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#3 – La petite minute d’Histoire : L’Hôtel de Ville de Sèvres de 1630 à la Révolution

Article du 2 février 2026 – Françoise Lancelot et Nathalie Le Bras

L’Hôtel de Ville de Sèvres : quatre siècles d’histoire

Une histoire qui a débuté au XVIIe siècle, traversant les siècles au gré de ses propriétaires successifs, et qui abrite la mairie depuis 1837.
Le sujet étant assez vaste, il fera l’objet de deux séquences dont la première, aujourd’hui, couvre la période de 1630 à 1794.
Nous remercions particulièrement les membres de l’association :
– Monsieur Hubert Charron (voir son article consacré à l’Hôtel de Ville dans Le Sévrier n°81 – avril 2005), conférencier à la retraite et vice-président de l’association jusqu’en 2023. Erudit, précis et doté d’un humour qui rendait chacune de ses interventions aussi vivante que passionnante, il demeure une figure essentielle de la SAHS, toujours fidèle et bienveillant.
– Monsieur et Madame Boisson (Savara n°15 – publication 2018) pour la qualité de leurs travaux et leurs contributions.
– Ainsi que Patrice Olech, professeur d’Histoire et de Géographie, pour son apport en compléments historiques notamment sur Pierre Monnerot.

 1900   2026


1ere Séquence : l’Hôtel de Courchamp, puis de Brancas, de 1630 à 1794

1630 : Un domaine se forme à Sèvres  

Sous le règne de Louis XIII(1)(1601–1643), dit « le Juste », fils de Henri IV et de Marie de Médicis, alors que Versailles n’est encore qu’un simple pavillon de chasse, René Peyrat tonnelier, noble et secrétaire de Louis II de Bourbon-Condé, dit le Grand Condé (2) (1621-1686), fait construire l’Hôtel de « Courchamp » à l’emplacement de l’Hôtel de ville actuel, 54 Grande Rue.

1647 :  Pierre Monnerot agrandit le domaine  
Les conséquences de la Fronde (1648-1653) contraignent Peyrat à vendre la propriété en 1647. Elle est acquise pour 40 000 livres par Pierre Monnerot (1613-1682), conseiller du Roi Louis XIV(3), receveur général des finances de la Généralité (b) d’Orléans, courtier de Nicolas Fouquet (4)(1615-1680), fermier général des grandes gabelles de France demeurant à Paris, rue de Richelieu, paroisse Saint-Roch, se trouvant à actuellement à Sèvres.
Il entreprend alors d’importants agrandissements :
  • 1656 – premières extensions : il achète des terrains voisins appartenant à Nicolas de Longueil, seigneur de Sèvres et grand propriétaire terrien.
    Ces acquisitions lui permettent d’aménager des jardins et des pièces d’eau sur les coteaux dominant la Grande Rue (anciennement Rue Royale).
    Son jardin fait bientôt l’admiration des contemporains. Selon Mariette Portet, référence incontournable de l’histoire locale, dont les ouvrages sur Sèvres et ses environs font autorité : « Les jardins de l’Hôtel de Maître Monnerot s’étageaient, derrière les bâtiments et au long du revers du coteau, en terrasses à espaliers agrémentés de figures, de bassins, de réservoirs. Au milieu, une grotte appelée le fer à cheval, comportait plusieurs statues et d’autres bassins avec cascades. C’était la propriété d’un homme de son temps qui aimait paraître », ce qui fit dire à l’historien Sauval, en 1724, dans les « Antiquités de la ville de Paris » que « Monnerot à Sèvres s’est joué de l’eau avec plus d’artifices que les Romains à Tivoli et Frascati« . 


« Les Petites Cascades de St Clou du Côté de Sève »

On imagine très bien comment Sèvres pouvait constituer alors un lieu de villégiature très apprécié des parisiens désireux de respirer l’air de la campagne ! Les coteaux étaient couverts de vignes, les pentes aménagées en jardins, et les jeux d’eau créés par Monnerot animaient le paysage… 

  • 1657 – consolidation du domaine : il achète le domaine de la Planchette à Guillaume dubourg et la ferme « La Belle Polle » située du l’autre côté du ru de Marivel, à l’emplacement de l’actuel angle ouest de la Grande Rue  et de l’avenue de la division Leclerc (anciennement avenue de Bellevue) afin d’y aménager des jardins et pièces d’eau qui font rapidement l’admiration des Sévriens.
1661 : La chute de Fouquet et ses conséquences  
En 1661, Monnerot est entraîné dans la chute de Fouquet, arrêté sur ordre du Roi Louis XIV (1638–1715), suite au complot mené par Colbert, et emprisonné dans la forteresse de Pignerol où il meurt en 1680. Les biens de Monnerot sont saisis par décret de la Cour des Aides (c) et vendus aux enchères en 1675. Il termine sa vie emprisonné à la Bastille.

