Située au cœur du Marais, l’église Saint?Gervais–Saint?Protais est l’une des plus anciennes paroisses de Paris, attestée dès le VI? siècle. Depuis 1975, les offices sont célébrés par les Fraternités monastiques de Jérusalem, qui rassemblent des moines et moniales qui vivent l’esprit de la solitude monastique au cœur des grandes villes.
Elle est bâtie sur les fondations du premier lieu de ?culte connu de la rive droite à Paris, une basilique fondée entre 387 et 576 à côté d’un cimetière gallo-romain sur le monceau Saint-Gervais, butte non inondable dans un territoire marécageux. Elle est également la plus ancienne paroisse en dehors de la première cathédrale de l’île de la Cité, datant probablement de la deuxième moitié du XIe siècle. L’église est mentionnée dans le testament d’Ermintrude (estimé fin VIe siècle) : baselicae Domni Gervasi, anolo aureo, nomen meu[m i]n se habentem scribtum (« basilique saint Gervais, avec un anneau d’or, et mon nom écrit dessus »).
Qui étaient Saint Gervais et Saint Protais ?
Gervais et Protais sont présentés par la tradition chrétienne comme des frères jumeaux, fils de Saint Vital et Sainte Valérie, une famille chrétienne de Milan. Ils auraient vécu sous l’empereur Néron ou sous Domitien (donc entre 54 et 96 après J.-C.) à une époque où les persécutions contre les chrétiens étaient fréquentes. Selon les récits anciens, Gervais aurait été flagellé à mort,
Protais aurait été décapité pour avoir refusé de renier leur foi. Leur martyre aurait eu lieu à Milan, ce qui explique que leur culte se soit d’abord développé en Italie du Nord.
Un événement important explique leur immense popularité en Occident : En 386, Saint Ambroise, évêque de Milan, affirme avoir découvert leurs reliques après une vision. Cette découverte provoque un grand retentissement dans la chrétienté.
Dès le VIe siècle, les paroisses sont souvent dédiées à des martyrs très populaires dans la chrétienté occidentale. Le culte de Gervais et Protais, diffusé depuis Milan, arrive très tôt en Gaule, probablement via les évêques et les monastères. Au Moyen Âge, le quartier autour de l’église est habité par des charpentiers, des menuisiers, des artisans du bois. Or Gervais et Protais étaient parfois considérés comme protecteurs des artisans, ce qui a renforcé leur ancrage local.
L’Église actuelle
L’église Saint?Gervais–Saint?Protais présente une architecture composite, résultat de plusieurs campagnes de construction menées entre le XIII? et le XVII? siècle. L’intérieur conserve une structure gothique héritée des travaux réalisés du XIV? au XVI? siècle, avec sa nef élancée et ses chapelles médiévales. À l’extérieur, la façade occidentale, commencée en 1616 par l’architecte Salomon de Brosse (auteur du Palais du Luxembourg), est considérée comme la première façade classique de Paris, annonçant l’esthétique du XVII? siècle.
L’édifice a ensuite fait l’objet de nombreuses restaurations, notamment sous la direction de Baltard entre 1827 et 1844, puis entre 1863 et 1869, avec la réfection des chapelles et des vitraux. D’autres campagnes ont suivi au XX? et XXI? siècles (1957, années 2000, 2013 et 2022), permettant de préserver, consolider et mettre en valeur ce patrimoine exceptionnel.
Classée au titre des Monuments historiques en 1862, elle est également liée à l’histoire musicale française : depuis 1653, elle abrite la tribune des orgues Clicquot, l’un des instruments les plus prestigieux d’Europe, restauré au XVIII? siècle et associé à la dynastie des Couperin, organistes titulaires pendant plus de deux siècles (1653–1826).
L’église a aussi été marquée par un événement tragique : le 29 mars 1918, un obus tiré par la «?Grosse Bertha?» frappe la nef pendant l’office du Vendredi saint, faisant 91 morts et plus de 100 blessés. Cet épisode en fait un lieu de mémoire de la Première Guerre mondiale.
Aujourd’hui, Saint?Gervais–Saint?Protais demeure un lieu de prière, de musique et de patrimoine. Sa visite permet de découvrir un ensemble architectural unique, mêlant gothique flamboyant, classicisme naissant et histoire spirituelle et artistique de la capitale.
Les éléments architecturaux majeurs de l’église Saint-Gervais-Saint-Protais de Paris
- La façade occidentale (1616, Salomon de Brosse) : La façade, commencée en 1616 par Salomon de Brosse, est considérée comme l’une des premières grandes façades classiques de Paris. Elle se distingue par son organisation en trois niveaux superposés, inspirés de l’architecture antique, et par son élégance monumentale qui contraste avec la structure gothique de l’église.

- La nef gothique (XIV?–XVI? siècles) L’intérieur de l’église conserve une nef gothique élancée, caractérisée par de hautes voûtes, des piliers fins et une grande luminosité. Cette partie de l’édifice témoigne de la transition entre le gothique rayonnant et le gothique flamboyant, très présent dans le Marais à cette époque.

- Les chapelles latérales et leurs décors
Les chapelles, restaurées au XIX? siècle, présentent un ensemble varié de vitraux, sculptures et peintures. Certaines conservent des éléments médiévaux, tandis que d’autres ont été entièrement réaménagées au XIX? siècle, notamment sous la direction de Baltard.

- Le grand orgue Clicquot (1653) et la dynastie Couperin
L’orgue de Saint?Gervais est l’un des instruments les plus prestigieux d’Europe. Construit par la famille Clicquot, il est intimement lié à la dynastie des Couperin, qui en furent les organistes titulaires pendant plus de deux siècles (1653–1826). Sa tribune est un élément majeur du patrimoine musical français.

- Les vitraux (XVI?–XX? siècles) L’église possède un ensemble de vitraux remarquables, mêlant pièces anciennes et créations plus récentes. Certains vitraux du XVI? siècle ont été restaurés après les dommages causés par l’explosion de 1918.

- Le clocher et le transept (restaurations récentes)
Le clocher et le transept nord ont fait l’objet de restaurations importantes en 2013 puis en 2022, visant à consolider la structure et à restaurer la pierre et les vitraux. Ces interventions ont redonné à l’édifice une grande lisibilité architecturale.

