50 Grande Rue, toujours visible aujourd’hui.
On la reconnaît facilement à ses fenêtres surmontées d’impostes en demi-lune au rez-de-chaussée.
Cette demeure, construite en 1838 par Athanase Louis Perrin, architecte sévrien, a été agrandie par sa fille entre 1843 et 1863.

 2   3    4 

À Sèvres, Pierre Midrin devient une figure incontournable :

  • Médecin très actif
  • Directeur de l’hôpital de Sèvres
  • puis Maire de Sèvres de 1889 à 1898

Son double engagement médical et municipal marque durablement la ville : amélioration des conditions sanitaires, attention portée aux familles, modernisation des équipements publics. À son décès, la commune lui rend hommage en érigeant un monument funéraire au cimetière des Bruyères, orné d’un buste en bronze du sculpteur Chartier (1), témoignage de l’estime que lui portaient ses contemporains.

 5 

Sources Images :

1- Monument sépulcral du docteur Midrin. Photo issue de la notice IA00048543 de Guillemette Andreu, enregistrée sur la POP (Plateforme ouverte du patrimoine) du Ministère de la Culture. Buste fondu par Chartier à Paris, fin 19e siècle.  http://www2.culture.gouv.fr/documentation/memoire/HTML/IVR11/IA00048543/index.htm
2- photo archive N°66 Ville de Sèvres – L’Hôtel de Ville et la Grande Rue (vers 1910-1920) – Flèche rouge = 50 Grande Rue
3- Le 50 Grande Rue, aujourd’hui
4- Le 50 Grande Rue – cadastre, parcelle 186
5 Obsèques de Pierre Midrin devant l’Hôtel de Ville – 1898 – Photographie famille Pouillot

 


?  Vous êtes adhérent et vous souhaitez contribuer à cette newsletter ?

Vous pouvez participer à la mise en lumière d’un lieu, d’un personnage, d’un objet lié à Sèvres ou à ses environs. Pour ce faire, il suffit d’envoyer photos, illustrations et/ou documents, accompagnés de quelques lignes basées sur des sources fiables (dont SAVARA si cela vous est possible). Nathalie, rédactrice, sera heureuse de valoriser vos découvertes dans une prochaine “minute d’Histoire”. Pour ce faire, écrivez à : archeo.caveduroi@gmail.com. Objet : »La petite minute d’Histoire » + le sujet 

Cathédrale Notre-Dame de Paris

Édifiée au cœur de l’île de la Cité, Notre-Dame de Paris est l’un des monuments les plus emblématiques du patrimoine français. Elle constitue un lieu de culte catholique et sert de siège à l’archidiocèse de Paris, dédié à la Vierge Marie.

Sa construction débute en 1163, sous l’impulsion de l’évêque Maurice de Sully, et s’étend sur près de deux siècles, jusqu’au milieu du XIVe siècle. Cette longue durée explique la présence de plusieurs phases du gothique : gothique primitif, gothique classique et gothique rayonnant. Les deux grandes rosaces du transept, réalisées au XIII? siècle, comptent parmi les plus vastes d’Europe.

Après les dégradations de la Révolution française, la cathédrale fait l’objet d’une vaste restauration entre 1845 et 1867, dirigée par Eugène Viollet-le-Duc. Cette intervention, parfois controversée, restitue l’unité stylistique de l’édifice tout en y intégrant des éléments nouveaux, dont la célèbre flèche du XIXe siècle. Ces ajouts expliquent que l’architecture ne soit pas totalement homogène, mêlant restauration, création et héritage médiéval.

Notre-Dame est intimement liée à l’histoire de France. Église paroissiale royale au Moyen Âge, elle accueille en 1239 l’arrivée de la Sainte Couronne, relique majeure de la Passion. Elle est le théâtre du sacre de Napoléon Ier en 1804, du baptême du duc de Bordeaux en 1821, et des funérailles nationales de plusieurs présidents de la République : Adolphe Thiers, Sadi Carnot, Paul Doumer, Georges Pompidou et François Mitterrand. En 1944, un Magnificat y est chanté pour célébrer la Libération de Paris. En 2013, la cathédrale fête le 850e anniversaire du début de sa construction.