L’agencement de l’Hôtel de ville actuel reste semblable à l’Hôtel de Courchamps de Maitre Monnerot, seul l’aile droite est de construction récente (poste en 1904).

1678 : Courchamp devient royal
Le 20 janvier 1678, Louis XIV s’adjuge toutes les propriétés de Sèvres et cède l’Hôtel et les terrains à son frère, le Duc Philippe d’Orléans (5),  dit “Monsieur” (1640–1701). Les terres sont alors rattachées au domaine de Saint-Cloud.
1678-1794 : Un usufruit à la famille De Brancas
Pendant plus d’un siècle, la propriété reste dans la maison d’Orléans qui en confie la jouissance à différents titulaires dont la princesse Françoise-Adélaïde de Noailles Armagnac (1704-1776 https://francearchives.gouv.fr/fr/agent/18462472) puis, sous le règne de Louis XV (1710 – 1774) (6), au Duc Louis II de Brancas (7) (1714-1794), 5e duc de Villars, pair de France, et 1er duc de Lauraguais, qui n’y vécut véritablement que de 1792 à octobre 1793 (règne de Louis XVI – 1754-1792)(8). De Brancas mourut à Paris le 10 janvier 1794 pendant la Terreur (septembre 1793 – juillet 1794), une phase de la Révolution caractérisée par des arrestations et des exécutions massives de personnes soupçonnées de contre-révolution, parmi lesquelles de nombreux nobles.

SUITE -> Séquence n°2L’Hôtel de Ville de Sèvres de la Révolution à la Mairie (1794–1909)


Annexes – vocabulaire

(a) Hôtel : Le terme d’hôtel provient du latin hospitale [cubiculum] (« [chambre] hospitalière (pour recevoir les hôtes) » puis le lieu où l’on habite enfin à la fin du XIIIe siècle un lieu officiel ou prestigieux. C’est au Moyen Âge que le terme d’hôtel s’impose progressivement pour désigner une résidence princière, par opposition au palais royal et à la maison bourgeoise. L’emploi du mot reste cependant rare et ne désigne alors que les résidences de très grands seigneurs comme l’hôtel de Nesle ou l’hôtel des Tournelles. Il se généralise au XVIIe siècle avec l’émergence d’hôtels propriétés de financiers et de grands bourgeois. Ainsi, à la fin de l’Ancien Régime apparait le terme d’hôtel particulier, devenu nécessaire à la clarté du propos[8]. Pour résoudre cette ambiguïté sémantique, est créée l’expression « hôtel particulier » qui apparait dans la première moitié du XXe siècle[9].
Au niveau Architecture, le XVIIe siècle est marqué par un doublement des logis en hauteur et en profondeur pour certains hôtels, dans un souci d’agrandissement des appartements et de commodité plus grande. La formule du corps de logis « simple en profondeur » (avec des fenêtres pouvant créer un effet de « lanterne et de transparence » si elles sont placées dans l’axe les unes des autres) est remplacée par celle du « double en profondeur » (deux logis en parallèle, séparés par un mur de refend). Cette dernière favorise le développement du comble à la Mansart qui évite de construire d’immenses combles droits coûteux en bois et de perdre beaucoup d’espace, et facilite la distribution[note 5], en multipliant le nombre de pièces[note 6], variant leur taille et leur forme (pièces ovales ou octogonales à la place des traditionnelles pièces carrées ou rectangulaires)[5].

