Abraham Justin Silly – maire de Sèvres : 1812-1815

Article du 27 février 2026

Abraham Justin Silly – 2e maire de Sèvres 

Mandat : 1812-1815
Profil : Juriste

Abraham Justin Silly devient maire de Sèvres le 6 janvier 1812. Au marin succède un juriste, un ancien notaire de Paris issu tant du côté paternel que maternel de familles d’hommes de loi fortunés. Dès sa nomination, il prend en charge la gestion de la commune par un travail approfondi sur le passé ancien et proche de Sèvres. Le jour même de sa prestation de serment, il procède à un recensement de la population dont les résultats confirment l’augmentation du nombre d’habitants. Non compris les domestiques et diverses catégories de personnel présents depuis moins d’un an, il est dénombré 3 060 « individus ».

La salubrité publique est une préoccupation du nouveau maire. Aucune canalisation n’existe à Sèvres qui reçoit les boues par les eaux de ruissellement en provenance des coteaux, mais aussi celles qui arrivent depuis Versailles. Entre boues et immondices qui se déposent dans les rues sans trottoir, on imagine le mal-être des habitants ! Ainsi, le balayage devant sa maison, boutique ou jardin est obligatoire deux fois par semaine. Un contrat de trois ans est signé avec le « boueur ».

En ce début d’année 1812, la situation générale est difficile. L’industrie qui s’était considérablement développée depuis le Consulat connaît une crise qui s’aggrave. La rente baisse, des faillites et banqueroutes se déclarent dans les industries de luxe, la soie, le coton. Du chômage s’ensuit. Le pain, base de l’alimentation, est cher. A sèvres, un tableau de secours aux indigents du 5 février au 4 mars 1812 recense 329 bouches à nourrir. Elles ont reçu pour la période 2138 kg de pain, 4200 de pommes de terre, 2550 de haricots. Un décret impérial du 24 mars crée la distribution de soupes de « RUMFORD » du physicien américain Benjamin Thomson Conte de Rumford qui avait effectué des recherches sur la chaleur et la lumière. 2 000 000 de soupes seront journellement distribuées sur le plan national pour la période du 1er au 1er septembre. Celles-ci seront réparties entre les départements, puis à l’intérieur entre les cantons proportionnellement à la population. Pour le canton de Sèvres, qui dénombrait le plus d’habitants (Saint-Cloud 2000, Meudon 2500, Garches 600, Vaucresson 400, Marne 150, Ville d’Avray 400, Chaville 600), les soupes attribuées seraient au nombre de 230.
Chaque soupe est évaluée à 1 sou 6 deniers et les communes sont autorisées à compléter par un emprunt ou en puisant dans leurs réserves l’insuffisance de l’allocation gouvernementale. Le nouveau maire, parfaitement à son aise dans cette nouvelle fonction, ordonne, agit et de préoccupe du bien et du bonheur de ses administrés. Les bals sont autorisés au quinconce de la Manufacture de Pâques au 1er octobre. Tous les autres bals seront autorisés, mais uniquement le dimanche. Les processions de la Fête Dieu sont rétablies. Sèvres aura son feu de la Saint-Jean, mais uniquement au point milieu de la rue de la Belle Hache, en face de la rue Sainte-Sophie, un endroit sans risque d’incendie du fait des maisons bâties en bois et toits de chaume.

Le 15 septembre 1807, Napoléon décidait de l’institution d’un cadastre en France. Cette opération qui sera longue dans toutes les communes de France, se terminera à Sèvres en novembre 1816. En effet, c’est une mission dans laquelle Abraham Justin Silly excelle. Il a pu retrouver les titres de l’ancien domaine de Sèvres et devant son conseil il évoque toute l’histoire du village, de ses Seigneuries, des achats effectués par le Roi au XVIIIe siècle, tant du domaine des Célestins que de celui des successeurs aux de Longueil.

En 1ere session de la sessions du conseil de 1812, après avoir retracé l’histoire de Sèvres, il présente le tableau des propriétés de la commune, avec des observations sur chacune d’elle. La 3e partie de son exposé comportera le tableau des dettes de la commune et celui des besoins pour la restauration ou l’amélioration des propriétés.

Il était maire depuis 5 mois, il connaissait parfaitement sa commune.


