Jean-Baptiste Joseph Lemoyne de Sérigny – maire de Sèvres : 1800-1811

Article du 25 février 2026

Jean-Baptiste Joseph Lemoyne de Sérigny – 1er maire de Sèvres

Mandat 1800-1811
Profil : Marin

1er Maire de Sèvres nommé dans le cadre de la nouvelle organisation municipale du Consulat (loi du 17 février 1800)

Un homme « nouveau », pris entre quelques initiatives et de nombreuses inactions, il ne parvient pas à faire face à l’état de dégradation générale dans lequel se trouve Sèvres.

Le 29 mai 1800, Jean-Baptiste Joseph Lemoyne de Sérigny devient le premier maire de Sèvres, nommé par le Préfet Garnier dans le cadre de la nouvelle organisation municipale instaurée par la loi du 17 février 1800.

Le bourg sort alors difficilement de la Révolution. Les années ont laissé des traces, les querelles anciennes demeurent, et l’arrivée d’un homme nouveau, issu d’une famille de marins célèbre, ancien lieutenant de vaisseau dont on ignorait sans doute les états de service dans l’armée des Princes, pouvait laisser espérer un apaisement. Les conseillers municipaux, qui connaissaient parfaitement la situation locale, auraient pu lui apporter beaucoup. Reste la question posée par les sources : sut-il instaurer un climat de confiance et convaincre que l’on pouvait travailler ensemble pour le bien de Sèvres ?

Les procès-verbaux de cette période ne permettent pas de connaître précisément la teneur des débats. On constate seulement que le maire et les conseillers s’accordent sur les questions liées à la pauvreté d’une partie importante de la population et sur la nécessité de ne pas augmenter les impôts. Le budget communal est très faible et couvre à peine les dépenses obligatoires. Il ne permet ni l’entretien ni la réparation des biens communaux, tous en mauvais état : église, presbytère, vicariat, horloge, lavoirs, fontaines, abreuvoir, escaliers, cimetières, chemins, ru de Marivel et port.

La pauvreté reste très présente en ce début de XIXe siècle. Le bureau de charité a disparu, l’hospice tombe en ruines. Sensible à cette situation, Lemoyne de Sérigny tente de remettre l’hospice en état, mais faute de moyens, il doit être détruit. Grâce à sa volonté, au dynamisme des époux Brongniard et à l’engagement de plusieurs habitants, un bureau de bienfaisance est créé pour venir en aide aux plus démunis.

Le maire a des idées et de l’imagination, mais il ne semble pas disposer de la patience nécessaire pour affronter les lourdeurs administratives, alors que les municipalités ne peuvent rien entreprendre sans l’accord du préfet. Pendant ce temps, les sévriens — chefs d’entreprise, ouvriers, cultivateurs, employés de la Manufacture et autres — subissent un coût de la vie élevé : le pain est plus cher qu’à Paris, la fiscalité pèse lourd, les guerres se succèdent et l’État recherche sans cesse de nouvelles ressources. Les habitants voient passer les fastes de la Cour à Saint-Cloud, spectacle qui ne change rien à leurs difficultés quotidiennes. Les animations locales semblent rares. Lorsqu’une célébration a lieu, comme pour le premier anniversaire du 18 brumaire, elle répond à une obligation nationale et impose encore des contraintes aux habitants : interdiction de travailler, balayage des rues, enlèvement des ordures et illumination des façades, avant un bal gratuit organisé dans le vestibule de la Manufacture. En 1811, Sèvres participe également, comme toutes les communes de France, aux réjouissances ordonnées pour le baptême du fils de Napoléon, principalement par l’illumination des maisons.