(b) Au sens strict, le mot « généralité » désignait une des premières circonscriptions administratives, créée dans un souci de contrôle fiscal. L’édit de 1542 établissait, pour les impôts directs, des recettes générales dirigées par des receveurs généraux. Mais, dès le XVIe siècle, les intendants allaient devenir les maîtres de ces circonscriptions, pour avoir au XVIIe siècle jusqu’à la Révolution des attributions très vastes en matière de finances, police, agriculture, industrie, ponts et chaussées, commerce, marchés, mines, état sanitaire, ordre public, assistance, logement et approvisionnement des gens de guerre. La généralité était elle-même divisée en élections. En Île-de-France, la généralité de Paris ne comprenait au XVIIIe siècle pas moins de 22 élections. Une élection se composait de « paroisses » au sens fiscal du terme, c’est-à-dire de communautés d’habitants ayant leur autonomie fiscale, marquée par un rôle particulier de la taille. Source : https://francearchives.gouv.fr/fr/facomponent/7d266a5f3a5b3f6dff14ff03d7d4a82865c92fc4

(c) Les cours des aides sont en France, sous l’Ancien Régime, des cours souveraines d’appel créées au XIVe siècle pour traiter les contentieux fiscaux, ayant existé, en discontinu, de 1355 à 1791 à Paris et en province.


Annexes – XVIIe et XVIII siècles – figures et repères historiques de l’Ancien Régime caractérisée par une monarchie absolue « de droit divin »

Règne des Bourbons : du Classicisme aux Lumières jusqu’à la Révolution

(1) Louis XIII (1601–1643), dit « le Juste », fils de Henri IV et de Marie de Médicis. Son règne, dominé par la personnalité du cardinal de Richelieu, principal ministre d’État, est marqué par l’affaiblissement des grands et des protestants, la lutte contre la maison d’Autriche et l’affirmation de la domination militaire française en Europe pendant la guerre de Trente Ans (1618-1648). Comme pour bien d’autres maisons royales, le choix d’élever un château à Versailles a certainement été déterminé par la chasse. Venant de Saint-Germain-en-Laye, qui était alors une des principales résidences de la Couronne, Louis XIII avait coutume de s’adonner à cette passion aux environs de Versailles. Les contraintes d’un retour en fin de journée, voire de nuit, incitèrent certainement le souverain à désirer avoir un « pied à terre » sur place plutôt que de loger dans la seule auberge des alentours, L’Ecu, dans laquelle il avait coutume de s’arrêter si le temps ne lui permettait pas de rentrer. C’est ainsi qu’en 1623, il demanda à l’entrepreneur Nicolas Huau, un maître-maçon actif dans la première moitié du XVIIe siècle, de lui élever un relais de chasse sur la colline dominant l’ancienne ville de Versailles. Très modeste et prévu pour loger le souverain et les personnes l’accompagnant à la chasse, le bâtiment ne devait pas répondre totalement à ce qu’on attendait de lui car Louis XIII le remplaça peu après par un nouveau château. Les travaux de ce dernier furent confiés à l’architecte Philibert Le Royarchitecte et ingénieur militaire français qui s’illustra durant le règne de Louis XIII, qui, entre 1631 et 1633, éleva un château consistant en trois corps de bâtiment en U dotés de pavillons aux angles. Construit en brique et en pierre avec toiture d’ardoise, le château de Louis XIII avait été prévu pour accueillir le Roi et sa suite pour des séjours qu’il appréciait de plus en plus. L’importance que prenait Versailles à ses yeux peut aussi se mesurer par l’achat, au même moment, de la seigneurie de Versailles et la construction d’un jeu de paume pour la pratique de cette activité encore prisée par la Cour à cette époque.
Jusqu’à sa mort, en 1642, le Premier Ministre travaille de concert avec le roi de manière à affermir l’autorité royale. Il développe la marine et le commerce et crée un corps d’intendants pour faire appliquer les décisions du roi dans les provinces. La rationalisation du système administratif s’accompagne d’une augmentation de la pression fiscale sur le tiers état, nécessaire pour financer les guerres incessantes. Le règne de Louis XIII est marqué par des révoltes paysannes anti-fiscales, notamment celles des Croquants et des Nu-Pieds.