Archive : plan cadastral 1816_A1 – Nord et Parc


Archive : plan cadastral 1816_B1 – Centre et Rive Droite de Sèvres (entre la Route de Versailles – Paris et Ville d’Avray)


Archive : plan cadastral 1816_C1 – Rive gauche de Sèvres (Garlardon, Bas et Hauts Pommerets….)


Archive : plan cadastral 1816_C2 – Jardin de la Pompadour, La Manufacture de Porcelaine, Derrière le Château,  Les Binelles, Les Porchères, La Bourgogne, Les Fillouttes, La Jolie, Les Charons…


Archive : plan cadastral 1816_D1 – Brimborion, Pujot


Archive : plan cadastral 1816_E1 – Les Bruyères

Mais il n’est pas qu’historien. Juriste, il aimera régulariser certaines situations, celle du lavoir Gallardon bien communal, situé sur une place de la propriété réclamée par M. Cheviron. Il obtint gain de cause. Quelle que soit la situation, il avait à cœur de régulariser toutes les erreurs de son prédécesseur, que ce soit dans le sens de la commune que des habitants. Fin gestionnaire, il sait retarder les échéances de paiement pour restaurer les biens communaux (église, presbytère, ancien cimetière, Fontaine d’Amour, Fontaine Saint-Germain, Lavoir de Gallardon, pierrier des Binelles, chemins vicinaux….). Mais Napoléon a besoin d’argent ! En vertu d’un décret impérial du 20 mars 1813, les biens ruraux, maisons et usines possédés par les communes, sont cédés à la Caisse d’amortissement qui en percevra les revenus à partie du 1er janvier. Sont exceptés les biens dont les habitants jouissent en commun, ceux qui sont utiles pour la salubrité et l’agrément et ceux qui sont affectés au service public. Le Trésor impérial recouvrera ainsi 232 500 00 F pour le service des exercices 1811-1812-1813. Sur le surplus, la Caisse emploiera en achat de 5% de la somme nécessaire pour remplir ses obligations vis-à-vis des communes. 

Abraham Justin Silly déplorera cette situation, mais ne peut cesser en public de louer la bonté du couple impérial qui honore Sèvres de ses bienfaits : secours de 70 000F en juillet 1812 aux indigents du canton… Il mena le projet de l’installation d’un marché à l’emplacement de l’ancien corps de garde, qui aurait apporté de nouvelles recettes. Il n’existait alors qu’un seul carreau  à Saint-Cloud où  se vendait fruits et légumes. A sèvres, il aurait proposé deux fois par semaine, mercredi et vendredi, pain, viande, volailles vives ou mortes, légumes verts ou secs, fruits de toute nature. Malheureusement, ce projet avorta en 1814, la Préfecture refusant le plan en raison de l’exiguïté du passage laissé aux voitures se rendant aux Caves du Roi et du prix trop élevé des places.

Plus sérieusement que sous la municipalité précédente, l’on recherche des revenus extraordinaires pour entreprendre des travaux aux biens communaux. Le 15 février 1813, le préfet est inquiet de leur état. Au conseiller d’Etat, directeur de la Comptabilité des communes et des hospices, il écrit : « Parmi les autres communes de mon Département, il n’est que celle de Sèvres où l’établissement d’un octroi est urgent : dans cette commune, tous les édifices publics tombent en ruine, l’Eglise, le presbytère, le vicariat ont besoin de réparations ; le port, objet particulier d’industrie et singulièrement utile pour la commune, est dans le dernier état de dégradation. Indépendamment des dépenses que cette commune doit faire en réparations, elle doit acquitter une dette exigible asses considérable » (AN-F1b II S-et-0 22).

1813 sera la dernière année de l’Empire et pour la commune celle des premiers accords de délimitation des territoires de Sèvres et de Chaville avec la suppression de l’enclave des Châtres-Sacs ou du petit Viroflay. Malgré tous ses efforts A.J Silly ne parvient pas à améliorer l’état de la commune. Le pays souffre tout entier, tant du marasme économique que des guerres de Russie et d’Allemagne. L’industrie qui avait connu un essor au début du siècle stagne et de nombreuses faillites sont déclarées.