Les animations locales semblent rares. Le 18 brumaire ouvrit à Bonaparte les marches du trône. Le premier anniversaire devait être salué dans toutes les communes de France. Seul un arrêté du maire nous apprend ce qu’il en fut à Sèvres.
« Il est interdit à quiconque de travailler ce jour sous peine d’amende de cinquante francs de de trois jours de prison. Il est exigé le balayage des rues, l’enlèvement des ordures ménagères avant heures du matin et l’illumination des façades des maisons à partir de six heures. Il est aussi décidé de l’organisation d’un bal gratuit dans le vestibule de la Manufacture ».

Négligent, attentiste, J.B.J de Sérigny dont le mandat fut renouvelé en 1808 quitta Sèvres après 11 ans de magistrature, destitué par Bonaparte pour prévarication en 1812. Fréquemment absent depuis quelques années, il se désintéressait du bourg qu’il laissait plus pauvre qu’à son arrivée, sans aucune réalisation, aucune perspective d’avenir.

Il retourne à Rochefort, berceau de sa famille où vivaient nombre de ses parents et alliés et où il pouvait disposer d’un crédit favorable. Par décret impérial du 10 avril 1813, le Comte de Montalivet qui fut Préfet de Seine-et-Oise, maintenant ministre de l’Intérieur, nomme J.B.J Lemoyne de Sérigny maire de Rochefort.  Maintenu à la tête de la municipalité lors de la Première Restauration, fait Chevalier de l’ordre de Saint-Louis en 1814, il obtiendra le 31 décembre de cette même année, sa retraite avec le grade de capitaine de fégrate honoraire. Sa pension sera fixée à 400 F le 31 janvier 1816.
Destitué par L’empereur en 1815, alors que ce dernier se rendait à l’île d’Aix pour se livrer aux Anglais, il se voit reprendre ses fonctions le 24 juillet de la même année pour se retirer définitivement de la vie publique en 1830. Un mandat qui fut un peu plus honorifique que celui de Sèvres. Rochefort qui témoignait d’une situation tout aussi difficile que Sèvres. Durant toute la période de la Restauration les opérations de la marine dans le port de Rochefort furent limitées à des expéditions chargées  de ravitailler les colonies que les alliés avaient bien voulu laisser à la France : Martinique, Guadeloupe, Guyane, Réunion et comptoirs des Indes. L’administration municipale, démunie de toutes ressources, ne pouvait que très peu faire pour améliorer la situation matérielle des habitants. Elle pensa néanmoins à travailler à leur bien-être moral et à leur devenir ou ouvrant en 1817 une école gratuite qui rencontra le plus vif succès. Nombre d’élèves se distinguèrent plus tard dans les carrières qu’ils embrasèrent. L’école fut complétée par la création d’une bibliothèque municipale. L’administration de J.B.J Lemoyne de Sérigny à Rochefort fut également remarquable par les résultats obtenus dans l’assainissement de la ville.

Si des éloges assez flatteurs ont été écrits tant sur le comportement de J.B.J Lemoyne de Sérigny avec ses administrés que sur les réalisation qu’il entreprit à Rochefort, rien de notable ne nous est parvenu sur Sèvres qui n’a bénéficié d’aucun dynamisme pour solutionner ses difficultés.

Nathalie Le Bras, rédactrice
Sources : livre de Lucile Hubschmann – Histoire de Sèvres et de ses Maires 1800 – 1830,
Edition des Archives de Sèvres – ISBN 2-905524-03-0

Pour revenir à l’ensemble de la Séquence sur les Maires de Sèvres, cliquez ICI


?  Vous êtes adhérent et vous souhaitez contribuer à cette newsletter ?

Vous pouvez participer à la mise en lumière d’un lieu, d’un personnage, d’un objet lié à Sèvres ou à ses environs. Pour ce faire, il suffit d’envoyer photos, illustrations et/ou documents, accompagnés de quelques lignes basées sur des sources fiables (dont SAVARA si cela vous est possible). Nathalie, rédactrice, sera heureuse de valoriser vos découvertes dans une prochaine “minute d’Histoire”. Pour ce faire, écrivez à : archeo.caveduroi@gmail.com. Objet : »La petite minute d’Histoire » + le sujet 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*