 Louis XIII

 Armand Jean du Plessis, Cardinal de Richelieu (1585-1642), principal ministre de Louis XIII

(2) Louis II de Bourbon-Condé, dit le Grand Condé (1621-1686). Sa famille descend d’Antoine de Bourbon, frère du roi Henri IV (1553-1610) et appartient donc à la famille royale. Son père lui fait donner une excellente éducation et arrange son mariage avec Claire-Clémence de Maillé-Brézé, nièce du cardinal Richelieu. Le pouvoir détenu par le Grand Condé et sa capacité de nuisance sont tels qu’il est emprisonné un an sur ordre de Mazarin et de la régente. A sa libération, il lève une armée dans le sud-ouest du pays et affronte les troupes royales à Paris. Il finit par fuir aux Pays-Bas espagnols en 1652. Il est alors déchu de son titre de prince du sang et condamné à mort. Le Grand Condé passe alors au service du roi d’Espagne qui détient alors également les Pays-Bas méridionaux (actuelle Belgique). Le traité des Pyrénées signé en 1659 entre la France et l’Espagne lui permet de réintégrer son rang et de retrouver ses biens en échange d’une soumission totale au roi de France. La réconciliation du roi et de son cousin fait l’objet d’une mise en scène étudiée qui met le souverain en valeur. Le Grand Condé installe alors sa cour à Chantilly, récupéré grâce à sa mère, dernière héritière des Montmorency, dont il fait dessiner les jardins agrémentés de fontaines par Le Nôtre et fait restaurer le château sur les conseils de Jules Hardouin Mansart.

(3) Louis XIV (1638–1715), dit le Roi Soleil, fils de Louis XIII et d’Anne d’Autriche, 64e Roi de France et 44e roi de Navarre (plus jeune rois de France – juste avant son 5e anniversaire).
S’il n’aime guère que son principal ministre d’État, Colbert, fasse référence à Richelieu, ministre de Louis XIII et partisan intransigeant de l’autorité royale, il s’inscrit néanmoins dans son projet de construction séculaire d’un absolutisme de droit divin. Usuellement, son règne est divisé en trois parties : la période de sa minorité, troublée par la Fronde, de 1648 à 1653, durant laquelle sa mère et le cardinal Mazarin gouvernent ; la période allant de la mort de Mazarin, en 1661, au début des années 1680, pendant laquelle le roi gouverne en arbitrant entre les grands ministres ; et enfin la période allant du début des années 1680 à sa mort, où le roi gouverne de plus en plus seul, notamment après la mort de Colbert (ministre clé de 1661 à 1683), puis de Louvois, en 1691. Cette période est aussi marquée par le retour du roi à la religion, notamment sous l’influence de sa maîtresse puis seconde épouse, Madame de Maintenon. Son règne voit la fin des grandes révoltes nobiliaires, parlementaires, protestantes et paysannes qui avaient marqué les décennies précédentes. Le monarque impose l’obéissance à tous les ordres et il contrôle les courants d’opinion (y compris littéraires ou religieux, tels que Port-Royal et les Jansénistes) de façon plus prudente que Richelieu.

Françoise d’Aubigné (1635-1719) fut l’épouse de l’écrivain Paul Scarron puis du roi Louis XIV. Celui-ci lui donne le titre de marquise de Maintenon, d’où le surnom Madame de Maintenon. Elle est la fondatrice de la Maison royale de Saint-Louis.

Jules Mazarin (1602-1661), connu sous son titre de cardinal Mazarin, Ministre des Finances de Luis XIII et Louis XIV. Il succède à Richelieu.

Jean-Baptiste Colbert, baron de Seignelay et de Sceaux, dit le Grand Colbert (1619-1683), principal ministre de Louis XIV, en tant que contrôleur général des finances (1665-1683), secrétaire d’État de la Maison du roi et secrétaire d’État de la Marine (1669-1683).

(4) Nicolas Fouquet (1615-1680), procureur général au Parlement de Paris et surintendant des Finances en 1653, il devient, en puisant dans les comptes publics, l’un des hommes les plus riches et les plus puissants du royaume de France.

(5) Philippe d’Orléans, dit “Monsieur” (1640–1701) – fils de Louis XIII et d’Anne d’Autriche, et frère cadet de Louis XIV. Il réside dans deux principaux palais qu’il aménage :
– le Palais-Royal, qu’il reçoit en apanage en 1692 et qu’il aménage à grands frais, y organisant des fêtes et des jeux ; son favori y a des appartements ;
– il aménage aussi le château de Saint-Cloud, offert par son frère en 1658, notamment en y faisant établir de grands jardins à la française et un Trianon.