Fin décembre 1813, les armées alliées (Russe, Prussiens, Autrichiens) ont envahi la France et sont aux portes de la Champagne. Napoléon gagnera des batailles (Champaubert, Montmirail, Monterau), en perdra d’autres, mais sera dans l’obligation de faire retraite. Le 27 février 1814, le maire est informé par le chef d’Etat-Major que près de 7000 prisonniers de guerre doivent se rendre à Versailles. Ils passeront à Sèvres. Le 8 mars, le maire doit donner du pain à ces prisonniers qui se reposeront aux Bruyères. En parallèle, chaque jour apporte à Sèvres son lot de militaires français qu’il faut nourrir, loger, héberger, ainsi que les chevaux qui cantonneront à la Manufacture et dans les maisons du Bourg. On installe à l’Hôtel de Brancas un hospice provisoire. La bataille d’Arcis-sur-Aube les 20-21 mars signe la défaite de la campagne de Napoléon. Rapidement, cavaliers autrichiens et dragons russes remplaceront les troupes françaises, puis traverseront le pont le 31 mars occupant Paris le jour même.

 Plan général du siège de Paris (1814-1815).

Bivouac des troupes russes aux Champs Elysées à Paris au 31 mars 1814

 L’entrée des troupes russes à Paris – 31 mars 1814.

Le 1er avril 1814, le Sénat conservateur élit Talleyrand à la tête d’un « gouvernement provisoire ». Le 2 avril, le Sénat vote la déchéance de L’empereur. L’article 1 dispose que « Napoléon Bonaparte est déchu du trône, et le droit d’hérédité établi dans sa famille, est aboli. » Un long réquisitoire publié dans le Moniteur du lendemain l’accuse pêle-mêle d’avoir « déchiré le pacte qui l’unissait au peuple français », « inconstitutionnellement rendu plusieurs décrets portant peine de mort », « anéanti la responsabilité des ministres, confondu tous les pouvoirs et détruit l’indépendance des corps judiciaires ».


Procès-verbal de la déchéance de NAPOLÉON, sur lequel on voit les différents ajouts et réécritures effectués au cours des délibérations.

Le 4 avril 1814, les événements se précipitent à Fontainebleau : la journée s’achève par l’abdication conditionnelle de Napoléon et l’envoi auprès du tsar d’une délégation devant en négocier les contreparties.  Le 11 avril 1814, Napoléon signe le traité de Fontainebleau, conclu le 6 à Paris, entre les maréchaux Ney, Macdonald, le général Caulaincourt, ses plénipotentiaires, et les ministres d’Autriche, de Russie et de Prusse : une abdication inconditionnelle marquant ainsi la fin du Premier Empire et permettant ainsi la mise en place de la première Restauration de la monarchie française. Napoléon garde toutefois le titre d’Empereur et devient le souverain de l’île d’Elbe.

Peinture de François Bouchot (1843)

Le 12 avril, le conte d’Artois, futur Charles X, prend le titre de Lieutenant général du Royaume. Toutes les autorités de la ville de Paris se réunissent aux Tuileries avant de le rejoindre alors qu’il s’apprête à franchir la barrière de Bondy. Talleyrand, lorsqu’il s’avance vers lui, lui présente quelques vœux au nom du gouvernement :« Le bonheur que nous éprouvons en ce jour de régénération est au-delà de toute expression, si Monsieur reçoit avec toute la bonté céleste qui caractérise son auguste maison, l’hommage de notre religieux attendrissement et de notre dévouement respectueux. »
Plus qu’une véritable entrée triomphale, le retour à Paris du comte d’Artois représente l’espoir populaire d’un retour à la paix. Il y a fort à parier que tout autre individu, de la même importance familiale que le frère de Louis XVIII, aurait reçu un tel accueil, lequel fut peut-être accentué toutefois par l’allure chevaleresque et l’affabilité du prince. L’événement fut largement commenté, figure dans nombre de mémoires d’époque et participa à la notoriété du comte d’Artois – d’autant plus que l’entrée de Louis XVIII, quelques jours plus tard, fut beaucoup plus froide. Pour autant qu’il soit artificiel, le mot historique qu’on lui prêta en réponse à Talleyrand fut un temps très populaire. En 1830, il fut toutefois réemployé dans une caricature à charge avec pour titre : « 1814 : un français de plus. 1830 : quatre mille français de moins ».


Arrivée de Monsieur, comte d’Artois, à Notre-Dame (estampe de Martinet, 1815, Bnf)

Le 13 avril 1814, Le Moniteur, organe officiel du Gouvernement, publie l’acte d’abdication de l’Empereur.