L’édifice inspire de nombreuses œuvres artistiques, au premier rang desquelles le roman de Victor Hugo, Notre?Dame de Paris (1831), qui contribue largement à la prise de conscience patrimoniale ayant mené à la restauration du XIXe siècle. Au début du XXIe siècle, Notre-Dame accueille 13 à 14 millions de visiteurs par an, faisant d’elle le monument le plus visité d’Europe avant l’incendie de 2019. Son statut de basilique mineure souligne son importance spirituelle et liturgique.

Aujourd’hui, après l’incendie du 15 avril 2019, qui avait détruit la charpente médiévale, la flèche et une partie des voûtes, la cathédrale a retrouvé son éclat grâce à une restauration exceptionnelle menée entre 2019 et 2024. Rouverte au public en décembre 2024, elle accueille de nouveau fidèles et visiteurs, marquant une nouvelle étape dans l’histoire d’un monument qui, depuis près de neuf siècles, incarne la mémoire religieuse, artistique et nationale de la France.

Les éléments architecturaux majeurs de Notre-Dame de Paris

  1. La façade occidentale (vers 1200–1250) : Chef-d’œuvre du gothique classique, elle se distingue par son équilibre et sa lisibilité. Elle comprend :
  • Trois portails sculptés (Portail du Jugement, Portail de la Vierge, Portail Sainte-Anne), véritables « bibles de pierre ».
  • La Galerie des Rois, où 28 statues représentent les rois de Juda.
  • La grande rose occidentale, installée vers 1225, symbole de la lumière divine.
  • Les deux tours, hautes de 69 mètres, achevées au milieu du XIIIe siècle.
  1. Le plan basilical et la nef gothique (XIIe–XIIIe siècles)
    La nef, longue de 130 mètres, illustre le gothique primitif : élévation à quatre niveaux (grandes arcades, tribunes, triforium, fenêtres hautes) + voûtes sexpartites et piliers massifs soutenant la structure. Cet espace monumental était conçu pour accueillir les grandes cérémonies royales et populaires.
  2. Les rosaces du transept (XIIIe siècle).
    Parmi les plus grandes d’Europe, elles sont emblématiques du gothique rayonnant :
    Rosace nord (vers 1250), dédiée à l’Ancien Testament,
    Rosace sud (vers 1260), dédiée au Nouveau Testament.
    Chacune mesure plus de 13 mètres de diamètre et conserve une grande partie de son verre médiéval.
  3. Le chœur et le déambulatoire (XIIe–XIIIe siècles)
    Le chœur, l’une des premières parties construites, présente des voûtes gothiques élancées, un déambulatoire permettant la circulation autour du sanctuaire, des chapelles rayonnantes destinées aux reliques et aux offices privés. Il illustre la transition entre gothique primitif et gothique rayonnant.
  4. Les chapelles latérales (XIIIe–XIVe siècles)
    Ajoutées progressivement, elles témoignent de l’évolution du culte et de la vie paroissiale.
    Elles abritent des œuvres sculptées, des vitraux et des peintures allant du Moyen Âge au XIXe siècle.
  5. Les arcs-boutants (XIIIe siècle)
    Innovation majeure du gothique, les arcs-boutants de Notre-Dame sont parmi les plus anciens et les plus audacieux de leur époque.
    Ils permettent : d’élever les murs, d’agrandir les fenêtres, et d’inonder la nef de lumière. Ce sont eux qui donnent à la cathédrale son profil aérien.
  6. La flèche (1859, restituée en 2024)
    Créée par Viollet-le-Duc lors de la restauration du XIXe siècle, la flèche mesurait 96 mètres.
    Elle a été détruite lors de l’incendie de 2019, puis reconstruite à l’identique dans le cadre de la restauration achevée en 2024.
    Elle symbolise la verticalité et l’élan spirituel du monument.
  7. Le grand orgue (XIIIe–XXe siècles)
    L’un des plus grands instruments d’Europe, enrichi au fil des siècles.
    Il conserve des éléments médiévaux, des apports de Clicquot (XVIIIe siècle) et de Cavaillé-Coll (XIXe siècle).