(6) Louis XV, dit « le Bien-Aimé (1710 – 1774). Il est le seul roi de France à naître et mourir au château de Versailles. Fils du duc de Bourgogne et de Marie-Adélaïde de Savoie; arrière-petit-fils de Louis XIV, Louis XV est dauphin à la mort de son père en 1712, puis roi à cinq ans en 1715, à la mort de Louis XIV. A partir de 1722, il réinstalle le gouvernement et la Cour au château de Versailles, abandonné depuis la mort de Louis XIV. En 1725, il épouse Marie Leszczynska et assure la descendance du trône. Passionné par les sciences et la botanique, il enrichit les jardins du Château et commande pour sa favorite, Madame de Pompadour, le Petit Trianon qui deviendra la future résidence de la reine Marie-Antoinette.

Jeanne-Antoinette Poisson, marquise de Pompadour et duchesse de Menars, dite Madame de Pompadour, fut la maîtresse en titre de Louis XV, née le 29 décembre 1721 à Paris et morte le 15 avril 1764 au château de Versailles. Louis XV lui fait construire le Petit Trianon ainsi que le château de Bellevue, comme résidence, et lui offre le domaine de Pompadour, ce qui lui permet de devenir marquise et d’acquérir la noblesse. Ses origines bourgeoises lui attirent des critiques de la part de l’aristocratie. À partir des années 1750, la marquise n’est plus la maîtresse du roi, mais conserve un ascendant en tant que confidente et amie. En ce sens, elle encourage l’aménagement de la place Louis XV — actuelle place de la Concorde — ou la création de la manufacture de porcelaine de Sèvres, proche de sa résidence de BellevueMme de Pompadour apprécie particulièrement l’architecture et les arts décoratifs. Elle acquiert d’ailleurs en 1753 l’hôtel d’Évreux à Paris, aujourd’hui nommé palais de l’Élysée. La marquise s’intéresse aussi à la littérature et encourage la publication des deux premiers tomes de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert.

(7) Duc Louis II de Brancas (1714-1794) est le fils aîné de Louis Antoine de Brancas, 4e duc de Villars (1682-1760), et de Marie Angélique Frémyn de Moras. Il succéda à son père, qui avait abdiqué, et devint le 5e duc de Villars, pair de France, et le 1er duc de Lauraguais (titre créé pour lui en 1731). Né à Paris le 5 mai 1714, il incarne la continuité de la lignée noble des Brancas, qui s’était intégrée à l’aristocratie française grâce à son service militaire et à ses fonctions à la cour sous la monarchie des Bourbons.
Sa carrière fut axée sur les commissions militaires, reflétant l’importance accordée à la noblesse au service de l’État dans le contexte des réformes administratives et militaires des Lumières. Nommé colonel du régiment d’infanterie d’Artois en 1734, il fut promu brigadier des armées du roi en 1743, colonel d’un régiment portant son nom la même année, puis lieutenant-général en 1748 ; il gouverna également la forteresse de Guise à partir de 1758. En tant que pair du royaume, il assista aux séances du Parlement et aux réceptions de la cour de Versailles, s’acquittant des devoirs aristocratiques traditionnels sans s’impliquer de manière notable dans les cercles intellectuels ou réformateurs de l’époque. Anobli dans la branche espagnole de l’Ordre de la Toison d’or en 1746, ces distinctions soulignèrent le prestige durable de sa famille.
De Brancas mourut à Paris le 10 janvier 1794, pendant la Terreur (septembre 1793 – juillet 1794), une phase de la Révolution caractérisée par des arrestations et des exécutions massives de personnes soupçonnées de contre-révolution, parmi lesquelles de nombreux nobles. Sa mort dans la capitale, contrairement à l’émigration à l’étranger de nombreux pairs, coïncida avec l’héritage de ses titres par son fils Louis-Léon de Brancas à cette même date, marquant ainsi la transition délicate de la famille dans le contexte des bouleversements révolutionnaires.
https://man8rove.com/fr/profile/m1ehyf7x-louis-de-brancas

 

 

 

#1 – La petite minute d’Histoire : Pierre Midrin (1846-1898)

De Françoise Lancelot et Nathalie Le Bras, le 29 janvier 2026

Pour cette première « Petite minute d’Histoire », nous vous proposons de découvrir Pierre Midrin, figure sévrienne emblématique du XIXe siècle. Un portrait rédigé à partir du SAVARA n°15 grâce au travail de Sylvaine et Jean-Marie Boisson.