 Le 13 avril 1814 – Extrait du Moniteur

Le traité est ratifié le 14 avril. En application de cet accord, Napoléon abdique sans condition. Il « renonce pour lui, ses successeurs et descendants, à tout droit de souveraineté et de domination en France comme en Europe. Il accepte de résider sur l’île d’Elbe, érigée en principauté, qui sera possédée par lui en toute souveraineté et propriété ».

Dans ce climat difficile, A.J Silly qui souhaite le retour des Bourbons sur le trône, suit les événements de près. Le 15 avril, sur son initiative, le Conseil est convoqué. S’en suivent les délibérations : » … Les membres du conseil jurent individuellement et pour tous les habitants de Sèvres fidélité inviolable, amour sans bornes, obéissance sans réserve, à la noble et antique Dynastie des BOURBONS, aux illustres descendants de Saint-Louis, de Henry quatre et nominativement à la personne sacrée du Roy Louis 18″. (ACSèv – 1 D 8). Suivent sur le registre les signatures suivantes : Silly maire, Donard, Troyon, Buard, Longuet, Drouet, Grellot, Rose, Claud, Legry, Gérard, Rabilly, Feuché, Renard notaire, Chartier et deux signatures non identifiées.

Le 20 avril, l’empereur fait ses adieux à sa garde dans la cour du Cheval-Blanc au château de Fontainebleau, pour  rejoindre l’ile d’Elbe.


Huile sur toile d’Antoine Alphonse Montfort – 20 avril 1814, Musée national du château de Versailles

Le 23 avril, une convention signée par le comte d’Artois, marquant ainsi l’armistice, livre cinquante-trois forteresses encore tenues par les armées françaises en Allemagne, en Italie et en Belgique, ramenant la France à ses limites d’avant janvier 1792. Elle sera suivie du traité de Paris du 30 mai 1814 qui règle le sort de la France et prévoit un congrès qui devra se réunir à Vienne en septembre pour régler le sort des territoires repris à Napoléon.

La première Restauration est accomplie quand le 3 mai, après un Te Deum à Notre-Dame, Louis XVIII s’installe aux Tuileries. 

Si le maire de Sèvres se félicite du retour des Bourbons, ses administrés furent sans doute moins heureux quand un arrêté préfectoral du 7 mai leur imposa une contribution extraordinaire dite du 1/5e destinée au paiement des vivres et fournitures aux troupes alliées en stationnement dans le département et dont l’entretien était à la charge de celui-ci. En juin, les troupes des Alliés quittent la France ; le bourg de Sèvres panse ses plaies, verse ce que Préfet et maire lui réclament tout en tentant de reprendre une vie normale.
Le 6 octobre 1814, pour la première fois sous le nouveau régime, se réunit de Conseil en sa session d’automne. Le maire rappelle l’œuvre réalisée depuis 1812 : réparation de la clôture des cimetières et du mur de soutènement du chemin du Petit Moulin, reconstruction de l’escalier de pierre de la fontaine Saint-Germain, pavage d’une partie très endommagée de la rue des Caves, aménagement de la place de Gallardon… ». A.J Silly espère alors beaucoup du retour des Bourbons.

Malheureusement,  Napoléon a quitté l’ile d’Elbe et débarqué le 1er mars 1815. Le 20 avril 1815, il s’installe aux Tuileries. A la mairie, les membres du Conseil municipal, du Comité de bienfaisance, le personnel municipal et Monsieur le Curé sont réunis. Ils prêterons tous serment « Je jure obéissance aux Constitutions de l’Empire et fidélité à l’Empereur ».

Cette allégeance tantôt du côté Royaliste, tantôt du côté Bonapartiste fera que Napoléon révoquera A.J Silly quelques jours avant Waterloo. Florentin Bernard, notaire, est proclamé maire le 11 juin 1815 par arrêté du Préfet Girardin. Mais A.J Silly n’accepte pas sa révocation et de d’autant, que s’accomplit rapidement la Seconde Restauration. Le 15 avril 1816, il est nommé maire de Saint-Cloud, mandat renouvelé par un arrêté du 20 août 1821….

Nathalie Le Bras, rédactrice

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Sources plans de cadastre : ICI 


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