?Numéro disponible au local de l’association : 10€


Pierre Midrin (1846-1898), médecin, directeur de l’hôpital et maire de Sèvres
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Il naît à Sainte-Sabine, en Côte-d’Or, le 17 octobre 1846, fils d’un menuisier devenu instituteur.
Après des études brillantes de médecine, il devient docteur en médecine.
Il épouse Marie-Gabrielle Chanteloup le 21 septembre 1878, puis s’installe à Sèvres la même année.

Le 14 novembre 1878, il achète au comte Dulong de Rosnay la maison du 50 Grande Rue, toujours visible aujourd’hui.
On la reconnaît facilement à ses fenêtres surmontées d’impostes en demi-lune au rez-de-chaussée.
Cette demeure, construite en 1838 par Athanase Louis Perrin, architecte sévrien, a été agrandie par sa fille entre 1843 et 1863.

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À Sèvres, Pierre Midrin devient une figure incontournable :

  • Médecin très actif
  • Directeur de l’hôpital de Sèvres
  • puis Maire de Sèvres de 1889 à 1898

Son double engagement médical et municipal marque durablement la ville : amélioration des conditions sanitaires, attention portée aux familles, modernisation des équipements publics. À son décès, la commune lui rend hommage en érigeant un monument funéraire au cimetière des Bruyères, orné d’un buste en bronze du sculpteur Chartier (1), témoignage de l’estime que lui portaient ses contemporains.

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Sources Images :
1- Monument sépulcral du docteur Midrin. Photo issue de la notice IA00048543 de Guillemette Andreu, enregistrée sur la POP (Plateforme ouverte du patrimoine) du Ministère de la Culture. Buste fondu par Chartier à Paris, fin 19e siècle.  http://www2.culture.gouv.fr/documentation/memoire/HTML/IVR11/IA00048543/index.htm
2- photo archive N°66 Ville de Sèvres – L’Hôtel de Ville et la Grande Rue (vers 1910-1920) – Flèche rouge = 50 Grande Rue
3- Le 50 Grande Rue, aujourd’hui
4- Le 50 Grande Rue – cadastre, parcelle 186
5 Obsèques de Pierre Midrin devant l’Hôtel de Ville – 1898 – Photographie famille Pouillot


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Pour ce faire, écrivez-nous à : archeo.caveduroi@gmail.com, à l’attention de Françoise et Nathalie

Cathédrale Notre-Dame de Paris

Édifiée au cœur de l’île de la Cité, Notre-Dame de Paris est l’un des monuments les plus emblématiques du patrimoine français. Elle constitue un lieu de culte catholique et sert de siège à l’archidiocèse de Paris, dédié à la Vierge Marie.

Sa construction débute en 1163, sous l’impulsion de l’évêque Maurice de Sully, et s’étend sur près de deux siècles, jusqu’au milieu du XIVe siècle. Cette longue durée explique la présence de plusieurs phases du gothique : gothique primitif, gothique classique et gothique rayonnant. Les deux grandes rosaces du transept, réalisées au XIII? siècle, comptent parmi les plus vastes d’Europe.

Après les dégradations de la Révolution française, la cathédrale fait l’objet d’une vaste restauration entre 1845 et 1867, dirigée par Eugène Viollet-le-Duc. Cette intervention, parfois controversée, restitue l’unité stylistique de l’édifice tout en y intégrant des éléments nouveaux, dont la célèbre flèche du XIXe siècle. Ces ajouts expliquent que l’architecture ne soit pas totalement homogène, mêlant restauration, création et héritage médiéval.

Notre-Dame est intimement liée à l’histoire de France. Église paroissiale royale au Moyen Âge, elle accueille en 1239 l’arrivée de la Sainte Couronne, relique majeure de la Passion. Elle est le théâtre du sacre de Napoléon Ier en 1804, du baptême du duc de Bordeaux en 1821, et des funérailles nationales de plusieurs présidents de la République : Adolphe Thiers, Sadi Carnot, Paul Doumer, Georges Pompidou et François Mitterrand. En 1944, un Magnificat y est chanté pour célébrer la Libération de Paris. En 2013, la cathédrale fête le 850e anniversaire du début de sa construction.

L’édifice inspire de nombreuses œuvres artistiques, au premier rang desquelles le roman de Victor Hugo, Notre?Dame de Paris (1831), qui contribue largement à la prise de conscience patrimoniale ayant mené à la restauration du XIXe siècle. Au début du XXIe siècle, Notre-Dame accueille 13 à 14 millions de visiteurs par an, faisant d’elle le monument le plus visité d’Europe avant l’incendie de 2019. Son statut de basilique mineure souligne son importance spirituelle et liturgique.

Aujourd’hui, après l’incendie du 15 avril 2019, qui avait détruit la charpente médiévale, la flèche et une partie des voûtes, la cathédrale a retrouvé son éclat grâce à une restauration exceptionnelle menée entre 2019 et 2024. Rouverte au public en décembre 2024, elle accueille de nouveau fidèles et visiteurs, marquant une nouvelle étape dans l’histoire d’un monument qui, depuis près de neuf siècles, incarne la mémoire religieuse, artistique et nationale de la France.

Les éléments architecturaux majeurs de Notre-Dame de Paris

  1. La façade occidentale (vers 1200–1250) : Chef-d’œuvre du gothique classique, elle se distingue par son équilibre et sa lisibilité. Elle comprend :
  • Trois portails sculptés (Portail du Jugement, Portail de la Vierge, Portail Sainte-Anne), véritables « bibles de pierre ».
  • La Galerie des Rois, où 28 statues représentent les rois de Juda.
  • La grande rose occidentale, installée vers 1225, symbole de la lumière divine.
  • Les deux tours, hautes de 69 mètres, achevées au milieu du XIIIe siècle.
  1. Le plan basilical et la nef gothique (XIIe–XIIIe siècles)
    La nef, longue de 130 mètres, illustre le gothique primitif : élévation à quatre niveaux (grandes arcades, tribunes, triforium, fenêtres hautes) + voûtes sexpartites et piliers massifs soutenant la structure. Cet espace monumental était conçu pour accueillir les grandes cérémonies royales et populaires.
  2. Les rosaces du transept (XIIIe siècle).
    Parmi les plus grandes d’Europe, elles sont emblématiques du gothique rayonnant :
    Rosace nord (vers 1250), dédiée à l’Ancien Testament,
    Rosace sud (vers 1260), dédiée au Nouveau Testament.
    Chacune mesure plus de 13 mètres de diamètre et conserve une grande partie de son verre médiéval.
  3. Le chœur et le déambulatoire (XIIe–XIIIe siècles)
    Le chœur, l’une des premières parties construites, présente des voûtes gothiques élancées, un déambulatoire permettant la circulation autour du sanctuaire, des chapelles rayonnantes destinées aux reliques et aux offices privés. Il illustre la transition entre gothique primitif et gothique rayonnant.
  4. Les chapelles latérales (XIIIe–XIVe siècles)
    Ajoutées progressivement, elles témoignent de l’évolution du culte et de la vie paroissiale.
    Elles abritent des œuvres sculptées, des vitraux et des peintures allant du Moyen Âge au XIXe siècle.
  5. Les arcs-boutants (XIIIe siècle)
    Innovation majeure du gothique, les arcs-boutants de Notre-Dame sont parmi les plus anciens et les plus audacieux de leur époque.
    Ils permettent : d’élever les murs, d’agrandir les fenêtres, et d’inonder la nef de lumière. Ce sont eux qui donnent à la cathédrale son profil aérien.
  6. La flèche (1859, restituée en 2024)
    Créée par Viollet-le-Duc lors de la restauration du XIXe siècle, la flèche mesurait 96 mètres.
    Elle a été détruite lors de l’incendie de 2019, puis reconstruite à l’identique dans le cadre de la restauration achevée en 2024.
    Elle symbolise la verticalité et l’élan spirituel du monument.
  7. Le grand orgue (XIIIe–XXe siècles)
    L’un des plus grands instruments d’Europe, enrichi au fil des siècles.
    Il conserve des éléments médiévaux, des apports de Clicquot (XVIIIe siècle) et de Cavaillé-Coll (XIXe siècle).